UN CONFLIT ALIMENTÉ PAR LES ARMES
Si un embargo sur les armes au Darfour a été décidé en 2004 par le Conseil de sécurité des Nations unies, il n’est clairement pas suffisant. « Ce conflit continue d’être alimenté par des armes et des équipements militaires venant de Russie, de Chine, de Turquie, ou encore des Émirats arabes unis. Il s’agit pourtant de l’une des mesures clés pour protéger les civils », déplore Abdullahi Hassan. L’extension de l’embargo sur les armes au reste du pays pour réduire les violences envers les civils est indispensable. Tous les États doivent également cesser immédiatement de fournir des armes et des munitions au Soudan.
En avril dernier, Amnesty International a publié un rapport dénonçant le viol de 36 femmes et filles, dont certaines n’avaient que 15 ans, ainsi que d’autres violences sexuelles dont se sont rendus responsables des soldats des Forces de soutien rapide.
La nature de ces attaques est généralisée et systématique. Cela constitue des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité
« Je pense que le Soudan est l’une des pires crises humanitaires au monde. » Ce sont sur ces termes graves que débute notre interview avec Abdullahi Hassan, avocat kenyan et chercheur sur les crimes de guerre au Soudan pour Amnesty International. Ce conflit qui a éclaté en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (FSR) a tué des dizaines de milliers de civils et déplacé plus de 12 millions de personnes. À l’heure où ces lignes sont écrites, deux tiers de la population a besoin d’une aide humanitaire.
DES VIOLENCES SYSTÉMIQUES À TRAVERS LE PAYS
L’une des particularités de ce conflit réside dans les violences sexuelles infligées aux femmes et aux filles soudanaises. « La nature de ces attaques est généralisée et systématique. Cela constitue des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité », assène Abdullahi Hassan. Son rapport recense 16 cas de violences liées au conflit commises par les FSR dans les États de Khartoum, d’Al-Jazirah, du Darfour du Nord et du Sud. « Ces chiffres ne sont en aucun cas exhaustifs. D’autres organisations parlent de milliers de femmes victimes de violences sexuelles au Soudan. » Des chiffres bien en deçà de la réalité, car les victimes et leurs familles craignent la stigmatisation, voire des représailles, et évitent de signaler les violences.
Le chercheur évoque son travail auprès des victimes. « Les survivantes que nous avons interrogées ont subi à la fois des blessures physiques, des problèmes gynécologiques, des traumatismes psychologiques, parfois des pertes de mémoire occasionnelles. Toutes ont rencontré des difficultés pour accéder à des soins et aux services de santé sexuelle et reproductive. » Ces violences sont véritablement utilisées comme une arme de guerre, dans le but d’agresser, d’humilier, de contrôler et de déplacer des communautés à travers le pays.
RESPONSABILISER LES AUTEURS DE VIOLENCE
Dans le cadre de son travail pour Amnesty International, Abdullahi Hassan collabore également avec diverses organisations soudanaises pour notamment identifier les victimes et œuvre activement pour leur protection, tant au Soudan que dans les camps de réfugié∙e·s des pays voisins. Dans leurs témoignages, ces femmes rapportent vouloir être protégées contre de nouvelles violences, accéder de toute urgence à des soins médicaux, et enfin, que les auteurs de ces violences soient tenus pour responsables. La mise en place de mécanismes internationaux d’enquête serait indispensable pour en finir avec l’impunité.
Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a notamment mis en place une mission d’enquête, afin d’identifier les auteurs et les amener à rendre des comptes. La Cour pénale internationale (CPI) a également un mandat pour enquêter sur les violations commises dans la région du Darfour depuis 2022.
Pour terminer, Abdullahi Hassan incite le public belge à interpeller son gouvernement pour intensifier ses efforts diplomatiques et renforcer l’aide humanitaire au Soudan. « Ce que nous pouvons faire à travers le monde pour les aider, c’est amplifier la voix de ces survivantes. »
Par Guylaine Germain, journaliste
