Solidarité avec Alep ou Budapest ? Par Martine Vandemeulebroucke

Alep croule sous les bombes. La France dénonce des crimes de guerre au Conseil de sécurité de l’ONU mais n’imaginez surtout pas un geste de solidarité européen envers les réfugiés syriens qui ont réussi à fuir les bombardements. Non, l’Union européenne préfère la solidarité avec Bratislava, Varsovie et ses populistes qui ne veulent pas d’étrangers et encore moins de « musulmans » chez eux.

Vous reprendrez bien un peu de réfugiés ? Non ? Vous préférez laisser votre part aux autres pays de l’Union européenne parce que vous n’aimez pas les musulmans ? Pas de problème. Vous faites seulement preuve de « solidarité flexible », une expression qui fait fureur dans la langue de bois européenne et qui est née du constat de décès du plan de répartition en deux ans de 160.000 réfugiés essentiellement présents dans les camps ( hots spots en galimatias européen) de Grèce et d’Italie. La Commission s’y était engagée en novembre 2015 dans le cadre d’un plan d’urgence. C’était tellement urgent et impératif qu’en un an à peine 3% de ces réfugiés ont été relocalisés dans d’autres pays de l’Union européenne. Des quotas pour chaque état membre avaient étés fixés. Aucun ne les a respectés. La Slovaquie, la Hongrie, la Pologne et la Tchéquie avaient prévenu la Commission qu’ils n’en voulaient pas et tant pis pour les belles valeurs dites européennes de respect des droits fondamentaux, de refus des discriminations basées sur la culture ou la religion. Les populistes au pouvoir ont dit qu’ils ne voulaient pas de « musulmans » chez eux. Le président de la Commission Jean-Claude Juncker leur a dit que ce n’était pas bien mais on en est resté là.
Les gouvernements qui ont refusé de respecter une réglementation qui en principe s’imposait à tous les Etats membres ont gagné. Aucune procédure en infraction à leur égard comme on le ferait à l’égard de n’importe quel gouvernement qui contrevient aux règles fiscales ou d’aides d’Etat. Vous vous souvenez que la Grèce a failli être éjectée de la zone euro et même de l’Union parce qu’elle n’obtempérait pas aux diktats financiers des autres états membres ? Quand il s’agit de droits humains, on passe l’éponge ou plutôt on essaie de sauver les meubles en donnant un nouveau sens aux mots.

Chasser les réfugiés plutôt que les accueillir

Le mot solidarité par exemple. On parle désormais de « solidarité flexible ». Comprenez que la solidarité est une valeur élastique. Le Petit Robert dit qu’il s’agit d’une « obligation morale de ne pas desservir les autres et de leur porter assistance ». Tout dépend de la manière dont on définit les « autres ». Ce ne sont en tout cas pas les réfugiés syriens. Ce ne sont pas vraiment non plus les Grecs et les Italiens qui sont pourtant membres du Club. Non, la solidarité flexible consiste à troquer le refus d’accueil pour des raisons racistes en une participation accrue au financement du Corps européen de garde-côtes. La solidarité flexible, c’est donc jouer aux flics, empêcher les migrants d’entrer en Europe plutôt que de respecter le droit d’asile. Finalement, on reste dans la logique qui a fait naître les traités de Schengen et de Dublin : que les pays qui sont aux portes de l’Europe, comme la Grèce, l’Espagne, l’Italie se débrouillent. A eux d’empêcher migrants et demandeurs d’asile de pénétrer dans la forteresse.
Ces traités ont bien profité à un pays comme le nôtre qui est d’ailleurs loin d’être un exemple en matière d’accueil. La Belgique s’était engagée auprès de la Commission à relocaliser un peu plus de 3600 réfugiés. Elle en a admis 119 sur son territoire. Et pourtant, Charles Michel et Didier Reynders l’ont claironné au Sommet des Nations-unies la semaine dernière : notre pays fait vraiment beaucoup, beaucoup pour l’accueil des réfugiés. Il est tellement accueillant (« une longue tradition » dixit Michel) qu’il ne tient pas ses engagements européens et ferme les centres d’accueil pour les demandeurs d’asile.
Comme quoi, il n’y a pas que le mot « solidarité » dont on tord le sens. La langue de bois, c’est la seule langue commune en Europe.

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