« La misère engage la responsabilité des États »

Le 17 septembre, à Namur, aura lieu l’Université d’été d’Amnesty International, le plus grand événement organisé en Belgique autour des droits humains. À l’honneur cette année, une série de droits dont l’importance capitale est évidente, mais qui demeurent négligés : les droits économiques, sociaux et culturels (DESC).

Afin de mieux cerner les contours de cet ensemble et d’entrevoir les enjeux qui seront présentés au cours de l’Université d’été, nous avons posé quelques questions à Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies à l’extrême pauvreté et aux droits humains, qui a notamment conseillé Amnesty dans l’élaboration du programme de cette journée qui s’annonce riche d’enseignements.

Pourquoi est-il important de parler des DESC ?

L’ensemble des droits sont interdépendants, indivisibles, et d’égale importance. Sans accès à une alimentation adéquate, à un logement décent, à des soins de santé ou à la protection sociale, il n’est pas possible de mener une vie digne. La misère constitue une atteinte aux droits humains et engage la responsabilité des États.

Les DESC sont aussi essentiels à la jouissance effective des droits civils et politiques eux-mêmes. La précarité économique expose l’individu à des atteintes à de nombreux droits, y compris le droit à la vie ou à l’intégrité physique. Par exemple, des personnes très pauvres peuvent ne pas avoir d’autre choix que d’aller travailler dans des conditions insalubres menaçant leur santé. Les atteintes aux DESC fragilisent l’individu et le rendent vulnérable à des violations de ses droits qui concernent l’ensemble des droits de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Dans quel état se trouvent les DESC aujourd’hui dans le monde ?

Le récit d’une amélioration des conditions de vie à l’échelle mondiale, que la croissance économique aurait favorisée, est aujourd’hui sérieusement remis en cause. La grande crise financière de 2009-2010 et maintenant la crise économique qu’a amenée la pandémie de COVID-19 ont signifié un recul inédit des droits économiques et sociaux.

Les chiffres de la pauvreté mondiale sont trompeurs. Le nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté est certes passé de 1,9 milliard en 1990 à environ 650 millions en 2019, mais ces bulletins de victoire ne signifient pas grand-chose. Les seuils de pauvreté sont définis à l’échelle nationale dans une quinzaine de pays très pauvres : cette mesure correspond par exemple à 1,41 € par jour dans un pays comme le Portugal. C’est évidemment absurde.

Quels sont les grands enjeux pour les DESC dans les prochaines décennies ?

De facto, au-delà des discours, les DESC sont encore des droits de second rang. Qu’un enfant meure de faim ou qu’une personne décède parce qu’elle n’a pas eu accès à certains médicaments, cela devrait susciter la même indignation qu’une personne tabassée dans un commissariat de police ou que la censure imposée à un·e journaliste.

L’enjeu principal est qu’ils soient pris au sérieux en tant que droits humains pouvant être invoqués devant les juridictions, mobilisés par les institutions nationales de promotion et de protection des droits humains, et pris en compte dans la définition des politiques publiques.

Les droits culturels apparaissent souvent comme les « parents pauvres » des droits humains. Pourquoi ?

L’accès à l’information, le droit de bénéficier des progrès techniques, le droit de voir reconnaître ses langues et ses traditions sont évidemment essentiels à l’épanouissement de l’individu comme à la capacité pour la société civile de jouer son rôle de gardienne des libertés. Sans doute est-ce justement parce que ces droits sont particulièrement subversifs qu’ils ont été jusqu’à présent relativement négligés.

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