La courbure des bananes et les naufrages en Méditerranée

Dans quelques jours, nous voterons pour les élections européennes. Ne haussez pas trop vite les épaules : en dépit des apparences, les chefs d’Etat européens ne jouent pas tout seuls dans la cour de la politique d’asile et d’immigration. La Commission et les députés ne sont pas que des figurants dans la mauvaise pièce à laquelle nous assistons le plus souvent.

"L’Europe est capable de légiférer sur les pommeaux de douche ou la courbure des bananes mais quand il s’agit d’intervenir sur un sujet vraiment européen, comme la politique d’immigration, elle est muette". Ce constat lucide, ce n’est pas un enième expert de la politique européenne qui le fait mais Martin Schulz, président du Parlement européen et candidat de l’alliance des socialistes et démocrates pour succéder à Manuel Barroso à la tête de la Commission. Dans le quotidien « Libération » de lundi, il a fait la promesse de proposer "une politique commune d’immigration radicalement différente" tout en estimant que "chaque vie perdue en Méditerranée est une tache sur notre civilisation ". Si je vous cite ces passages, ce n’est pas pour orienter votre vote aux élections européennes mais c’est parce que cette prise de position est une divine surprise dans une campagne électorale qui a fait l’impasse sur la question de l’asile et des droits de l’Homme en général.
Pourtant, l’actualité n’a pas manqué dans ce domaine. La semaine dernière, plus de 50 personnes ont perdu la vie dans deux naufrages entre les côtes libyennes et italiennes. Tous les jours, des migrants meurent en tentant de rejoindre l’Eldorado européen mais on n’en parle même plus. La routine. Juste une brève dans la presse. La semaine passée encore, l’agence européenne Frontex, chargée de surveiller les frontières extérieures de l’Union européenne, a publié son rapport. Il estime que l’immigration illégale en Europe a augmenté de 48% en un an. Première cause de cette progression, les dizaines de milliers de réfugiés syriens qui ont tenté de fuir les combats. Ils représentent 51% des réfugiés qui transitent de la Turquie vers la Grèce et 38% de ceux qui partent de Libye…pour trop souvent se noyer en Méditerranée. Ce rapport n’a guère suscité de réactions. Sauf chez certains candidats populistes qui n’ont eu qu’une seule clé de lecture, celle d’un « envahissement » de l’Europe par les migrants.
Il est vrai que les réels pouvoirs de décision sont dans les mains des chefs d’Etat. C’est l’Italie qui mène l’opération Mare Nostrum qui a déjà sauvé des milliers de migrants perdus en mer. Les autres pays membres de l’Union n’y participent guère et encore moins à l’accueil de tous ceux qui débarquent, sains et saufs à Lampedusa.
Il est vrai qu’à chaque sommet européen, les ministres évoquent ces naufrages pour dire que oui, c’est terrible, oui, c’est très triste puis publient le même communiqué qu’il y a trois ou six mois. On peut cependant espérer la désignation d’une Commission plus pugnace, prête à dégager davantage de moyens financiers pour l’accueil des migrants, ayant une autre politique de développement avec les pays du Sud.
Et les députés européens ? Là aussi, on peut leur demander de ne pas se préoccuper seulement des pommeaux de douche ou de la dimension des cages à poules (qui sont mieux logées, merci pour elles). C’est le Parlement qui a voté un texte prévoyant la mise en place d’un régime commun d’asile devant être opérationnel en 2015. Ce texte n’a rien d’anodin. Il harmonise les règles en matière de logement, d’allocations de subsistance, d’accès au marché du travail. Il permet la détention de mineurs " dans des circonstances exceptionnelles" et confirme encore et toujours que la demande d’asile restera à la charge du premier pays d’entrée de l’Union européenne. Tant pis pour la Grèce et l’Italie. Les eurodéputés ont aussi donné leur feu vert pour que les demandeurs d’asile ne soient plus transférés dans des pays de l’Union où existe un " traitement inhumain et dégradant ". Extraordinaire non ? On attend encore une initiative de ces députés pour y mettre fin.
Conclusion ? Les députés que nous allons élire peuvent faire le pire et le meilleur. On s’en doutait bien sûr mais autant s’en souvenir dimanche prochain.

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