DISPOSER DE SON CORPS EST UN DROIT ESSENTIEL
Premier constat : le soutien au droit à l’avortement est massif. Pas moins de 92,5% des personnes sondées sont ainsi en faveur de ce droit humain. D’autres chiffres plus précis permettent de confirmer cette tendance positive. Ainsi, plus de 80% des répondant·e·s estiment que le droit à disposer de son corps est un droit essentiel, incluant le droit à l’avortement, accessible de manière sûre, légale, sans entraves ni discriminations. Une même proportion pense en outre que l’accès à l’avortement devrait être identique et abordable pour toutes les personnes, quel que soit leur statut légal en Belgique.
Par ailleurs, près de trois personnes sur quatre pensent que l’avortement doit être reconnu comme un soin de santé et qu’il devrait être reconnu comme un droit fondamental.
Depuis les élections législatives de juin 2024, aucun progrès n’a été enregistré en ce qui concerne le droit à l’avortement en Belgique.
TOUT LE MONDE OU PRESQUE CONNAÎT UNE PERSONNE QUI A AVORTÉ
Si 11% des personnes sondées rapportent avoir déjà avorté, ce sont plus d’un·e répondant·e sur trois (39%) qui déclarent avoir dans leur entourage une personne qui a déjà avorté. L’avortement est donc beaucoup plus répandu qu’on ne le croit… mais reste cependant un tabou dans notre société. C’est en effet ce que pensent 67% des personnes sondées. Compte tenu de ce tabou qui entoure l’avortement et limite certainement le partage de cette information personnelle, nous pouvons affirmer sans prendre de risque que tout le monde ou presque connaît une personne qui a avorté.
DE NOMBREUX OBSTACLES
Les répondant·e·s sont également conscient·e·s de l’existence d’obstacles au droit à l’avortement. Ainsi, la pression sociale (45%) ; les raisons culturelles ou religieuses (38,6%) ; l’opposition du/de la partenaire (26,7%) ; les délais d’attente pour un rendez-vous et une intervention trop longs à cause de la pénurie de médecins qui pratiquent l’avortement (23,1%) se retrouvent dans le « top 3 » des personnes sondées.
Par ailleurs, plus d’une personne sondée sur cinq placent le délai légal de 12 semaines de grossesse pour avorter, jugé trop court, dans ce même « top 3 » des principaux obstacles. Près de la moitié des personnes sondées pensent, de manière générale, qu’il faudrait allonger le délai légal pour permettre l’accès à l’avortement plus tard pendant la grossesse.
UN QUART DES AVORTEMENTS PRATIQUÉS DE MANIÈRE ILLÉGALE (EN BELGIQUE OU À L’ÉTRANGER)
Parmi les éléments les plus interpellants révélés par ce sondage, il y a celui-ci : 28,8% des personnes qui ont avorté l’ont fait illégalement en Belgique ou illégalement ou légalement à l’étranger. De manière plus détaillée, les réponses des personnes qui ont participé à ce sondage ont permis de déterminer que près d’un avortement sur huit a eu lieu illégalement à l’étranger et que plus d’un avortement sur dix a eu lieu illégalement en Belgique. Au total, ce sont environ un quart des avortements qui ont été pratiqués de manière illégale (en Belgique ou à l’étranger).
Il est très inquiétant de constater que tant de personnes sont contraintes de se placer dans l’illégalité ou de sortir des frontières belges pour avorter. Bénéficier de la possibilité d’avorter de manière sûre, légale et sans entraves est un droit fondamental. Or, dans sa forme actuelle, le cadre légal belge ne cesse de générer des obstacles inutiles et dangereux, criminalisant des personnes qui désirent avorter. Ces personnes se voient donc contraintes de se rendre à l’étranger, devant faire face à des dépenses importantes. Et à condition, du reste, qu’elles en aient les moyens.
SONDAGE : L’AVORTEMENT EN BELGIQUE
Signez la pétition demandant aux parlementaires de changer la loi
Le cadre légal belge ne cesse de générer des obstacles inutiles et dangereux, criminalisant des personnes qui désirent avorter.
UNE CRIMINALISATION QUI N’A AUCUNE RAISON D’ÊTRE
Avorter ne devrait pas mener à des sanctions pénales : c’est ce que pensent 72,3% des personnes sondées. Nous ne pouvons que leur donner raison. Cette criminalisation de l’avortement renforce la stigmatisation, cette « pression sociale » que près d’un·e répondant·e sur deux identifie comme un obstacle majeur au droit à l’avortement. Cette criminalisation qui n’a aucun lieu d’être met encore plus en danger la santé des personnes enceintes, portant ainsi atteinte aux droits à la vie, à la santé et au bien-être de milliers de personnes.
Amnesty International mène une campagne pour réformer la loi belge sur l’avortement afin de la mettre en conformité avec les normes et obligations internationales en matière de droits humains, notamment en supprimant les sanctions pénales, la période d’attente obligatoire de six jours et l’obligation d’information sur les alternatives à l’avortement ; en prolongeant le délai légal pour avorter ; en remédiant à la pénurie de praticien·ne·s qualifié·e·s en matière d’avortement ; et en s’attaquant aux disparités géographiques tout comme aux longs délais d’accès aux soins d’avortement.
ENCORE PLUS D’ENTRAVES POUR LES PERSONNES VIVANT EN MARGE DE LA SOCIÉTÉ
Sur le papier, la Belgique dispose d’un service spécifique, l’aide médicale urgente (AMU), destiné à garantir l’accès aux soins médicaux aux ressortissant·e·s de l’UE qui n’ont pas droit à l’aide sociale et aux personnes sans permis de séjour qui ne disposent pas de ressources suffisantes. Cela inclut les personnes sans domicile fixe et les personnes migrantes en situation irrégulière. L’accès à l’AMU doit être demandé auprès du Centre public d’action sociale (CPAS) de son lieu de résidence.
Des organisations qui travaillent avec les personnes marginalisées, comme Médecins du monde (MdM) Belgique, ont fait part de leurs préoccupations concernant les obstacles auxquels ces personnes sont confrontées lorsqu’elles tentent d’accéder à des services d’avortement via l’AMU. Bien qu’elles aient légalement droit à ces services, la combinaison de procédures bureaucratiques complexes et d’interprétations incohérentes de ce qui constitue des soins « urgents » entre les différents services sociaux locaux entraîne souvent des retards ou des refus de soins.
D’après MdM, « lorsque les personnes parviennent enfin à accomplir toutes les démarches nécessaires, elles risquent souvent de dépasser la limite légale de 12 semaines de grossesse. La bureaucratie est très lourde. L’ensemble du processus peut prendre jusqu’à 66 jours ». Une éternité pour des personnes qui sollicitent un soin aussi urgent qu’un avortement et qui sont ainsi forcées de continuer cette grossesse non désirée pour un temps aussi long.
Le système oblige les personnes enceintes issues de milieux marginalisés à se rendre à l’étranger pour avorter, le plus souvent aux Pays-Bas, où l’avortement est légal jusqu’à 22 semaines de grossesse. Cependant, l’intervention peut coûter plus de 1000 euros, ce qui la rend inaccessible pour beaucoup, à moins que les personnes ne bénéficient du soutien d’organisations locales et de bénévoles, comme le projet Compagnon de l’association flamande deMens.nu, qui les aident à s’organiser voire à les accompagner pendant leur voyage à l’étranger.
