Complicité des entreprises, inertie des états

Un génocide et une occupation de territoire se mènent avec des armes et de l’équipement militaire.
Dans les coulisses de l’armement, des entreprises sont à la manœuvre et des États ferment les yeux, par intérêt commercial et économique. Dans un récent rapport, Amnesty International dénonce cette complicité économique mondiale dans les violations du droit international commises par Israël. Et la Belgique n’en est pas exempte.

En septembre dernier, Amnesty International publiait un rapport dénonçant la complicité d’entreprises du monde entier et la passivité des États dans les violations du droit international commises par Israël. Dans un contexte où la Cour internationale de justice a reconnu, en janvier 2024, un risque de génocide à Gaza, Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, souligne : « Le maintien par Israël d’une occupation illégale prolongée et d’un système d’apartheid pendant des décennies n’aurait pas pu se faire sans le soutien approfondi et durable dont il a bénéficié par le biais de ses relations économiques et commerciales. »

Ce rapport cite 15 entreprises de par le monde fournissant à Israël des armes et infrastructures utilisées pour les bombardements sur Gaza ou pour renforcer l’occupation des territoires palestiniens. « Mais ne nous méprenons pas : ces 15 entreprises ne représentent qu’un petit échantillon », ajoute Agnès Callamard.

DES LIENS AVEC LA BELGIQUE

Parmi les entreprises pointées dans le rapport, certaines entretiennent des liens étroits avec la Belgique. C’est le cas de l’entreprise américaine d’aviation Lockheed Martin qui coordonne la production des avions de chasse F-16 et F-35, utilisés par Israël pour bombarder Gaza. L’achat de F-35 par le gouvernement belge, à un coût qui a fait grand bruit, met en lumière une relation économique de longue date entre cette entreprise et la Belgique. Alors même que les premiers F-35 viennent d’atterrir sur le sol belge, cette relation est amenée à perdurer au travers de l’installation d’unités d’entretien de ces appareils. Par ailleurs, certaines pièces de F-35 seront bientôt produites en Belgique par des entreprises de chez nous : la Sonaca, la Sabca et Asco, réunies au sein de la co-entreprise BeLightning.

Autre exemple, celui des avions F-15 du constructeur américain Boeing. Son lien avec la Belgique ? La société Safran Aero Boosters, localisée à Herstal, produit des pièces qui finissent dans les moteurs des F-15, eux aussi utilisés par l’armée israélienne.

Également épinglé dans le rapport d’Amnesty International, le géant israélien de l’industrie de la défense Elbit Systems fournit notamment des drones utilisés pour frapper les civils palestiniens. Or, Elbit Systems possède OIP Sensor Systems, entreprise de fabrication d’instruments optiques basée à Audenarde et disposant d’un autre site à Tournai.

DEMANDE DE DÉSENGAGEMENT

Loin d’être exhaustives, ces relations commerciales sont régulièrement dénoncées par des associations et relayées par les médias. En octobre, une interpellation citoyenne auprès du parlement wallon exhortait la Wallonie à cesser tout commerce d’armes, pièces détachées et autre matériel militaire vers Israël, et ce, conformément à une décision de la Belgique et de ses régions, en 2009, visant à cesser les exportations d’armes vers Israël. Engagement qui manifestement peine à être respecté.

Le gouvernement fédéral belge a dépensé et dépensera des sommes colossales dans les avions de combat F-35 de Lockheed Martin, entreprise qui a joué un rôle central dans les crimes de droit international commis par Israël, en particulier en fournissant les avions F-16 et F-35 utilisés par l’armée pour bombarder la bande de Gaza pendant deux ans.

Du côté d’Amnesty International, la demande est claire : « Les entreprises concernées doivent suspendre immédiatement ces activités aux conséquences désastreuses, souligne François Graas, coordinateur des campagnes et du plaidoyer au sein de la section belge francophone de l’organisation. Quant aux autorités belges, elles ne doivent pas se contenter d’attendre passivement une action de la part de ces acteurs économiques. Face à la gravité des crimes commis, les autorités belges doivent utiliser les leviers à leur disposition. » À savoir : se désengager de ces entreprises.

Certaines pièces de F-35 seront bientôt produites en Belgique par des entreprises de chez nous : la Sonaca, la Sabca et Asco.

Par Céline Teret, journaliste

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