Défendre les droits humains en milieu hostile - Hongrie

Pride Hongrie

Si, à l’échelle de la planète, les droits humains subissent ce qui semble être les pires assauts qu’Amnesty International a pu recenser depuis sa création, certains pays se distinguent particulièrement. Dans plusieurs d’entre eux, des sections d’Amnesty International poursuivent leur travail de défense des droits humains, malgré les menaces et au prix d’efforts démesurés.

Afin de donner un aperçu de la situation, Le Fil d’Amnesty propose une série intitulée Défendre les droits humains en milieu hostile. À travers les yeux de plusieurs directeurs et directrices, ce tour d’horizon offre un aperçu de ce que peut être le travail d’une section d’Amnesty International dans un pays où les droits humains sont violemment pris pour cible.

Pour le deuxième épisode de cette série, Le Fil d’Amnesty revient sur le Vieux Continent en allant à la rencontre du directeur de la section hongroise, Dávid Vig et de la directrice de la section turque, Ruhat Sena Akşener.

Propos recueillis par Guylaine Germain, journaliste

HONGRIE : AMNESTY INTERNATIONAL « MERCENAIRE D’INTÉRÊTS ÉTRANGERS »

Depuis plusieurs années, pas après pas, la Hongrie n’en finit plus de se rapprocher de la définition d’un régime autoritaire. En outre, une série de lois portent dangereusement atteinte à plusieurs droits humains. Dernière attaque en date : un projet de loi sur la transparence publique, visant particulièrement les organisations non gouvernementales et les médias.

Comment la situation politique actuelle affecte-t-elle les droits humains en Hongrie ?

Dávid Vig : Je constate une nette accélération de la tendance à recourir à des pratiques autoritaires de la part de la majorité du Premier ministre, Viktor Orbán, pour faire taire les dissident·e·s ou pour rendre les élections inéquitables. En 2018, nous avons aussi été mis sur la liste noire des organisations considérées comme des « mercenaires d’intérêts étrangers ». J’étais personnellement sur cette liste, étiqueté comme un traître à mon propre pays. La situation s’est progressivement détériorée au point que, au début du printemps, le Parlement a discuté d’une législation qui donnerait au gouvernement le pouvoir d’établir des listes noires d’organisations non gouvernementales et de médias, d’interdire les financements provenant de l’étranger et de rendre très difficile l’obtention de financements provenant de sources nationales. Il s’agit d’une intervention très grave dans le droit d’association et le droit d’accès à l’information.

La Budapest Pride a rassemblé 200 000 personnes en juin. La mobilisation de la société civile est-elle efficace ?

D. V.  : Cette Pride était probablement le plus grand acte de désobéissance civile auquel nous ayons participé. C’était un signe très clair de la population pour que le gouvernement mette fin à une campagne anti-LGBTQIA+. Plus largement, il s’agissait d’une manifestation contre le régime autocratique. Ces dernières années, les Hongrois·e·s ont eu l’impression que le changement n’était pas possible, or cette Pride a donné de l’espoir ; si l’on s’unit collectivement, le gouvernement écoutera.

« Le fait d’être publiquement insulté∙e·s et traité∙e·s de traîtres et de traîtresses a un impact émotionnel très fort. »

Votre section a-t-elle dû recentrer son travail sur les questions hongroises ?

D. V. : Auparavant, nous travaillions principalement sur les questions internationales, mais nos membres ont estimé que nous devions nous réorienter, car de nombreux débats relatifs aux droits humains au sein de l’Union européenne (UE) proviennent de Hongrie. Il semble que l’extrême droite utilise la Hongrie comme un laboratoire pour tester des idées, pour voir comment la Cour de justice de l’UE ou la Commission européenne réagiront. Et si certaines de ces idées passent, elles sont exportées dans d’autres pays européens.

À un autre niveau, nous avons adapté notre travail en investissant dans la santé mentale du personnel et des militant∙e·s. Le fait d’être publiquement insulté∙e·s et traité∙e·s de traîtres et de traîtresses a un impact émotionnel très fort. Comment votre section peut-elle contrer les politiques anti-droits humains du gouvernement actuel ?

D. V.  : Il y a plusieurs moyens. L’un d’eux consiste à construire des alliances avec la population en dehors de la capitale afin de s’implanter davantage localement, ainsi qu’avec les entreprises pour les pousser à adopter une approche plus respectueuse des droits humains. Enfin, nous examinons ce qui a fonctionné dans d’autres pays où il existe une « autocratie compétitive ». Malheureusement, il y en a beaucoup chez nos voisins et nous nous inspirons de la Serbie, de la Géorgie ou de la Turquie.

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