Onze mois pour accueillir 75 Syriens

C’est paraît-il une bonne nouvelle et le cabinet de Maggie De Block a tenu à la médiatiser. La réinstallation de 75 réfugiés syriens, annoncée en janvier 2014, sera effective en novembre. Une équipe du CGRA a interrogé la semaine dernière les heureux élus à Ankara. Ils ont été soigneusement sélectionnés et séjourneront six semaines dans un centre Fedasil avant d’être dirigés vers les CPAS désireux de les accueillir.

Notre pays a mis donc plus de neuf mois pour « trouver » ces Syriens et répondre ainsi à la demande de l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés, qui depuis deux ans, presse les états européens à se montrer un peu solidaire des pays voisins de la Syrie en accueillant des Syriens dans le cadre des programmes d’admission humanitaire. Pendant ces neuf mois, environ 600 demandeurs d’asile syriens ont demandé la protection à la Belgique et en août, le CGRA a même signalé un « record » d’arrivées avec 262 demandes d’asile. Record ? Il faudrait mettre, si c’était graphiquement possible », des quadruples guillemets au mot. Ne parlons même pas de la Jordanie qui détient un million de Syriens sur son petit territoire. Au cours des cinq premiers mois de 2014, 30.700 demandeurs d’asile sont arrivés en Europe. La Suède et l’Allemagne ont accueilli 60% d’entre eux.
Pourquoi, objecteront certains, faire un tel barnum sur l’installation de 75 réfugiés syriens alors que des centaines d’entre eux arrivent par leurs propres moyens en Belgique ? Cela peut paraître absurde en effet. Mais ce qui est surtout absurde, c’est le nombre dérisoire de réfugiés accueillis dans le cadre du programme d’admission humanitaire car il s’agit là de la seule voie légale pour atteindre la Belgique de manière sûre, sans courir le risque de se noyer en Méditerranée. Une autre voie possible est celle des visas humanitaires que l’on pourrait accorder aux Syriens qui ont des liens familiaux avec notre pays et qui ne peuvent entrer dans le cadre du regroupement familial compte tenu des conditions très strictes (notamment sur le plan financier) qui sont désormais imposées. On n’en parle même pas. L’objectif, c’est de faire le strict minimum. La Suède avec ses 10 millions d’habitants en accueille 1200 ? Les Suédois ne sont apparemment pas toujours un modèle à suivre. Comme le dit Maggie De Block , la Belgique a accompli « son engagement de façon réaliste ». Ah le réalisme ! Ce mot systématiquement accolé à « politique migratoire » pour dire qu’on la gère comme un dossier parmi d’autres, sans états d’âme humanitaires.
Vous me direz qu’attendre neuf mois (onze même) avant de concrétiser une décision prise en conseil des ministres au début de l’année, ce n’est pas très efficient. Il y a des réalismes à échelle variable.

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.