La cop 27 menacée par le climat répressif égyptien

C’est à Charm el Cheikh, en Égypte, que se tiendra du 6 au 18 novembre prochains la 27e session de la Conférence des parties – l’organe directeur de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques – (COP 27), dont le but est de faire avancer la lutte contre le dérèglement climatique. Mais la façon dont les droits humains sont foulés au pied dans le pays menace la réussite même de cette importante réunion internationale.

L’Égypte fait face à une situation dramatique en ce qui concerne les violations des droits humains. L’arrivée au pouvoir du maréchal Al-Sissi en 2014, puis la proclamation de l’état d’urgence dans le pays en 2017 n’ont fait que renforcer la répression des droits fondamentaux. La levée de ce dernier en 2021 n’a pas remis en question l’appareil législatif répressif très favorable à l’État, qui ne permet pas d’exprimer publiquement un regard critique sur les actions et décisions des autorités.

En 2018, les autorités ont par ailleurs promulgué des lois sur les médias et la cybercriminalité leur permettant de censurer et bloquer des organes de presse, des plateformes de médias sociaux et des blogs, ainsi que de réprimer pénalement des contenus pour des motifs vagues. Parmi les résultats de cette politique répressive : quelque 60 000 prisonnier·ère·s injustement détenu·e·s.

LES PAYS LES PLUS TOUCHÉS ENFIN PLUS AUDIBLES ?

Beaucoup espèrent que la COP 27 permettra de rendre audibles les demandes de la société civile et des États africains.

L’un des enjeux primordiaux de cette édition est de trouver un accord sur le financement « des pertes et préjudices », à savoir comment les pays riches (les plus responsables, mais les moins touchés par les changements climatiques) peuvent aider les pays pauvres (les moins responsables, mais les plus touchés) à s’adapter aux conséquences de la crise climatique.

Il est donc crucial que les sociétés civiles égyptienne et étrangère, de même que les peuples autochtones puissent participer à cet événement sans crainte de représailles. Mais les restrictions drastiques en matière de liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique en Égypte compromettent la participation de nombreux·ses militant·e·s et personnes concernées, et donc le succès de cette COP 27.

URGENCE POUR LE CLIMAT ET LES DROITS HUMAINS EN ÉGYPTE

Les conclusions du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont une nouvelle fois mis en lumière l’urgence climatique.

Afin de faire pression auprès des États pour qu’ils décident de mesures drastiques en faveur d’une transition climatique viable, il est important qu’un large panel de membres de la société civile y participe.

Mais ces derniers sont les plus susceptibles de subir un harcèlement de la part des forces de sécurité égyptiennes. Lors de la session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) qui s’est tenue à Charm el Cheikh en 2019, des représentant·e·s de la société civile de pays africains ont signalé « un niveau sans précédent d’intimidation, de surveillance et de restrictions de la part des services de sécurité égyptiens ». Certain·e·s ont vu leur visa refusé, d’autres ont été privés du badge d’enregistrement permettant d’assister à cet événement, et certain·e·s auraient été suivi·e·s, intimidé·e·s et dans un cas une personne a été frappée par les forces de sécurité.

Afin que cette COP 27 puisse se révéler fructueuse, il est impératif de s’assurer que les autorités égyptiennes garantissent une participation effective, sans menaces de représailles, de la société civile et des peuples autochtones, mais aussi qu’elles respectent le droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique en tout temps.

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