Monsieur Borsus, n’est-il pas temps de changer votre fusil d’épaule ? Par Philippe Hensmans, directeur de la section francophone d’Amnesty International Belgique

Alors que le conflit au Yémen entre dans sa quatrième année, et que Willy Borsus continue de signer des licences d’armes pour l’Arabie saoudite sans aucune garantie que ces armes n’arrivent pas sur le terrain yéménite, le vent est-il en train de tourner au point au point qu’un jour le ministre-président wallon soit le seul à s’obstiner dans ce commerce irresponsable et immoral ? On n’en est pas encore là. Mais on n’en est peut-être pas loin.

Le conflit yéménite a mis en lumière le coût réel du commerce mondial des armes, sans parler du fait qu’il remet en cause la mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes (TCA). De nombreux pays proclament leur soutien aux droits humains et leur adhésion au TCA, tout en fournissant des armes aux États de la coalition que dirige l’Arabie saoudite. Comme la Belgique, qui, via la Wallonie, continue de fournir des armes de guerre et des armes légères au Royaume saoudien.

Toutefois, tout espoir n’est pas perdu. Ces derniers mois, sous la pression croissante de l’opinion publique, plusieurs pays européens ont suspendu les transferts d’armes destinés à la coalition. Dans les pays qui maintiennent les exportations, les transferts font l’objet d’une attention soutenue : des actions sont intentées en justice et les critiques des parlementaires et des citoyens s’amplifient.

Le vent serait-il en train de tourner ?

En Grèce, suite à une tempête de protestations, une commission parlementaire a annulé l’envoi de 300 000 obus de chars en Arabie saoudite.

En Finlande, des images dévoilant qu’un véhicule blindé de fabrication finlandaise avait été utilisé au Yémen par les Émirats arabes unis (EAU), membre de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, a suscité une vive émotion. En réaction, la plupart des candidats aux élections – et le président – se sont opposés aux transferts d’armes vers ce pays.

La Norvège a de son côté annoncé la suspension des exportations d’équipements militaires vers les EAU (elle avait déjà cessé d’approvisionner l’Arabie saoudite), invoquant les risques d’utilisation abusive au Yémen. L’Autriche, les Pays-Bas et la Région flamande ont à plusieurs reprises refusé de délivrer des licences pour des ventes d’armes à Riyadh.

Le scoop, toutefois, fut la décision prise par l’Allemagne de suspendre les futures licences pour les transferts d’armes à destination de pays directement impliqués dans le conflit au Yémen. Après des années de pressions concertées exercées par la société civile, les journalistes et certains hauts responsables politiques, l’un des principaux fabricants d’armes de la planète a enfin fixé des limites. Reste à voir si elle tiendra cette position.

Parallèlement, la pression s’intensifie dans d’autres États

Au Royaume-Uni, l’opinion publique et tous les partis d’opposition sont favorables à la fin des livraisons d’armes à l’Arabie saoudite. Des militants ont d’ailleurs formé un recours juridique contre le gouvernement à ce sujet.

En Belgique, nous ne sommes pas en reste. Le 19 décembre dernier, la Ligue des droits de l’Homme et la CNAPD, soutenues par la section belge francophone d’Amnesty, ont introduit devant le Conseil d’État un recours en suspension et en annulation des licences d’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite accordées par le ministre-président wallon en octobre 2017.

Aux États-Unis, en juin dernier, un vote au Sénat pour bloquer le transfert à Riyadh de munitions à guidage de précision pour un montant de plus d’un demi-milliard de dollars a échoué de justesse. Parallèlement, une résolution du Sénat cherche à retirer le soutien logistique et de renseignement à la campagne menée par la coalition sous commandement saoudien au Yémen.

Au Canada, en France, en Italie et en Espagne, nous assistons à un déluge d’obstacles à la livraison d’armes à la coalition – sous forme de procès, d’actions militantes, etc.

Les États européens qui continuent de fournir des armes alimentant le conflit au Yémen se retrouvent face à un dilemme juridique et moral grandissant. En tant qu’États parties au TCA, ils ont l’obligation d’interdire les livraisons d’armes si celles-ci sont susceptibles d’être utilisées pour des violations graves du droit international humanitaire et relatif aux droits humains. Les États-Unis, en tant que signataires, se sont engagés à ne pas compromettre l’objet et le but du traité.

La faillite morale et juridique du soutien occidental à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite saute aux yeux. Un nombre croissant de pays l’ont déjà admis, et reconnaissent le risque d’une complicité de plus en plus grande dans les violations et les crimes de guerre commis au Yémen.

Il est temps que la Région wallonne, qui souille chaque jour un peu plus de sang les plumes du coq hardi, change elle aussi son fusil d’épaule en cessant de toute urgence d’armer le criminel de guerre saoudien et en trouvant parallèlement des solutions pour sauver l’emploi dans l’industrie wallonne de l’armement. Elle se montrera alors digne des valeurs qu’elle prétend défendre.

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