Pas en notre nom

Ce n’était donc pas que de la gesticulation, des rodomontades pour rassurer leur opinion publique. Les chefs d’Etats européens ont bousillé le plan de la Commission qui imposait des quotas de demandeurs d’asile à chaque pays de l’Union. Un refus en notre nom ? Parce que nous, électeurs, serions trop frileux, trop hostiles à tout geste de solidarité ? Certains, heureusement, prouvent le contraire.
PHOTO © Michael S Honegger

Soixante mille migrants arrivés en Italie, deux mille noyés en Méditerranée depuis le début de cette année. Les chiffres sont affolants et la proposition qu’avait fait la Commission semblait bien minimaliste : se répartir entre les 28 états membres de l’Union européenne 40.000 demandeurs d’asile arrivés en Italie et en Grèce, réinstaller sur base volontaire 20.000 Syriens parqués dans les camps limitrophes de ce pays. 40.000 demandeurs d’asile, c’est 0,008% de la population européenne. En Slovaquie, cela représentait 780 personnes et apparemment, c’était déjà trop. Le premier ministre Fico s’est indigné qu’on ose lui imposer un quota de migrants et des manifestants sont descendus dans la rue pour le soutenir. Il n’y a pas qu’en Slovaquie. Ecoutez François Hollande et ses « oui mais non ». Partout ou presque, la ritournelle est la même : on en fait déjà assez et plus que les autres. C’est aussi celle de la Belgique.
Mais s’il y a un domaine, où les dirigeants européens estiment ne pas en faire assez, c’est celui des expulsions. Ici, l’Europe s’active. Elle va implanter aux frontières de l’Union des « hotspots » (sic) pour identifier et prendre les empreintes digitales des migrants. Pour faire le tri entre les bons et les mauvais. Les mauvais sont ceux qui ne fuient pas directement les régions en conflit (et quels conflits ?). La faim, l’oppression, la misère liée aux changements climatiques ne donnent pas le droit de circuler librement. Ceux-là seront immédiatement refoulés. Ces « hotspots » seront opérationnels fin juillet. Les moyens militaires pour s’en prendre aux bateaux des passeurs, cela ira plus vite encore. Dès le début du mois prochain. Et pour l’accueil des « vrais » demandeurs d’asile, on verra. On rediscutera d’une prise en charge sur base volontaire fin juillet. Puis on demandera l’avis du Parlement européen en septembre. A l’automne peut-être, une certaine forme de prise en charge se concrétisera. Peut-être. Et d’ici là le nombre de migrants en Italie ou en Grèce aura doublé.

Réagir malgré tout

Il y a des jours où regarder les infos vous rendrait misanthrope ou dépressif. Alors, cette fois, pour tenir bon en ce début de vacances, il me semble urgent de regarder ailleurs. Vers ceux qui ne s’habituent pas aux images de migrants noyés, aux canots remplis d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés à leur sort par les passeurs comme par les gouvernements européens. Le site Mediapart a consacré un long article à tous ces citoyens qui interviennent pour aider les migrants arrivés en Europe. Ils sont grecs, italiens, français, allemands. Certains sont membres d’associations, d’autres pas. Ils assurent simplement des gestes de solidarité humaine. Chez nous aussi, des citoyens ne supportent plus de rester impuissants. Et si le secrétaire d’Etat Théo Francken répète à qui veut l’entendre que la Belgique « en fait déjà assez », eux, estiment que ce n’est pas le cas. Des Bruxellois ont fondé une association « Un visa, une vie » et font ce que la Belgique ne fait pas : amener des Syriens en Belgique par un visa humanitaire en se portant garants moralement et financièrement d’eux. C’est la seule manière légale de les aider à émigrer et à obtenir l’asile. Pour le moment, les démarches portent sur l’octroi d’un visa humanitaire pour deux petites filles dont l’une a été blessée lors d’une attaque aérienne.

Le visa humanitaire n’est pas un sésame. Cela reste une faveur, accordée ou non par le ministre compétent (Théo Francken). Et lorsqu’au lendemain du naufrage qui a fait plus de 700 morts le 19 avril dernier, des députés CD&V et Open VLD avaient suggéré la piste des visas humanitaires pour venir en aide aux demandeurs d’asile syriens, le Secrétaire d’Etat N-VA s’y était opposé. Mais c’est sans doute là que l’initiative citoyenne prend tout son sens dans la mesure où elle ne peut que forcer le débat. Cela peut paraître dérisoire face à l’ampleur de la mobilisation nécessaire mais c’est comme chaque signature sous un appel d’Amnesty, juste une manière de dire qu’on n’est pas d’accord et c’est déjà beaucoup.

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