Réfugiés syriens : la politique du compe-gouttes

Cela fait partie des bonnes résolutions pour 2014. La Belgique va accueillir 75 syriens dans son quota de programme de réinstallation prévu pour les réfugiés. Les millions d’autres sont priés de rester au Liban ou en Jordanie

Deux millions et demi de réfugiés, plus de 130.000 morts… Les chiffres de la guerre en Syrie donnent le vertige. En attendant les hypothétiques résultats de la Conférence de Paix qui a débuté ce mercredi, la question de l’accueil des réfugiés syriens et de l’aide aux pays limitrophes continuera à se poser dans les mois à venir.
Le Haut-Commissariat aux Réfugiés a insisté pour que les pays européens fassent un effort pour accueillir davantage de Syriens par l’intermédiaire notamment des programmes de réinstallation durable dans des pays tiers. La réinstallation consiste à sélectionner des réfugiés avec un profil particulier qui se trouvent dans un pays où une véritable protection ne peut pas leur être offerte et à la leur accorder parce qu’ils ne peuvent pas non plus retourner dans leur pays d’origine. En Belgique, le programme de réinstallation suppose un vrai travail d’accompagnement. Les personnes passent cinq à six semaines dans un centre Fedasil avant d’être prises en charge par les CPAS . Voilà pour la théorie.
Dans les faits, les programmes de réinstallation ou d’accueil humanitaire (prise en charge des blessés par exemple) sont souvent très limités. Selon le rapport d’Amnesty International du 13 décembre 2013 (LA forteresse Europe — Le traitement honteux réservé aux réfugiés syriens), les États membres de l’Union européenne n’ont ouvert leurs portes qu’à environ 12.000 réfugiés de Syrie, choisis parmi les plus vulnérables d’entre eux. Cela correspond à environ 0,5% des réfugiés Syriens présents dans les pays limitrophes. Comme le Liban qui accueille plus d’un million de Syriens pour une population de 4 millions d’habitants.
Il y a de grandes différences dans l’attitude des pays européens. L’Italie n’a pris personne. La France, 500 soit 0,02% du nombre total de réfugiés ayant fui la Syrie. L’Allemagne en a déjà accueilli dix mille et s’est engagée à en accepter cinq mille supplémentaires cette année.

Le quota, rien que le quota

Et en Belgique ? La secrétaire d’Etat chargée de l’Asile, Maggie De Block, a été interpellée à plusieurs reprises au Parlement à ce sujet. Sa réponse ne varie pas : la Belgique a donné l’asile ou la protection temporaire à environ deux mille Syriens. Le taux de reconnaissance est de 92%. Mais on parle bien ici des personnes qui individuellement ont réussi à arriver jusqu’en Belgique. Le programme de réinstallation de réfugiés en Belgique a une capacité de cent personnes. Jusqu’à présent, elles ont surtout été occupées par des Congolais originaires de la région des Grands Lacs. En 2014, annonce Maggie De Block, 75 places seront réservées aux Syriens. Formidable. Sauf qu’il s’agit seulement d’écarter les uns pour faire de la place aux autres. La Belgique n’augmente pas la capacité de son programme de réinstallation. Et elle ne compte pas le faire dans l’immédiat. Par contre, en 2020, on pourrait peut-être disposer de 250 places. Les Syriens n’ont plus qu’à se montrer patients.
La semaine dernière, à la Chambre, des députés PS et SP.A ont insisté pour que la Belgique fasse un effort supplémentaire et augmente le quota de réinstallation mais, leur a répondu Maggie De Block, le point n’ est pas à l’ordre du jour du gouvernement. La réponse est toujours la même dès qu’on aborde la question de l’immigration (on pourrait presque faire un copié/collé à l’usage des députés et journalistes) : c’est une problématique qui doit être examinée à l’échelle européenne.
L’Europe débourse près de 850 millions d’euros pour l’aide humanitaire sur place. Mais de là à les faire venir sur son territoire ! Les 28 espèrent que le problème ne se posera jamais. Nicosie n’est portant qu’à un peu plus de 300 km de Damas. Les grands points d’entrée dans l’Union européenne sont la Grèce et la Bulgarie. On connaît l’attitude des autorités grecques dont les garde-côtes repoussent les réfugiés syriens vers la Turquie. La Bulgarie a vu arriver quelque 5000 Syriens en 2013. La plupart sont logés dans des centres de détention dans des conditions d’hygiène épouvantables. Mais ce n’est pas à la Grèce ou la Bulgarie qu’il faut jeter la pierre. Le problème est, comme pour l’Italie et Lampedusa en particulier, que l’on fasse porter sur eux tout le poids des obligations Schengen. Des chiffres encore ? Toujours selon le rapport d’Amnesty, la Commission a déboursé 228 millions d’euros pour renforcer le contrôle aux frontières mais n’a versé que 1,2 millions à la Grèce via le Fonds européen pour l’accueil des réfugiés.
La Belgique, comme les autres pays européens, compte donc sur les pays limitrophes pour faire tout le travail humanitaire dans la crise syrienne. Et là, on est prêt à les aider, un peu. Lorsque le ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders a visité les camps de réfugiés au Liban, il a fait deux constats :
Un : la pression devient insupportable sur l’état libanais et sur la Jordanie.
Deux : il faut empêcher cette « un afflux incontrôlable de Syriens en Belgique ». Donc, il faut aider financièrement le Liban et la Jordanie. D’accord. Mais sur les 850.000 euros supplémentaires que la Belgique va dégager pour ce faire, prévoir quelques centaines de places supplémentaires pour installer des réfugiés syriens les plus vulnérables, est-ce vraiment un effort insurmontable même en période préélectorale ?

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