L’Europe des persécuteurs

Besoin d’un peu d’un peu de réconfort après ce désastreux scrutin européen ? Voici une bonne nouvelle : Mamadou Bah, le réfugié guinéen cible de la violence exercée par Aube Dorée et la police grecque, a été reconnu réfugié par la Belgique. C’est un signal très fort donné par un pays européen à un autre.

Au moment où la marée noire des partis populistes et d’extrême-droite europhobes, xénophobes va envahir le Parlement européen, la reconnaissance de la demande d’asile de Mamadou Bah est une formidable avancée sur le plan du droit.
Rappelez-vous (ou relisez le blog du 22 octobre 2013 sur le site d’Amnesty) : Mamadou Bah, d’origine guinéenne, avait obtenu le statut de réfugié en Grèce. Mais cela ne l’avait pas protégé des nervis d’Aube Dorée qui l’ont tabassé, menacé, poursuivi jusqu’à son domicile à Athènes. Aube Dorée a tué et blessé de nombreux immigrés sans jamais avoir été inquiétée par la police grecque, au contraire. L’infiltration de ce parti d’extrême-droite au sein des forces de l’ordre est connue. « Si vous portez plainte contre Aube Dorée, les policiers vous disent que cette plainte est irrecevable, nous avait dit Mamadou. Si vous insistez, ils deviennent menaçants ». Mamadou lui-même s’est fait racketter par des policiers qui l’ont mis à nu lors d’un contrôle. Mamadou a débarqué en Belgique pour demander la protection de notre pays contre la Grèce où il était menacé de mort. Un pari sur le droit d’asile que peu de juristes et de militants des droits de l’Homme pensaient gagnable. Et pourtant, à toutes les étapes, le feu est passé au vert.
La première, la plus déterminante, a été celle de l’Office des Etrangers qui a estimé sa demande recevable alors que Mamadou pouvait être débouté d’office puisqu’il avait déjà un statut de réfugié par rapport à la Guinée. Puis sont venues les auditions auprès du Commissariat général aux réfugiés pour traiter le fond de la demande : les raisons qui l’ont fait fuir de Grèce, la peur pour sa sécurité s’il devait y retourner. La décision favorable du CGRA est tombée très vite, après une dizaine de jours seulement. Ce qui prouve bien sûr que le dossier de Mamadou était solide mais aussi qu’il a aussi pu trouver une écoute attentive auprès des agents du CGRA.
Ce qui est sans doute inédit, c’est le fait qu’un réfugié se voit octroyer une deuxième fois ce statut et cela par rapport à deux pays différents. Et l’un de ces pays est un pays membre de l’Union européenne. La décision du CGRA met en quelque sorte la Grèce sur le banc des accusés parce que cet Etat n’assure pas la protection de ses ressortissants dont fait partie Mamadou avec son statut de réfugié. Elle crée aussi une jurisprudence intéressante. Toute personne victime d’un groupe d’extrême-droite en raison de sa qualité de migrant, d’opposant politique, ou son appartenance à une minorité nationale, religieuse, sexuelle pourrait demander un traitement similaire à celui de Mamadou. Victime d’un groupe extrémiste en Europe, on insiste. Dans une Europe où un Etat n’agirait pas contre ces partis ou contre ces mouvements violents et racistes pour protéger les plus vulnérables de ses habitants.
Huit pays ont envoyé des députés d’extrême-droite sur les bancs du Parlement européen. Parmi eux, il y aura deux élus d’Aube Dorée.

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