On ferme

Il n’y a plus d’issues pour les réfugiés Syriens. Le Liban et la Jordanie leur ferment les portes et l’Europe reste plus inaccessible que jamais. Les Syriens fuient depuis trois ans le conflit entre les rebelles et Bashar-Al-Assad mais aussi les exactions de l’Armée Islamique Daech dont ils sont les principales victimes. Jamais ces réfugiés n’ont été aussi nombreux mais leur sort ne semble plus émouvoir la communauté internationale.

La photo est saisissante. Elle est parue dans la plupart des médias au lendemain de l’exécution du travailleur humanitaire Peter Kassig. On voit une longue rangée de 18 soldats syriens agenouillés sur le sol prêts à être décapités. On l’aurait presque oublié : les atrocités de Daech touchent d’abord et avant tout la population syrienne, les minorités ethniques et religieuses bien sûr mais aussi tous ceux qui d’une manière ou d’une autre sont considérés comme des mécréants ou des rebelles. Il y a une dizaine de jours, toute une tribu sunnite de 200 personnes, hommes, femmes et enfants, a été massacrée dans l’Ouest de l’Irak. On n’en a guère parlé. Comme on ne parle pas non plus des dizaines de milliers de réfugiés qui se pressent aux frontières du Liban et de la Jordanie. Le Liban qui accueille déjà plus d’un million de réfugiés pour une population de quatre millions d’habitants a décidé de freiner et même d’empêcher les nouvelles arrivées. Peut-on décemment le lui reprocher ?

Exit Mare Nostrum

Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, il y aurait plus de 13 millions et demi de réfugiés syriens et irakiens. C’est plus que l’ensemble de la population belge. C’est plus encore que la plus pessimiste des prévisions du HCR qui ne sait plus très bien quoi dire ou quoi faire pour convaincre l’Europe d’être un peu plus solidaire. Un peu plus. On ne parle même pas ici des programmes de réinstallation des réfugiés. Mais bien du minimum minimorum qui consiste à rendre les voies d’accès vers l’Europe plus sûres. Or c’est l’inverse qui se produit depuis le début de ce mois de novembre. L’Union européenne a remplacé Mare Nostrum par Triton. En français, cela signifie qu’on a remplacé une opération de sauvetage en mer menée par les seules autorités italiennes et qui coûtait 9 millions d’euros par mois par une opération de contrôle en Méditerranée menée par l’agence de contrôle des frontières Frontex qui devrait s’élever à 2,9 millions d’euros par mois.
C’est moins cher et on troque à l’occasion de l’humanitaire contre du sécuritaire. Les bateaux de Frontex ne sont en effet pas équipés pour sauver les migrants en perdition dans la Méditerranée, ce n’est d’ailleurs pas le mandat de l’agence. Mare Nostrum avait permis de sauver en un an quelque 100.000 personnes parmi lesquelles un grand nombre de réfugiés syriens. On a renoncé à compter le nombre de fois que les ONG, et Amnesty en particulier, ont pressé les gouvernements européens à faire preuve de plus de solidarité, entre eux pour commencer. Mais rien à faire. L’Italie est restée seule avec ses bateaux et ses hélicoptères à sillonner la mer. D’ailleurs Mare Nostrum ce n’était pas une bonne idée pour certains gouvernements dont celui de David Cameron. Car intervenir pour sauver des migrants de la noyade, c’est créer un facteur « d’attraction » vers l’Europe. Comme si les migrants et les réfugiés mettaient volontairement leur vie en danger pour avoir la chance d’être peut-être repêchés à temps par les militaires italiens. Donc, avec Frontex, on se contentera désormais de signaler aux garde-côtes les barques en train de chavirer. Comme quoi, dans l’inhumanité, tout est une question de degrés.

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