Même les prisonniers ont des droits

Beaucoup de personnes et de médias se sont agités ces jours-ci en affirmant qu’Amnesty International a fait campagne en 2010 en faveur d’Oussama Atar, certains affirmant à tort que c’était en faveur de sa libération. Un seul média (étranger) nous a interrogé directement pour recouper l’information.
Amnesty International n’a jamais fait campagne pour la libération de celui qui est aujourd’hui désigné comme terroriste. Elle a demandé que lui soit accordé l’accès aux soins médicaux nécessaires. Précisons tout de suite qu’il fut libéré deux ans plus tard, laissé en liberté en Belgique à son arrivée (après son interrogatoire par les services de renseignements) et qu’il aurait été libéré normalement en 2014 (fin de sa peine).

En septembre 2010, Amnesty International a lancé une action ciblée d’urgence pour veiller à ce que Oussama Atar reçoive des soins médicaux appropriés. Atar avait déjà purgé à ce moment-là six années d’une peine de prison de dix ans dans les centres de détention d’Abou Ghraib, Camp Bucca, Camp Cropper et la prison d’Al-Rusafa en Irak.

De multiples sources - non seulement la famille, mais aussi des communications entre la prison d’Al-Rusafa et l’ambassade de Belgique en Jordanie – avaient mis en évidence le mauvais état de santé d’Oussama Atar. Amnesty International avait informé en mai 2010 les autorités irakiennes de son état, mais n’avait reçu aucune réponse. Cela avait renforcé nos préoccupations au sujet de sa santé. Amnesty a donc appelé les autorités irakiennes à lui administrer les soins nécessaires. Au cas où cela n’aurait pas été possible dans la prison elle-même, nous avons demandé une autre solution, par exemple, dans un hôpital civil sous surveillance. Cela est conforme aux normes de l’Organisation des Nations unies. Toutes nos demandes furent abandonnées, et notre action stoppée, fin 2010, lorsque nous eûmes les assurances que les soins appropriés lui étaient accordés.

L’action que nous avons menée n’a pas conduit à sa libération donc et ce n’était pas notre objectif.

Ceci dit, l’accès aux soins médicaux nécessaires est un droit humain fondamental et oui, même les prisonniers ont des droits. Peut importe le diagnostic ou les raisons pour lesquelles le prisonnier a été condamné. Amnesty avait des preuves crédibles qu’un détenu était en mauvaise santé et n’avait pas accès aux soins médicaux. Nous avons donc exprimé notre préoccupation et demandé instamment le respect de ses droits fondamentaux.
Détecter de possibles violations des droits humains, individuelles ou structurelles, et appeler à l’action pour lutter contre elles, est et demeure un élément important de notre travail.

Donc, nous ne sommes pas « embarrassés » par notre ancienne action, comme mentionné dans plusieurs messages. Nous craignons par contre pour les droits humains.

Nous voulons la justice pour les victimes de la terreur ; le devoir du gouvernement est d’assurer la sécurité de ses citoyens et il est évident que les droits fondamentaux sont dans une situation précaire, partout dans le monde.
Si Atar a participé aux attentats du 22/3 ou d’autres actes de terrorisme, il doit être identifié et traduit en justice. Et cela doit se faire en respectant les droits fondamentaux : c’est cela qui nous différenciera toujours des terroristes et des régimes totalitaires.

À nous de montrer que c’est toujours vrai.

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