Route belge et déroute humanitaire

Une vielle dame atteinte d’un cancer va mourir seule au Maroc. Sa fille, qui a la nationalité belge, n’a pas pu la faire venir pour vivre avec elle les derniers moments de sa vie. Partout en Europe, les lois sur le regroupement familial se sont à ce point durcies qu’elles incitent certains à les contourner. Au grand dam des autorités belges notamment.

Théo Francken est un Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la migration N-VA productif. Tous les jours ou presque, il envoie un communiqué de presse. Sur tout ce qui ne va pas, selon lui, dans ce pays décidément trop laxiste à l’égard des étrangers. Sur tout ce qu’il va faire incessamment sous peu.
Sa dernière sortie, c’était aux Pays-Bas. Avec son homologue néerlandais chargé de la Justice, il a promis de combattre le « shopping frauduleux de l’immigration ». Il va barrer ce qu’il appelle « la route belge » du regroupement familial. La traduction de cette rhétorique guerrière ? Elle est très simple. Depuis quelques années, la ville d’Anvers et les communes frontalières avec les Pays-Bas ont l’impression de voir un nombre croissant de Néerlandais s’établir dans notre pays. A priori, ce n’est pas surprenant. Les Néerlandais et les Français sont les deux nationalités étrangères les plus présentes en Belgique. Oui mais, ces Néerlandais sont d’origine marocaine ou turque et ça, ça dérange. Parce qu’en plus, ils font venir leur conjoint ou leurs parents en Belgique. Notez, il y a des Belges (d’origine étrangère) qui font la même chose aux Pays-Bas. Et cela dérange aussi nos voisins du Nord.
Ce qui se passe en fait est une manière de contourner la loi sur le regroupement familial, une loi qui a été considérablement durcie tant aux Pays-Bas que chez nous. La loi belge est devenue plus sévère pour les Belges qui veulent se faire rejoindre par leur famille. Uniquement pour les Belges qui sont désormais assimilés aux ressortissants de pays tiers. Pas pour les Européens établis chez nous, la directive européenne sur la libre circulation l’aurait interdit. En fait, la loi cible les Marocains et les Turcs devenus Belges. Pour eux, plus question de faire venir leurs parents en aucune circonstance. Et pour faire venir leur conjoint, il faut disposer de revenus confortables et d’un droit au séjour illimité depuis au moins douze mois. Aux Pays-Bas, les règles sont les mêmes.

Le retour du boomerang

Si vous avez bien suivi, vous aurez compris qu’un Néerlandais d’origine marocaine est aux yeux de la loi belge, un « Européen » qui bénéficie d’un régime plus souple en matière de regroupement familial. Même topo pour le Belge qui va s’établir provisoirement à Rotterdam. Là, il ne sera pas soumis aux exigences de revenus « stables et suffisants » imposées chez nous. Mais la technique n’est pas si simple. Il faut tout de même séjourner au minimum six mois dans le pays voisin avant de pouvoir exercer ce droit.
Theo Francken veut empêcher certains Néerlandais donc de s’installer en Flandre. Il ne dit pas comment il va faire mais, c’est sûr, il va combattre « ces mariages de complaisance ». De complaisance ? Qu’est-ce qui lui permet d’affirmer cela sinon le fait de considérer a priori le regroupement familial non comme un droit mais comme une fraude ? La Belgique et les Pays-Bas sont piégés par les discriminations qu’ils ont établies dans leur législation et qui ont des conséquences absurdes et parfois dramatiques pour les personnes concernées.
Voyez l’histoire d’Adel qui nous a contactées via Amnesty. Adel est d’origine marocaine et naturalisé français. Il vit à Montpellier. Sa sœur Ghislaine vit à Louvain et a la nationalité belge. Lors d’un séjour de leur mère en Belgique, on s’est aperçu qu’elle souffrait d’un cancer au cerveau. La mère vit seule au Maroc, le père est décédé. Guislaine veut la garder près d’elle, pour la soigner et ne pas la laisser mourir seule loin de ses enfants. Mais la loi ne le permet pas. La vieille dame a un visa touristique, elle doit rentrer à l’expiration du visa. Guislaine a introduit une demande de régularisation pour motif médical. Refusé. Sa mère a été arrêtée, détenue en centre fermé (à près de 70 ans !) et expulsée au Maroc. C’est inhumain, nous écrit Adel. Oui. Sa sœur Guislaine n’a pas pu garder sa mère près d’elle pour les derniers mois de sa vie parce qu’elle a la nationalité belge. Si Adel était venu s’installer dans notre pays, il aurait pu faire venir la vielle dame. Adel est un citoyen européen. C’est absurde, discriminatoire, mais c’est la loi. Et on s’étonne que certains tentent de la contourner ?

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