L’énigme belge

Non, promis, on ne parlera pas ici des diables rouges qui étonnent le monde parce qu’ils gagnent sans bien jouer. Mais bien des derniers chiffres belges en matière d’asile et d’immigration. Ils baissent chez nous alors qu’ils augmentent de près de 800% à l’est de l’Europe. Il ne faut pourtant pas chercher loin la clé de l’énigme. C’est l’absence de solidarité, encore et toujours.

La semaine dernière, la caravane des migrants a débarqué à Bruxelles dans une certaine discrétion médiatique. Cette « caravane », qui regroupe plusieurs associations européennes de migrants, voulait attirer l’attention sur le Sommet européen des 26 et du 27 juin consacré notamment à la politique migratoire de l’Union. Les chefs d’Etat européens devaient se pencher sur les « orientations stratégiques » de l’Union pour les cinq prochaines années en matière de liberté, de sécurité et de justice. Les ONG, dont Amnesty International, attendent de l’Union un renforcement des droits humains dans ses politiques internes comme externes. Mais d’un Sommet à l’autre, la progression n’est décidément pas évidente.
D’ailleurs vous avez entendu parler de ces fameuses « orientations stratégiques » à l’issue de la rencontre de Bruxelles ? Non ? Moi, non plus. On sait que les chefs d’Etat se sont mis d’accord sur le nom du futur patron de la Commission. On sait que les Anglais sont fâchés. Mais sur la politique migratoire et de justice, rien n’a filtré dans les médias. Il est vrai qu’il ne s’est pratiquement rien passé. Rien que des choses prévisibles et mille fois entendues. Ils ont parlé de renforcer la coopération avec les pays d’origine des migrants pour éviter leurs « dangereux voyages ». Ils ont parlé de la nécessité absolue de « gérer efficacement » les frontières extérieures de l’Europe en renforçant les moyens accordés à l’agence Frontex qui aide les états les plus exposés aux arrivées de migrants à combattre l’immigration illégale. Dans ce domaine, il y a tout de même une petite nouveauté : on étudierait « la possibilité de créer un corps européen de garde-frontières ». C’est une idée de François Hollande (hé oui..) qui en avait aussi une autre, plus progressiste celle-là, celle d’aménager des voies de migration dans la zone méditerranéenne, en concertation avec le Haut -Commissariat aux Réfugiés. Ces voies d’accès maritimes sécurisées permettraient de diminuer le nombre de naufrages. C’est une revendication appuyée par bien des ONG mais, allez savoir pourquoi, cette idée-là semble n’avoir pas tenu la route.

Moins d’immigrés, moins de droits

La « vraie » politique d’immigration européenne, celle qui s’attaquerait aussi à la répartition des demandeurs d’asile, n’est pas née en ce début d’été, qui est aussi la période où les embarcations de fortune amenant des milliers de migrants vers l’Europe sont les plus nombreuses. Il suffit pourtant de lire les statistiques publiées par le Centre fédéral Migration sur les demandes d’asile en Europe pour se rendre compte que la voie actuelle est sans issue.
En 2013, le nombre de demandeurs d’asile en Europe a augmenté de 30%. Un chiffre qui ne signifie pas grand-chose car d’un pays à l’autre de l’Union, l’évolution est très différente. Le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 61% en Italie, de 64% en Allemagne, de 777% en Hongrie et, selon nos calculs, de près de 800% également en Bulgarie (1300 demandeurs d’asile en 2012, plus de huit mille au premier novembre 2013. Mais la progression n’a été que de 8% seulement en France et en Grande-Bretagne, de 30% aux Pays-Bas. Il ne faut pas être particulièrement calé en géographie pour constater que le nord-ouest de l’Europe est plutôt épargné. Et en Belgique ? Ce nombre a diminué de 25%. C’est le seul pays européen dans ce cas. Cela vous épate ? Attendez le reste : en 2013, le nombre de régularisations a baissé de 60%. Le filtre médical, installé par Maggie De Block et qui écarte du droit au séjour la plupart des malades, filtre bien. Le durcissement de la loi sur le regroupement familial a entraîné une diminution du nombre de visas de 30% en 2012, de 5% encore l’année dernière. Au total, on observe une diminution de 10% des flux migratoires vers notre pays. Et il faut se souvenir que, parmi ces nouvelles arrivées, les demandeurs d’asile n’ont représenté que 16% des entrées légales tandis l’immigration en provenance des pays européens est en augmentation constante. Les explications à ce phénomène doivent être nuancées mais le directeur-adjoint du Centre fédéral Migration , Patrick Charlier, met en parallèle la diminution de l’immigration avec celle des droits fondamentaux reconnus aux étrangers. « La conjoncture économique, écrit-il, est parfois utilisée pour justifier des mesures qui touchent aux droits des migrants, réfugiés ou citoyens européens, y compris ceux des personnes qui se trouvent en situation précaire »
On espère que la politique migratoire de notre pays n’aura pas été citée en exemple lors du Sommet européen. On voudrait espérer que le prochain gouvernement songe à mesurer davantage l’impact des décisions prises en matière d’immigration sur les droits des personnes. Mais comme pour les routes sécurisées pour les migrants à travers l’Europe, on garde l’impression que cet espoir aura de la peine à faire son chemin.

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