Présumé coupable Par Martine Vandemeulebroucke

Il n’y aurait donc pas eu d’agression sexuelle d’une petite fille à la piscine de Coxyde. Mais le jeune Irakien a été détenu avant même d’attendre la fin de l’enquête. Migrant donc présumé coupable. Veut-on vraiment voir s’installer une justice à deux vitesses dans notre pays ?

Aucune plainte n’a été portée contre le jeune Irakien accusé d’avoir "agressé" une jeune handicapée dans la piscine. Le demandeur d’asile dit avoir voulu aider la petite fille qui paniquait dans l’eau. Mais le simple fait de l’avoir touchée en a sans doute fait un agresseur potentiel pour le maître-nageur.

C’est une question de regard, celui que l’on porte sur les réfugiés ces jours-ci. Un regard qui fait que, dans la presse, ce fait divers a été rapproché des agressions de Cologne ou des fameux cours de respect aux femmes initiés par le Secrétaire d’Etat Théo Francken à l’intention des demandeurs d’asile. Rapproché dans le sens où ces informations se sont retrouvées sur la même page ou dans la même séquence des journaux télévisés. Comme une continuité logique, comme si tout cela était finalement prévisible. Un homme, jeune, demandeur d’asile, deviendrait donc par le cumul de ces trois « qualités » automatiquement un frustré sexuel en puissance qu’il convient de surveiller de plus près.

Personne n’a donc réagi quand le Secrétaire d’Etat chargé de l’Asile, Theo Francken l’a fait placer immédiatement en centre fermé en vue de son expulsion. Sans avoir attendu la fin de l’enquête du Parquet. Et aujourd’hui encore son cabinet trouve normal d’avoir réagir aussi précipitamment. Personne au sein du VLD n’a recadré le bourgmestre Marc Vanden Bussche lorsqu’il a annoncé son intention d’interdire l’accès de la piscine communale aux seuls demandeurs d’asile. Personne ne s’est indigné lorsque la N-VA a demandé, lundi, qu’on applique le système des comparutions immédiates pour les demandeurs d’asile qui se rendraient coupables d’une agression sexuelle. L’Office des Etrangers ne peut expulser ou enfermer quelqu’un qu’à l’issue d’un procès mais pour les demandeurs d’asile, il n’y aurait pas besoin de procès. Comme pour le jeune Irakien, il faut agir vite et dit la députée N-VA « tenir compte du contexte ».

Un état de droit en danger

Extraordinaire, ce mot. Contexte. Le contexte actuel fait que l’on pourrait mettre l’Etat de droit entre parenthèses. Qu’on ne doive plus respecter la présomption d’innocence. Qu’on puisse détenir et expulser les demandeurs d’asile sans contrôle des juridictions existantes. Depuis des mois, la N-VA, un parti membre de la coalition gouvernementale, multiplie les incitations à la discrimination à l’égard des réfugiés : leur faire porter des badges d’identification dans l’espace public, diminuer leurs allocations familiales…

Le « contexte » politique actuel en Belgique explique sans doute que personne au sein du gouvernement ne s’insurge. On se contente au mieux de dire que ce n’est pas à l’agenda gouvernemental. Rien sur le fond, rien sur la forme provocatrice.

Notez qu’au sein de l’Union européenne, on est dans la même logique. Malgré les pressions de certains députés (dont l’Ecolo Philippe Lamberts), il n’y a eu aucun débat au sein du Parlement européen sur les mesures de confiscation des biens des réfugiés au Danemark. On parle de « confisquer » pour ne pas dire « voler » car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et un vol, que l’on sache, c’est une infraction. C’est d’ailleurs le terme utilisé par le Conseil de l’Europe à propos du projet de loi qui vient d’être adopté par le parlement danois.

La confiscation des bijoux et de l’argent liquide ne fera guère rentrer d’euros dans les caisses de l’état danois et ils le savent. Les Suisses ponctionnent ainsi les réfugiés en leur saisissant tout ce qui dépasse mille francs suisses (neuf cents euros) depuis vingt ans mais n’en retirent pratiquement aucun bénéfice car, comme le reconnaissent les autorités helvètes, les réfugiés ont déjà été rackettés au cours de leur voyage.

Cela ne sert à rien donc sinon à discriminer. La discrimination est normalement sanctionnée en Suisse comme au Danemark mais, avec les réfugiés, une discrimination n’en est plus vraiment une. Tout comme la détention injustifiée d’un jeune Irakien n’est pas vraiment une détention arbitraire. On nous dira que c’est lié au « contexte ».

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