L’ÉDITO - NELSON MANDELA

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La statue de Nelson Mandela à l’extérieur du Drakenstein Correctional Centre (auparavant Victor Verster Prison), où Nelson Mandela passa les trois dernières années de ses 27 ans d’emprisonnement. © Vilseskogen

Que faut-il pour voir apparaître un leader de la trempe de Nelson Mandela ? Quelles sont les qualités qui ont transformé un homme « normal » en leader incontesté, sur tous les continents ?

Beaucoup d’observateurs ont tenu à rappeler les années de prison, à Robben Island, auxquelles il a survécu et qu’il a réussi à s’approprier en « université Mandela ». La résistance de Madiba à l’acharnement du pouvoir blanc, et sa capacité à rassembler des larges parties de la population noire d’Afrique du Sud autour de son analyse et de sa stratégie ont constitué aussi sans aucun doute des ingrédients indispensables.

S’il a longtemps été assimilé à tort à un apôtre de la non-violence (ce fut surtout un « idéaliste pragmatique », terme un peu galvaudé ces derniers temps), il a représenté pour beaucoup d’hommes et de femmes plus que la lutte contre l’apartheid : nous étions en même temps en pleine lutte pour les droits civiques aux États-Unis, et la CIA torturait à tour de bras les opposants latino-américains dans son « École des Amériques » à Panama. Mandela fit partie de ces héros qui incarnaient la lutte pour la liberté et les droits humains au niveau mondial.

Et puis, ses capacités de négociations et de vision pour amener le pouvoir blanc à accepter l’idée même d’« une voix, un homme » en l’accompagnant de la Commission Vérité et Réconciliation (avec la complicité de Desmond Tutu), ont transformé le concept de révolution. Cette transition, dont personne ne pouvait imaginer comment elle allait se passer sans un désir de vengeance de la part de ceux qui avaient été victimes pendant des générations de l’oppression, se fera finalement en douceur.

Comme dans beaucoup de révolutions (y compris celles que nous connaissons aujourd’hui), les changements structurels mettent du temps à s’imposer. Lorsque Mandela quitte le pouvoir, le taux de pauvreté atteint 40 %. Encore aujourd’hui, l’impatience des plus jeunes, ou des mineurs, est difficile à réfréner face aux inégalités qui continuent de hanter leur pays. Alors que leurs dirigeants, malheureusement, confondent trop souvent le trésor national et leurs propres deniers, les injustices sociales débouchent comme souvent sur la haine de l’autre. Cette fois, ce sont les immigrés qui en font les frais…

Mais Mandela a eu encore ce courage, surtout dirais-je, de lever les tabous, et de reconnaître enfin le drame du SIDA qui hantait (et hante encore) la société sud-africaine. Même s’il a mis du temps à s’en rendre compte (le taux de séropositivité des femmes est passé de 7,6 à 22,8 % pendant son mandat), il s’engagera dans la lutte contre ce fléau plus tard, bousculant son successeur qui, comme beaucoup de personnalités de la région, se posait encore la question de savoir s’il y avait une relation entre le virus et le SIDA.

Ce dernier point constitue un indicateur sans aucun doute de ce qui fait un grand homme : la capacité à se remettre en question et de bousculer les idées reçues, qui sont parfois extrêmement meurtrières. Grâce lui soit rendue pour ceci à l’heure où l’Afrique rencontre encore bien des difficultés à accepter les différences, comme ce numéro du Fil va vous le montrer.

Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty Internationale Belgique francophone

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