Egypte « Parce qu’il défend les droits humains, mon mari est en prison » Rencontre avec Céline Lebrun-Shaath

En Égypte, les libertés d’opinion, d’expression et d’association sont bafouées à grande échelle. Les autorités punissent systématiquement toute opposition, qu’elle soit publique ou simplement supposée. Dans ce contexte, la situation des défenseur·e·s des droits humains est catastrophique.

Un grand nombre de ces défenseur·e·s sont aujourd’hui incarcéré·e·s arbitrairement, dans l’attente de conclusions d’enquêtes ouvertes pour « terrorisme » ou « diffusion de fausses nouvelles », entres autres. [1] C’est le cas de Ramy Shaath, militant d’origine égypto-palestinienne et l’une des figures de la révolution de janvier 2011. Il y a presque deux ans, le 5 juillet 2019, des policier·ère·s lourdement armé·e·s sont venu·e·s l’arrêter chez lui. Sa femme, Céline Lebrun-Shaath, a quant à elle été expulsée du pays et se bat depuis lors pour la libération de son mari. Nous l’avons rencontrée.

Quelles sont les raisons pour lesquelles votre époux a été incarcéré ?

Officiellement, les autorités égyptiennes accusent mon mari, comme c’est toujours le cas avec les militants politiques, d’appartenance à un groupe terroriste, de diffusion de fausses informations et de tentatives de renverser le régime. Mais personne n’a jamais eu accès au dossier d’investigation et aucun élément de preuve qui justifie sa détention n’a jamais été présenté. Les véritables raisons sont claires : son militantisme politique et sa défense des droits humains en Égypte et en Palestine.

Quels contacts avez-vous pu avoir avec lui ?

Aujourd’hui, il n’a droit qu’à une visite par mois et les visites de son avocat sont interdites. Pour ma part, ayant été expulsée, je n’ai pas de contact régulier avec lui, autre que les lettres que nous nous envoyons toutes les semaines. Ces lettres sont parfois censurées partiellement ou totalement, notamment lorsqu’il essaie de communiquer sur son état de santé. En bientôt deux ans, je n’ai été autorisée à lui parler au téléphone que deux fois et à lui rendre visite seulement une fois.

En juillet, cela fera deux ans que votre époux a été placé en détention provisoire, le délai maximum de renouvellement, selon le droit égyptien. Quelles sont les perspectives après cette date ?

Malheureusement, dans de nombreux cas, la limite des deux ans n’est pas respectée par les autorités. Elles laissent les gens dépérir en prison ou font du « recyclage » en ajoutant les militants à de nouvelles affaires. Ils restent donc en prison pour des mois, voire des années. C’est ce qu’on cherche à tout prix à éviter.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à nos sympathisant·e·s ? Que peuvent-ils·elles faire de plus pour vous soutenir, vous et votre mari ?

Je souhaiterais tout d’abord les remercier. Lors de ma visite, en février, je lui ai remis plusieurs centaines de messages ; ça l’a énormément touché. Aujourd’hui beaucoup de façons d’agir existent : écrire des lettres à Ramy, à l’ambassade d’Égypte, signer la pétition, participer à des mobilisations locales, partager des messages sur les réseaux sociaux. En somme, tout ce qui pourrait permettre de faire connaître la cause de Ramy.

C’est important de continuer de parler de lui au quotidien, de partager la pétition régulièrement, de la faire signer par ses amis et ses proches, car, une des choses qu’espèrent les autorités égyptiennes, c’est qu’on se lasse. Le but est de tenir dans la durée, pour envoyer un message clair : on n’abandonnera pas tant qu’il ne sera pas libre.

Demandez aux autorités égyptiennes la libération immédiate et inconditionnelle de Ramy Shaath en signant la pétition qui leur est adressée : notre pétition ci-dessous

Notes

[1En Égypte, où toute forme d’opposition est sévèrement réprimée, un grand nombre de défenseur·e·s de droits humains sont détenu·e·s arbitrairement.

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