Il ne peut y avoir d’espace au fond de nos cœurs pour la peur Interview par Philippe Hensmans

Gégé Katana, « Maman Gégé » pour les femmes avec lesquelles elle travaille, est une vieille amie d’Amnesty. Nous la soutenons depuis longtemps. De passage en Europe, elle a bien voulu nous accorder une interview.

On est toujours soufflé de voir la sérénité dont fait preuve cette femme, alors que la situation au Sud-Kivu et dans la plaine de la Fizi est toujours aussi catastrophique. L’organisation qu’elle a créée, la SOFAD, est active sur tous les fronts dès qu’il s’agit de promouvoir les droits des femmes.

« Comment aidez-vous les femmes victimes de violences sexuelles ?

Quand une femme vient nous trouver, nous vérifions d’abord si elle accepte que son dossier soit déposé à la justice. Si elle dit oui, nous mettons à sa disposition un avocat. Nous faisons ensuite l’accompagnement psychosocial. Nous lui trouvons également un suivi médical. Et puis il y a la réinsertion familiale. Elles sont souvent rejetées par leur famille, parce qu’on pense qu’elles portent malheur ou on les considère comme des "putes".
C’est aussi important pour les enfants issus du viol. Nous essayons de voir comment aussi leur garantir une réintégration scolaire. Nous faisons aussi du suivi dans les écoles pour éviter qu’on se moque d’elle, lorsqu’elle est encore jeune, ou de son enfant.

En ce qui concerne l’intégration des femmes dans le processus de décision, quels sont les mécanismes que vous avez mis en place ?

Nous avons installé ce que nous appelons les groupes de dialogue, dans lesquels nous avons aussi intégré des hommes. Ils ont notamment pour mission d’aller convaincre les leaders communautaires, les chefs coutumiers… pour la promotion des droits de la femme.
Nous organisons aussi des tribunes d’expression populaire. On invite toute la communauté, les chefs coutumiers, les autorités politiques, administratives, militaires ou encore policières. Vu la situation dans le pays, on se demande comment tout cela est possible ? Nous avons pris comme devise de ne pas avoir d’espace au fond de nos cœurs pour la peur. Il y a plusieurs séances d’abord de préparation avec les femmes avant la tenue de la tribune d’expression populaire. Nous menons aussi des actions de "douce diplomatie". Il s’agit de dialoguer avec les acteurs des conflits. Nous travaillons donc directement avec les femmes de ces acteurs clés, comme les chefs des groupes armés.
Nous avons aussi mis en place un plan d’action commun avec les organisations de femmes du Burundi et du Rwanda. Nous avons ainsi organisé des rencontres avec des autorités des deux pays.
Amnesty a fait beaucoup pour nous. Pendant le conflit, nous étions souvent poursuivies, arrêtées. Amnesty nous a beaucoup appuyées. »

Malgré la situation catastrophique régnant au Sud-Kivu, « Maman Gégé » continue courageusement de venir en aide à des centaines de femmes victimes de violences sexuelles.

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