Pour en finir avec les jungles Par Martine Vandemeulebroucke

La jungle de Calais va être rasée et c’est tant mieux. Survivre dans un immense bidonville n’est un projet de vie pour personne que ce soit en France ou au Liban. Les bulldozers font détruire les baraques mais ne feront pas s’effondrer les rêves des migrants. Et c’est à ces rêves qu’il faut aujourd’hui trouver une réponse.

C’était devenu le plus grand bidonville de France. Avec ses rues, ses petits commerces, ses églises, ses dispensaires. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Calais, c’était bien une jungle où règne la loi des plus forts. On n’a pas souvent parlé des violences sexuelles dont étaient victimes les femmes, du racket organisé à grande échelle par les passeurs et leurs comparses, de la crasse, de l’ennui, du désespoir. La jungle de Calais, c’était un parking face à l’Angleterre, un parking au stationnement illimité. Pendant longtemps, cela n’a pas trop embêté les autorités françaises et anglaises. Il suffisait de ne pas regarder. Un jour peut-être, les migrants allaient se décourager. C’est mal connaître la force du rêve migratoire.
Quand la France s’est enfin décidée à offrir de réelles possibilités d’accueil dans des centres, comme elle le fait aujourd’hui, beaucoup de migrants ont adapté leur projet à la réalité. Le rêve de leur vie, ce ne sera pas l’Angleterre, ce sera peut-être la France. Une certitude : la facilité avec laquelle se sont déroulées les premières évacuations montre l’ampleur du découragement et de la résignation des habitants de la « jungle ». Une résignation peut-être provisoire. On peut imaginer que certains reviendront à Calais, retenteront la traversée vers l’Angleterre Quand on a parcouru le monde du Soudan au nord de l’Europe, ce n’est pas un trajet des Alpes vers la Manche qui va décourager.
Les lianes de la jungle vont peut-être à nouveau se former face à la Manche. Les récalcitrants d’aujourd’hui et les sans-papiers de demain reconstruiront sans doute leurs baraquements. C’est inévitable aussi longtemps que la France et la Grande-Bretagne ne se seront pas mises d’accord sur une politique migratoire plus accueillante ou plus réaliste. Pourquoi a-t-il fallu attendre octobre 2016 pour arriver (péniblement) à faire accepter la prise en charge, par l’Angleterre, de mineurs qui avaient de la famille dans ce pays ? C’était pourtant un droit pour ces jeunes, particulièrement vulnérables, et pas une faveur de la part des Britanniques. Même si eux le perçoivent sans doute ainsi. Mais soit, quand on voit comment la Grande-Bretagne définit actuellement sa politique migratoire, il n’y a pas de quoi être rassuré pour l’avenir.

La police à La Panne, la Reine en Jordanie

Ce qui ne rassure pas non plus, c’est la manière avec laquelle notre pays a une fois encore réagi face au démantèlement du bidonville. Comme au printemps dernier, quand la France avait déjà tenté d’intervenir manu militari à Calais, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon, a envoyé une bonne centaine de policiers pour « préserver » notre frontière dans une opération appelée « medusa », un code qui en dit long sur la manière dont les autorités belges perçoivent les migrants. Comme il y a six mois, les médias ont fait des reportages sur cette traque aux étrangers indésirables. Et même s’il n’y a personne, même si les policiers doivent bien chercher le moindre visage un peu basané dans les dunes ou dans les gares, peu importe. Le message est passé, toujours le même : les migrants sont un danger, les migrants nous envahissent comme l’avaient titré les journaux du groupe Sudpresse avant de se faire condamner par le Conseil de déontologie journalistique. Dommage qu’il n’existe pas de code de déontologie pour le personnel politique.
La jungle a fait les gros titres en ce début de semaine mais ce qui est intéressant, c’est souvent la juxtaposition des informations. Dans les quotidiens, comme dans les journaux télévisés, on a enchaîné le sujet « Calais » avec celui consacré à la visite du camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie par la reine Mathilde. Là vivent 80.000 réfugiés syriens. Un camp parmi d’autres dans un pays, deux fois moins peuplé que le nôtre, qui accueille 650.000 réfugiés syriens. Ici aussi, les murs sont en tôle. Ici aussi, on a installé des écoles, des dispensaires et même un réseau pour amener l’eau courante( ce qui n’était pas le cas dans la « jungle »). La coopération belge s’y montre active car c’est aussi une manière d’aider la Jordanie à « garder » ses réfugiés loin de l’Europe. Mais cela reste un camp où s’agglutinent depuis trois, quatre ans des familles, des hommes, des femmes qui n’aspirent qu’à retrouver une vie normale. Comme à Calais. « Ce qu’il faut, c’est donner des perspectives aux gens », a dit le ministre de la coopération au développement Alexander de Croo, au terme de sa visite à Zaatari C’est exactement cela, Alexander. Des projets d’avenir. Cela vaut aussi pour les migrants et les réfugiés de Calais, Lampedusa, Lesbos ou d’Ostende.

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