« J’ai décidé de poursuivre TotalEnergies, parce que je considère qu’ils ont une très lourde responsabilité dans les dérèglements climatiques », explique Hugues Falys, paysan-agriculteur*. Pionnier de la transition agroécologique, Hugues cultive céréales, protéagineux, légumes et fraises à Bois-de-Lessines, dans le Hainaut. Il produit aussi de la viande bio, issue de son élevage de charolaises, nourries avec l’herbe de ses prairies et des légumineuses produites sur sa ferme.
Le métier d’Hugues est étroitement lié au climat. Donc, « quand le climat ne va pas, c’est mon métier qui ne va pas », poursuit l’agriculteur. Face aux longues périodes de sécheresse et de pluie qui se sont succédé ces dernières années, Hugues s’est vu contraint d’acheter du fourrage et de réduire son cheptel.
LA VOIE DE LA JUSTICE
Stress, incertitude et pertes financières, Hugues est loin d’être le seul à subir les conséquences d’un climat qui déraille. En Wallonie, huit agriculteur·rice·s sur dix disent souffrir des dérèglements climatiques. « Cette inquiétude est générale dans la profession, dans le monde agricole, remarque Hugues, également actif au sein du syndicat agricole wallon FFUGEA. Tout le monde est conscient qu’on est en train de vivre un grand changement. On se pose la question : si ça continue et si ça empire, qu’est-ce qu’on va faire ? »
Face à l’inertie politique et à l’heure où les enjeux environnementaux sont relégués au second plan, Hugues décide de passer par la voie judiciaire, marquant le début de The Farmer Case. Le 13 mars 2024, il dépose une action en justice devant le tribunal de l’entreprise de Tournai contre TotalEnergies. Implantée en Belgique, la multinationale active dans les énergies fossiles fait partie des 20 entreprises responsables de plus d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Trois organisations, FIAN, Greenpeace et la Ligue des droits humains, se joignent à la plainte d’Hugues. « En tant qu’organisations dont la mission est la défense des droits humains et de l’environnement, nous avons un intérêt dans cette affaire, souligne Manuel Eggen, porte-parole de FIAN Belgique. Les dérèglements climatiques ont un impact sur les droits humains de l’ensemble de la population belge, portant atteinte à notre objet social. Il s’agit donc d’une action d’intérêt collectif pour défendre les droits et les libertés fondamentales. »
JUSTICE CLIMATIQUE
Hugues Falys, paysan-agriculteur dans le Hainaut, assigne en justice TotalEnergies pour sa responsabilité dans le dérèglement climatique. C’est la première fois qu’un citoyen poursuit une multinationale devant la justice belge pour un contentieux climatique. Récit d’une « action climat » en cours : The Farmer Case.
*Les différentes interventions reprises dans le présent article sont tirées de la vidéo et du webinaire issus du site thefarmercase.be
LES GÉANTS FACE À LEURS RESPONSABILITÉS
Cette action en justice vise à obtenir la reconnaissance du dommage subi par Hugues et les associations. Et, pour qu’un tel dommage ne se reproduise plus, à pousser TotalEnergies à sortir des énergies fossiles, en contraignant la multinationale à adopter un plan de transition aligné avec les objectifs de l’Accord de Paris (contenir le réchauffement climatique à 1,5 °C). Il s’agit aussi de tordre le cou à l’impunité de l’industrie des énergies fossiles en mettant les grandes entreprises face à leurs responsabilités.
À l’heure où nous bouclons ce Fil d’Amnesty, les plaidoiries résonnent au Tribunal de Tournai. Le verdict devrait tomber au printemps 2026. D’ici là, le public est invité à soutenir cette action climat inédite en rejoignant les 9000 signataires d’une pétition de soutien ou en faisant un don via thefarmercase.be
Par Céline Teret, journaliste
