Quand un Etat africain fait la leçon à la Belgique

Ouf ! On a évité un conflit majeur avec la Guinée. La Belgique a réussi à expulser presque tous les 27 Guinéens déboutés de l’asile. Il aura fallu du temps et de l’argent mais c’est mission accomplie pour Maggie De Block. Le gouvernement guinéen aussi est content. Il n’a pas eu d’expulsion collective. Bref, tout le monde est gagnant. Enfin presque tout le monde.

La Guinée, vous connaissez ? C’est ce pays où le virus de la fièvre Ebola vient de tuer une centaine de personnes et atteint désormais la capitale, Conakry. C’est un des pays les plus pauvres de l’Afrique avec plus de 55% des habitants vivant sous le seuil de la pauvreté, où il n’y a toujours pas de parlement élu près de quatre ans après l’élection du président Alpha Condé. La Belgique avait prévu une expulsion collective de Guinées par vol militaire le 17 mars. Tout avait été organisé. Une centaine de policiers mobilisés, les chambres d’hôtel réservées à Dakar et patatras ! Le 17 mars au matin, la Guinée a refusé l’atterrissage de l’avion militaire.
Maggie De Block s’est fâchée tout rouge. Pensez donc, elle avait bien préparé cette expulsion. Elle était même allée à Conakry quelques semaines auparavant. Ce n’est pas la première fois que la Secrétaire d’Etat chargée de l’asile paie ainsi de sa personne pour s’assurer que les autorités d’un pays s’efforcent de « retenir » leurs ressortissants pour qu’ils ne viennent pas demander l’asile et qu’ils reprennent les invendus du droit d’asile. Cela s’est fait aussi pour le Congo, il y a quelques mois. La Guinée, le Congo et l’Afghanistan représentent le top trois des demandes d’asile en Belgique. Pour l’Afghanistan, on n’annonce aucune visite de Maggie De Block.
Soyons clair : nous n’allons pas écrire ici que la Belgique ne doit procéder à aucune expulsion de demandeurs d’asile déboutés ou de sans-papiers. Et que tout éloignement est d’office scandaleux. La loi sur les étrangers codifie les conditions d’accès au territoire belge mais prévoit logiquement aussi les retours. Le problème se situe souvent dans la manière dont ceux-ci se déroulent. L’expulsion collective pose en soi un problème. Quand les autorités guinéennes s’insurgent et interdisent toute expulsion collective de leurs ressortissants en parlant d’atteinte à la dignité des personnes, on peut peut-être trouver cela hypocrite de la part d’un gouvernement qui ne se préoccupe pas souvent de la dignité de ses opposants mais il y a là un vrai argument que la Belgique a balayé du revers de la main.
En fait, ce qui sidère dans cette affaire, c’est le cinéma invraisemblable qu’ont joué les Belges, offusqués que des Africains osent leur donner une leçon de droits de l’Homme. Didier Reynders a convoqué l’ambassadeur de Guinée. Maggie De Block a menacé les autorités de Conakry de suspendre l’octroi de visas (c’est très mode, cette histoire de refus de visas. Reynders a voulu faire la même chose avec l’ancien président ukrainien). Bref, on a été à deux doigts du tout gros incident diplomatique. Tout ça pour 27 Guinéens qui à l’exception de trois d’entre eux auront été expulsés par SN Airlines, quatre par quatre. Cela fait un peu moins collectif et l’honneur de chacun est sauf. Le profil de ces rapatriés, le sort qui les attend n’intéressent pas grand-monde.
Les expulsions, leur coût, leur efficacité sont une question sensible. Surtout en Flandre où pour certains députés, de la N-VA en particulier, on n’en fait jamais assez. Le fait que les coûts de ces rapatriements ait explosé en 2013 est plutôt perçu comme une bonne nouvelle chez ces élus souvent bien sourcilleux quant à la manière de dépenser l’argent public. Entre 2011 et 2013, le budget consacré aux rapatriements est passé de 7 à plus de 9 millions d’euros et le nombre de personnes expulsées a augmenté de 13%. L’année dernière, l’Office des Etrangers a même cru, un moment, que l’enveloppe budgétaire consacrée aux rapatriements allait être dépassée. Le prochain gouvernement voudra-t-il l’augmenter ?

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