Défendre les droits humains en milieu hostile - Turquie

Turquie manifestations réprimées injustement

Tout comme la Hongrie, la Turquie voit de plus en plus grandir le risque de se retrouver sous un régime autoritaire. Récemment, de grandes manifestations pacifiques ont eu lieu à la suite de l’arrestation du maire d’Istanbul et candidat à la présidence du Parti républicain du peuple, Ekrem İmamoğlu.
Ces manifestations ont été réprimées avec une force aveugle et injustifiée.
Interview de la directrice de la section turque d’Amnesty International, Ruhat Sena Akşener

TURQUIE : LE DROIT DE MANIFESTER GRAVEMENT BAFOUÉ

Comment la situation politique actuelle affecte-t-elle les droits humains dans votre pays ?

Ruhat Sena Akşener : L’équilibre des pouvoirs a fortement penché en faveur de l’exécutif, ce qui a permis au pouvoir et au culte de l’« homme fort » de prospérer. Les enquêtes, les poursuites et les condamnations sans fondement contre des défenseur∙e·s des droits humains, des journalistes, des personnalités politiques de l’opposition n’ont cessé de se multiplier. Une culture de l’impunité se répand. Par ailleurs, l’ingérence de l’exécutif dans le pouvoir judiciaire s’est accrue. Des arrêts contraignants de la Cour constitutionnelle ont été ignorés et plusieurs arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme n’ont pas été mis en oeuvre.

Quelles sont les réalités actuelles sur le terrain pour votre section ?

R.S.A. : Nous avons publié un rapport documentant les violences policières pendant et après des manifestations largement pacifiques organisées dans tout le pays à la suite de la détention d’Ekrem İmamoğlu. Les autorités ont utilisé, et continuent d’utiliser, des gaz lacrymogènes, des gaz poivrés, des projectiles à impact cinétique et de l’eau sous pression contre des personnes qui ne faisaient qu’exercer leurs droits. Des incidents assimilables à des actes de torture ont été recensés. Selon les chiffres officiels, à la fin du mois de mars, les forces de l’ordre avaient détenu au moins 1 879 personnes. Des actes d’accusation ont été émis à l’encontre d’au moins huit journalistes et de quatre avocat∙e·s en vertu de la loi sur les assemblées et les manifestations, qui érige en infraction la participation à des rassemblements non autorisés. Des dizaines de procès se sont ouverts et des audiences sont en cours. Les récentes atteintes au droit de manifester font donc de ce droit l’un des plus fréquemment violés.

Votre section a-t-elle dû concentrer son travail sur des questions spécifiques ?

R.S.A. : Nous attachons une grande importance à faire converger notre travail international avec notre travail spécifique à la Turquie. L’un de nos principaux domaines d’intervention reste la situation dans le territoire palestinien occupé, plus particulièrement à Gaza. Dans le même temps, nous consacrons de plus en plus d’énergie et de moyens à la question du droit de manifester pacifiquement. Parallèlement, les droits des personnes LGBTQIA+ en Turquie nous inquiètent également, avec des attaques qui vont croissant.

La Turquie n’est pas un pays avec une culture d’adhésion aux ONG. Pourtant, si l’on en croit notre visibilité croissante dans les médias et l’intérêt suscité par nos messages sur les réseaux sociaux, je peux affirmer que la population s’intéresse de plus en plus à notre travail.

« Je peux affirmer que la population s’intéresse de plus en plus à notre travail. »

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