Pas dans ma caserne

Ceux qui ont passé leur été dans certaines îles grecques ou dans les Pouilles garderont sans doute des souvenirs que l’on ne montre pas dans des photos de vacances forcément ensoleillées et heureuses. La vision des canots échoués sur les plages, des valises éventrées qui surnagent dans la mer, les migrants survivants qui attendent on ne sait quoi dans le si joli petit port où il fait bon prendre un verre de rosé frais.

Peut-être ces vacanciers-là auront-ils compris mieux que les autres l’indécence de la polémique actuelle sur l’accueil des demandeurs d’asile dans une caserne de Tournai. Car ce sont les mêmes rescapés de la guerre en Syrie et en Irak, de la traversée de la Méditerranée qui se retrouvent aujourd’hui à errer dans les parcs de Bruxelles ou à Calais.
En Italie, 50.000 migrants ont débarqué au cours des six premiers mois de l’année 2015. Chez nous, la nécessité d’ouvrir 2700 places d’accueil pour les demandeurs d’asile est présentée comme le défi de l’année. On entend et on voit des choses curieuses. Comme un secrétaire d’Etat N-VA, un président de parti au gouvernement fédéral donner des leçons de solidarité à un autre ministre-président, socialiste lui, qui se défend plutôt mal d’être atteint du syndrome Nimby pour sa ville de Tournai. Les « méchants » de hier deviennent les « gentils » aujourd’hui et inversement. Chacun joue un rôle inattendu dans la pièce politique. Médiatiquement, en cette période creuse de l’info, c’est du tout bon.
Cette polémique lamentable ne doit pas cacher une réalité qui l’est tout autant. Tous les partis qui s’expriment actuellement sur le nombre et la localisation des places d’accueil n’ont jamais voulu assumer une réelle politique d’accueil des demandeurs d’asile. On va créer 2700 places et 200 emplois dans les centres Fedasil ou de la Croix-Rouge ? Depuis le printemps 2014, le gouvernement Di Rupo d’abord, celui de Charles Michel ensuite ont fermé plus de deux mille places d’accueil et les ONG ont dû licencier leur personnel. L’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile a vu son budget raboté de plus de 16 millions d’euros parce que, disait Théo Francken, « la crise de l’asile est finie ». Les réfugiés ont bien débarqué par dizaines de milliers dans le sud de l’Europe pendant toute l’année 2014 mais ce n’était pas un problème pour les autorités belges. Que les Italiens, les Grecs, les Allemands se débrouillent, chez nous, puisque les chiffres de demandes d’asile étaient en baisse, on pouvait fermer les centres, les initiatives locales d’accueil et faire ainsi des économies. Et ça, les économies, chacun sait que c’est le fil rouge de toutes les politiques aujourd’hui.
Sauf qu’en matière d’immigration, il n’est pas le seul. Maggie De Block, la précédente Secrétaire d’Etat chargée de l’asile, a bâti toute son incroyable popularité en Flandre comme en Francophonie sur sa gestion de l’accueil des demandeurs d’asile. Elle a plutôt bien géré la crise qui sévissait en 2011 et 2012 mais « grâce » à la diminution du nombre d’arrivées, elle a aussi entamé le dégraissage du dispositif d’accueil. Et c’est bien cela, davantage que ses résultats ( ?) en matière de lutte contre la pauvreté, que Maggie De Block et son parti, l’Open VLD, ont « vendu » à leur électorat lors des élections de 2014. Pour beaucoup, un bon ministre de l’Asile, c’est celui qui fait en sorte qu’il y ait le moins possible de réfugiés dans notre pays. Ou en tout cas qu’ils ne soient pas trop visibles.
On nous dira : c’est l’opinion publique qui veut cela. Les gens sont a priori hostiles aux étrangers et les hommes et les femmes politiques sont contraints d’ en tenir compte. Il est vrai que les réactions de certaines personnes peuvent être incroyablement agressives. Quand en 2010, le Secrétaire d’Etat chargé de l’asile, Philippe Courard a voulu rassurer les habitants de Herbeumont hostiles à la transformation d’un centre de vacances en lieu d’hébergement de demandeurs d’asile, il a dû, lors d’une réunion mémorable, subir les insultes et les menaces de riverains furieux. Un an plus tard, les habitants sont venus massivement participer à la première journée « portes ouvertes » du centre pour réfugiés.
Peut-être qu’à Tournai, on se rendra compte aussi que la cohabitation n’est pas aussi insurmontable qu’annoncée. Mais il est vrai que si, au niveau politique, on appuyait un peu moins sur la pédale du populisme, il y aurait moins de dérapages.

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