Vous reprendrez bien un peu de démagogie ?

Bien digérées les agapes de Noël et du Réveillon ? Ce qui suit pourrait un peu peser sur l’estomac. Au menu de ce jour : la N-VA et les centres fermés. Le député Théo Francken propose à Maggie De Block de louer des places dans les centres fermés des Pays-Bas pour augmenter les performances belges en matière de détention des demandeurs d’asile. On l’aura compris : ceci n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend au cours de cette année électorale.

Théo Francken est un député qui adore les chiffres, surtout ceux qui concernent la politique d’asile. Il en demande et en redemande, sans indigestion, au cabinet de la Secrétaire d’Etat Maggie De Block et à l’Office des Etrangers. Sa dernière trouvaille : en 2013, il n’y a eu que 134 sans-papiers arrêtés dans les métros et les gares puis expédiés en centres fermés. Trop peu, beaucoup trop peu, dit-il et cela s’explique parce que la Belgique ne dispose que de 500 places en centres fermés (en réalité il y en a 628 mais le goût des chiffres ne rend pas Théo Franken rigoureux pour autant). Le député N-VA demande à Maggie De Block de louer des places dans les centres néerlandais et, ça tombe bien, celui de Rotterdam est aux deux tiers vide. C’est fou cette manie de vouloir exporter nos détenus aux Pays-Bas non ? La Belgique loue déjà une partie de la prison de Tilburg. Les prochains sur la liste, ce sont les fous ? Les jeunes délinquants flamands ?
Mais revenons à nos demandeurs d’asile déboutés et autres sans-papiers : Théo Francken feint de croire que l’on peut les envoyer à Rotterdam, le temps nécessaire à leur expulsion. Il fait semblant d’ignorer qu’il s’agit ici d’accès ou de refus d’accès au territoire national et que des fonctionnaires belges ne peuvent donc légalement opérer en territoire néerlandais. Ce qui compte, c’est de balancer des chiffres, de faire parler de lui dans la presse flamande, de montrer que, sur le terrain de l’asile, la N-VA fait le poids (sans mauvais jeu de mots) face à la toute puissante Maggie De Block. La star de l’Open VLD que 35% des Belges aimeraient voir premier ministre en raison de sa « fermeté à l’égard des immigrés (il y a des jours où l’on a aussi envie de chercher asile). Nous sommes donc devant de la gesticulation pré-électorale. Autant s’y habituer : sur la question de l’immigration et de la sécurité, il y en aura beaucoup ces prochaines semaines et prochains mois.
Maggie De Block lui a répondu qu’avec moins de places en centres fermés, la Belgique arrivait à expulser davantage de gens. Donc, on est plus performant. C’est ça qui compte pour tous ceux qui veulent voter pour elle. Elle précise aussi que la durée de détention est plus longue aux Pays-Bas. Vrai ? Faux ? Chez nos voisins du nord, la durée moyenne de détention d’un sans-papier est de 70 jours. Chez nous, elle est d’environ un mois. Sauf qu’on ne parle pas de la même chose. Un mois, c’est la durée moyenne de détention par centre. Pas par individu (ces chiffres n’existent pas ). Autrement dit, si un demandeur d’asile est enfermé à Bruges pendant un mois, puis à Vottem pendant deux mois avant d’être transféré encore au 127 bis pendant plusieurs semaines, il sera resté quatre à cinq mois mais cela n’apparaîtra pas dans les statistiques.
On allait oublier : Théo Francken n’était pas seul à visiter le centre fermé de Rotterdam. Il était accompagné d’Alain Destexhe (MR) qui s’est dit impressionné par la « fermeté » (un mot fétiche décidément) des Néerlandais car là, l’étranger peut rester détenu pendant un an et demi alors qu’en Belgique le maximum légal prévu est de cinq mois (mais le compteur est remis à zéro chaque fois que l’étranger refuse l’expulsion forcée). Intéressant de constater que l’outrance n’est pas une exclusivité de certains hommes politiques flamands.
Tant qu’à citer des exemples à l’étranger, on pourrait aller plus au Nord encore. En Suède, la durée de détention moyenne d’un étranger est de douze jours. Parce que dans ce pays, les autorités n’enferment les gens que pendant le temps strictement nécessaire à l’expulsion . Autrement dit quand l’administration dispose déjà du laissez-passer ou d’un passeport permettant le rapatriement. Chez nous et aux Pays-Bas, on enferme d’abord. On commence ensuite à chercher les documents nécessaires à l’expulsion. Parfois, elle est impossible et l’étranger sera resté détenu quatre, cinq mois avant d’être relâché. Pour rien donc. Et en agissant ainsi, on augmente fatalement le besoin de places en centres fermés.
Pas très performant, tout ça. Du moins si on l’examine sur le terrain des droits de la personne. Mais cet indicateur-là n’intéresse guère ceux qui font de la chasse aux étrangers leur croisade électorale.

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