Sévices publics

Inimaginable chez nous le scandale de l’accueil des demandeurs d’asile qui secoue l’Allemagne ces jours-ci ? Oui. En Belgique, on ne délègue pas la gestion de l’accueil à une société privée. Mais…Fedasil ne fait pas toujours preuve d’une grande humanité à l’égard d’un public pourtant vulnérable.

En Allemagne, quatre agents de la société de sécurité privée qui gère le centre de Burbach ont été arrêtés pour violences graves à l’égard des demandeurs d’asile. Ils pensaient sans doute opérer à Guantanamo. L’Allemagne est, contrairement à la Belgique, confrontée à un afflux important de demandeurs d’asile syriens et irakiens. Cela n’explique et ne justifie pas pour autant son recours à des sociétés de sécurité privées pour gérer ce qui est normalement une prérogative de l’Etat.
Chez nous, Fedasil est comme son nom l’indique une agence fédérale, de statut public. Fedasil n’a plus aucun problème de gestion de l’accueil des demandeurs d’asile. Elle a même fermé 416 places d’accueil temporaires. Pourquoi alors cette obsession de mettre les gens dehors même quand ils ont encore droit à être accueillis ? Voici deux exemples d’une gestion pour le moins inhumaine de l’accompagnement des demandeurs d’asile.
Cette famille rom de six enfants a quitté le Kosovo en 1994. L’enfant le plus jeune a trois ans, l’aîné, onze. Le père parle parfaitement français. Les enfants ont été scolarisés en Wallonie. La famille a introduit récemment une demande de régularisation alors qu’elle était hébergée dans le centre Fedasil de Pondrôme. Fedasil est tenu de venir en aide aux familles en séjour illégal. Mais puisque ces familles n’ont pas d’autorisation de séjour, cela n’empêche pas l’Office des Etrangers de venir les arrêter dans le centre d’accueil. C’est ce qui s’est passé. Toute la famille a été amenée dans une maison de retour, un centre de détention donc. Un recours a été introduit auprès du conseil du contentieux des étrangers en s’appuyant sur le risque de traitement inhumain au Kosovo pour les familles roms et surtout sur la scolarité nécessairement interrompue des enfants. L’ordre de quitter le territoire a été suspendu. La famille aurait dû retourner à Pondrôme mais Fedasil refuse. Elle veut que la famille refasse toute la procédure qui prévoit notamment de passer par un CPAS, puis d’être orienté vers un centre d’accueil. Cela prend du temps or la famille de six enfants est à la rue. Elle trouve un hébergement provisoire à Liège chez une autre famille rom de quatre enfants. Quatorze personnes dans un appartement de deux pièces ! Et aucune aide financière. Pas même de quoi s’acheter un ticket de train pour se rendre à Bruxelles au siège de Fedasil. Il faudra que l’avocat fasse condamner Fedasil à payer une astreinte pour refus de prise en charge pour que l’agence s’exécute. Et elle le fera en leur désignant un centre de retour en Flandre alors que Pondrôme a plusieurs places d’accueil disponibles. Pourquoi ? « On a reçu des instructions », dit, embarrassé, le responsable du dispatching de Fedasil. Pour le moment, les enfants ne sont plus scolarisés. Aucun contact avec un assistant social pour aider la famille qui ne reçoit qu’un chèque repas de 45 euros par jour pour se nourrir à l’extérieur. On fait comment avec des enfants en bas âge ?

Pousser au suicide

L’autre histoire est plus dramatique encore. Cette mère tchétchène a quatre enfants, dont deux sont lourdement handicapés mentaux. Ici aussi, cette famille en séjour illégal se trouvait dans un centre Fedasil à Bruxelles. L’avocate demande la régularisation sur base notamment de l’état de santé des enfants. La mère commet l’erreur d’introduire une demande d’asile. Erreur fatale. Elle n’est alors plus en séjour illégal….et Fedasil lui demande de quitter immédiatement le centre d’accueil avec ses enfants. Ce n’est pas la première fois que l’agence opère ainsi et elle a déjà été condamnée plusieurs fois par le tribunal du travail pour cette attitude. La mère est désespérée. Où aller avec ses enfants qui ont besoin de soins ? Elle s’asperge d’essence, tente de s’immoler par le feu devant ses gosses. Le briquet ne fonctionne pas. Un agent de Fedasil la sauve de justesse. Elle est aujourd’hui internée en institution psychiatrique.
Qu’on ne s’y méprenne pas. Dans les centres Fedasil, nous avons le plus souvent rencontré des agents, des directeurs compétents, humains, préoccupés par le sort des demandeurs d’asile. Ce n’est pas eux qui sont en cause mais bien la hiérarchie de cette agence. Tant pour cette famille rom dont on déstructure volontairement toute l’existence que pour cette Tchétchène que l’on pousse au désespoir, il n’a jamais été tenu compte de la fragilité sociale, psychologique de la majorité des demandeurs d’asile. On ne leur a pas porté des coups, comme en Allemagne. Pas physiquement. Mais on est dans de la maltraitance institutionnelle indigne d’un service public.

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