DES DROITS HUMAINS AU TOGO ?
Aimé Adi : Commençons par un point un peu positif : le Togo essaie de collaborer avec les institutions internationales en matière des droits humains. Cependant, les questions liées aux libertés d’expression, d’association et de manifestation restent délicates.
Malgré une certaine liberté de la presse, il y a de nombreuses interpellations et procès de journalistes jugé·e·s critiques vis-à-vis du pouvoir. Les autorités réglementent aussi la liberté d’association, ce qui rend difficile les rassemblements. Concernant la liberté de manifestation, la crise du COVID-19 en 2021, ainsi qu’une loi de 2022, l’ont considérablement restreinte.
La répression des manifestations de juillet-août 2025 a été très importante. Il y a eu des arrestations et même des morts. Au moins quatre personnes sont décédées, dont deux mineurs. Actuellement, une quarantaine de personnes sont encore en détention. Des témoignages ont fait état de plusieurs cas de mauvais traitements et de torture, alors même que le Code pénal togolais définit et punit clairement les actes de torture.
En plus de l’augmentation de la pauvreté, Mariela Belski met particulièrement en évidence la situation alarmante des droits des femmes et des minorités.
Il faut aussi noter que de plus en plus de personnes sont interpellées pour des propos critiques du régime postés sur les réseaux sociaux. Cela fait plus d’un an qu’un homme est emprisonné pour avoir publié un poème interpellant la population, sans autre forme de procès ni jugement.
Ces événements ont-ils eu un impact sur vos activités ?
A. A. : Nous avons eu beaucoup plus de travail ; notre téléphone n’arrêtait pas de sonner ! Il a fallu rapidement documenter ces agressions et ces décès, recueillir les témoignages. Des médias internationaux nous appelaient pour que l’on confirme les faits. Beaucoup d’activistes recommandaient à la population de nous contacter pour constater des violences ou obtenir un certificat médical, une aide psychologique, voire un certificat attestant la cause d’un décès par un médecin légiste. Notre section est devenue une référence.
Parallèlement, il est important de garder une certaine légitimité auprès des autorités. Il faut savoir être présent de manière stratégique et maintenir le dialogue. Nous maintenons des relations avec des député·e·s pour pouvoir analyser certaines lois et en discuter avant qu’elles ne soient votées. Il reste des personnes de bonne volonté au sein du Parlement. Ça nous permet de jouer un rôle constructif.
Enfin, si l’ADN d’Amnesty International est la solidarité internationale, ces événements ont obligé notre section à se concentrer sur des problématiques plus nationales. Je vois aussi que nous continuons d’enregistrer des adhésions, notamment de jeunes ; ça donne de l’espoir.
Amnesty Youth Squad est un programme initié par la section togolaise d’Amnesty International pour les jeunes de 18 à 30 ans afin qu’ils et elles développent des projets de droits humains au sein de leurs communautés.
