Si Mandela avait été demandeur d’asile

Est-ce l’approche des fêtes ou des élections qui a suscité la diffusion de ce qui apparaît, aux yeux du monde politique, comme une excellente nouvelle ? Le nombre de demandeurs d’asile n’a jamais été aussi bas en ce mois de novembre 2013. De quoi être fier, vraiment ?

© TREVOR SAMSON/AFP/Getty Images

En 2012, les demandes d’asile ont augmenté partout en Europe. Sauf en Belgique. La tendance s’est poursuivie en 2013. Pour ce mois de novembre, avec 1103 demandes d’asile introduites en Belgique, c’est même un record de baisse depuis 2009 avec une diminution de 34% par rapport au mois de novembre 2012.
Les principaux pays d’origine de ceux qui continuent tout de même à tenter de trouver une protection dans notre pays sont le Congo (9,4% du total), la Syrie (8,6%), la Guinée (7%), la Russie (lisez : les Tchétchènes, 6,6%) et l’Afghanistan (6%) puis l’Irak. Pour le Congo, les chiffres sont un peu faussés : sur les 104 demandes d’asile, 20 personnes sont arrivées dans le cadre d’un plan de réinstallation organisé par la Belgique et ont donc reçu d’office le statut de réfugié. Autre précision : sur ces 1103 demandes, 352 étaient des « demandes multiples », autrement dit des nouveaux dossiers introduits en Belgique par des demandeurs d’asile déboutés. Il n’y a eu donc que 751 nouvelles demandes d’asile en novembre.
La Secrétaire d’Etat, chargée de l’Asile et de la Migration, Maggie De Block, ne s’est pas privée de s’attribuer tout le mérite de ces statistiques. C’est l’effet de ma politique, dit-elle. Et de citer pêle-mêle l’élaboration d’une liste de pays sûrs, la nouvelle loi sur les demandes d’asile multiples, le filtre médical, les campagnes de dissuasion menées dans certains pays d’origine comme au Congo et dans les Balkans. A aucun moment bien sûr, on n’imagine que les voies d’accès vers l’Europe pour les Syriens ou les Africains sont devenues particulièrement impraticables, que le nombre de réfugiés qui meurent lors des traversées vers l’Italie ou l’Espagne n’a jamais été aussi élevé. Ici, les statistiques sont à la hausse.
Mais examinons quelques réalisations de ce gouvernement pour endiguer le flux des demandes d’asile. La liste des pays sûrs ? Elle consiste à prévoir une procédure accélérée avec un alourdissement de la charge de la preuve pour les demandeurs d’asile originaires de sept pays, six des Balkans (Serbie, Monténegro..) et l’Inde. Mais ces pays sont tellement « sûrs » que le Commissariat général aux réfugiés a tout de même accordé l’asile à 83 Albanais en 2012. On notera d’ailleurs que d’un pays européen à l’autre, la liste des pays considérés comme démocratiques, ne discriminant ou ne persécutant aucun de leurs ressortissants, varie. En Belgique, le Kosovo et l’Albanie sont « sûrs ». Pas en France. Comprenne qui pourra.
Les campagnes de dissuasion ? Elles ont commencé dans les Balkans avec Melchior Wathelet qui s’était rendu, en 2010, dans certains villages de Serbie et de Macédoine, essentiellement peuplés de Roms, pour convaincre leurs habitants qu’ils n’avaient rien à gagner à venir en Belgique. Nous avons encore bien en tête la réponse des communautés roms au Secrétaire d’Etat de l’époque : « les conditions de vie en Belgique ne peuvent pas être pires que les discriminations que nous subissons ici ». Mais soit, les Serbes, les Macédoniens ont disparu ou presque du top dix des statistiques. Comme il s’agissait de Roms, on ne peut s’empêcher de penser que beaucoup d’entre eux ont continué à venir en Belgique et en France mais sans plus passer par la case « asile ».
Pour l’avenir, on imagine que la prochaine campagne de dissuasion aura lieu à Kaboul ou à Téhéran ?
Le filtre médical ? Là, on a affaire à un chef d’œuvre de mauvaise foi. Le filtre médical, cette création récente du gouvernement, vise à diminuer le nombre de régularisations du séjour pour raisons médicales. Maggie De Block s’imagine-t-elle vraiment que les Afghans, les Syriens, les Iraniens, les Kosovars évitent la Belgique parce qu’ils ne peuvent plus s’inventer une maladie ? Les Irakiens, les Tchétchènes qui ont subi des traumatismes physiques et psychiques graves dans leur pays, ce serait du pipeau et juste un prétexte pour demander l’asile ?
Finalement peu importe que tous ces éléments d’une politique d’asile aient ou non l’effet escompté. Ce qui révolte le plus, c’est qu’un gouvernement soit fier d’annoncer une baisse des demandes d’asile. Parce qu’il est convaincu qu’électoralement, c’est rentable. Ce qui révolte, c’est qu’il se vante d’accorder une protection au plus petit nombre possible de persécutés . Un gouvernement qui rend hommage à Nelson Mandela, qui se rend même à son enterrement mais qui, chez nous, pratique une politique d’exclusion, c’est un peu schizophrénique non ? Ou très hypocrite.
Une chose est sûre en tout cas : le Pakistan et l’Iran qui accueillent chacun trois millions de réfugiés afghans n’ont pas fait de bons chiffres cette année. En Belgique, 2635 Afghans ont demandé l’asile en 2012, 1165 en 2013. Et certains doivent penser que c’est déjà de trop.

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.