SRI LANKA - DITES LA VÉRITÉ

À L’HEURE OÙ LE SRI LANKA SE PRÉPARE À ACCUEILLIR UNE RÉUNION DES DIRIGEANTS DU COMMONWEALTH, DES SYMPATHISANTS D’AMNESTY FONT PRESSION SUR LEURS GOUVERNEMENTS DANS LE MONDE ENTIER POUR QU’ILS DEMANDENT À CE PAYS DE RENDRE DES COMPTES SUR LES VIOLATIONS PRÉSENTES ET PASSÉES.

DES MILITANTS D’AMNESTY NOUVELLE-ZÉLANDE EXPLIQUENT POURQUOI CETTE DÉMARCHE EST IMPORTANTE À LEURS YEUX.

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Louisa Palairet et Tony Johnson, membres d’Amnesty International à Hawke’s Bay, compulsent un dossier sur le journaliste srilankais Prageeth Eknaligoda, porté disparu. © Warren Buckland Hawke’s Bay Today

Louisa Palairet s’estime heureuse de pouvoir venir en aide à d’autres personnes en toute sécurité, depuis sa maison de Hawke’s Bay, en Nouvelle-Zélande, sans avoir à redouter des persécutions.

Elle a commencé à militer en 1978, année de son adhésion à un groupe local d’Amnesty International. En 2013, le groupe s’est attelé au cas de Prageeth Eknaligoda, un journaliste et détracteur du gouvernement qui a disparu le 24 janvier 2010.

« Son épouse Sandya a énormément de courage, a confié Louisa. Nous avons la possibilité d’ajouter nos voix à la sienne et à de nombreuses autres de par le monde, sans courir de risques pour notre sécurité. »

Quoiqu’elle s’indigne de voir qu’un pays affichant un aussi triste bilan en matière de droits humains que le Sri Lanka ait pu être autorisé à accueillir la réunion des dirigeants du Commonwealth en novembre, Louisa estime que l’on peut tourner l’événement à notre avantage.

« Amnesty doit y voir une occasion de mettre en avant la question des droits humains et de faire un peu de battage, a-t-elle poursuivi.

« Il faut harceler le gouvernement de la Nouvelle-Zélande pour qu’il presse le gouvernement du Sri Lanka de dire la vérité. »

« Nous écrirons aux autorités du Sri Lanka et sensibiliserons l’opinion à l’histoire de Prageeth. Nous mettrons le temps qu’il faudra, jusqu’à ce que nous obtenions une réponse sincère. »

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Nirupa George (deuxième en partant de la gauche) en compagnie de quelques enseignants de l’association Poonga, qui vient en aide aux migrants tamouls, à Auckland, en Nouvelle- Zélande. © DR

CHANCEUX D’ÊTRE ENCORE EN VIE

Nirupa George avait quatre ans quand sa famille et elle ont quitté le Sri Lanka, en 1983, fuyant les pogroms qui ont causé la mort de centaines de Tamouls et qui, aux yeux de beaucoup, ont marqué le début de la guerre civile. « Nous avons la chance d’y avoir échappé et d’être toujours en vie », a déclaré Nirupa.

Elle vit aujourd’hui à Auckland, où elle est avocate pour les réfugiés depuis deux ans, mais elle continue de suivre de près la situation au Sri Lanka.

« Il faut continuer à parler du Sri Lanka. Dès l’instant où l’on arrêtera, la question sera enterrée. »

Un sujet de préoccupation pressant est la réunion du Commonwealth à venir. Nirupa soutient fermement qu’elle ne devrait pas avoir lieu au Sri Lanka en raison des atrocités qui y ont été et sont encore commises.

« En acceptant de se rendre à une réunion là-bas, les gouvernements montrent qu’ils sont prêts à fermer les yeux sur ces atrocités, a-t-elle souligné.

« Les gouvernements étrangers doivent se positionner. S’ils ne le font pas, ils laissent entendre que l’on peut commettre des violations des droits humains, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité – sans avoir à rendre de comptes. »

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Rahwa Adhanom recueille des signatures pour une pétition d’Amnesty, à Auckland, en 2012. © AI

Un avis partagé par Rahwa Adhanom, une étudiante d’Auckland qui est arrivée en Nouvelle-Zélande du Soudan avec sa famille éthiopienne en 1998. « Cela ferait un tort considérable aux droits humains qu’une réunion de cette importance ait lieu dans un pays à l’histoire glaçante, avec un gouvernement qui continue de s’en laver les mains », a-t-elle commenté.

« Si le Sri Lanka accueille la réunion du Commonwealth, cela entachera la réputation de ce sommet historique. »

UNE LETTRE À LA REINE

C’est la projection, en juin, du film No Fire Zone de Callum Macrae à Auckland, qui a convaincu Richard Green, membre d’Amnesty de longue date, de passer à l’action. Ce film, qui met en évidence les violations commises à la fin de la guerre au Sri Lanka, l’a tellement révolté qu’il a immédiatement pris la plume.

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Richard Green et son épouse, Jeanette Miller, recevant un prix récompensant leur travail exceptionnel en faveur des droits humains, à l’occasion de la réunion annuelle d’Amnesty Nouvelle-Zélande, en 2012.

« Je savais qu’il y avait eu des atrocités au Sri Lanka, a-t-il relaté, mais les attaques évidentes sur des civils et des hôpitaux sont tout bonnement abominables. Aucun dirigeant impliqué dans de telles violations ne devrait échapper à la justice. »

« Je suis rentré assez secoué après la projection du film et je me suis dit qu’il fallait tout de suite que j’écrive une lettre à mon député et aux dirigeants de tous nos partis politiques – et j’ai aussi inclus la reine. »

Dans ses courriers, Richard incitait tous les dirigeants – y compris la reine Elizabeth II, chef du Commonwealth – à visionner le film et à réclamer l’ouverture d’une enquête internationale exhaustive et impartiale sur les crimes commis par les deux parties au conflit.

Il encourage tous les gens à suivre son exemple et à écrire à leurs responsables politiques locaux pour leur faire savoir que ce sujet mérite leur attention.

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Himali et son époux, Ian McInnes, à pied d’oeuvre au Sri Lanka, en 2007. © DR

DES ASPIRATIONS COMMUNES

Himali McInnes n’avait qu’un an quand elle a quitté le Sri Lanka. Elle vit en Nouvelle-Zélande depuis 20 ans, mais se rend régulièrement au Sri Lanka, où elle travaillait pour les Nations unies lorsque la guerre a brusquement pris fin.

Sa principale inquiétude est que la population tamoule du pays ne bénéficie pas des mêmes droits que la majorité cingalaise dont elle fait partie. « Les Tamouls vivent au Sri Lanka depuis 2 000 ans ; ils sont Sri-Lankais et rien d’autre, a-t-elle déclaré. J’ai travaillé dans le nord-est du pays et j’ai vu de mes yeux le calvaire que vivaient de nombreux civils tamouls. J’ai souvent été frappée par nos aspirations communes : le fait que nous voulons tous une vie meilleure pour nous-mêmes et nos familles. »

Le souhait de Himali pour le Sri Lanka, qui est aussi celui de tant de militants à qui nous avons parlé là-bas, est clair : « Ce serait incroyable de pouvoir dire un jour que le Sri Lanka est un pays où TOUS les citoyens ont la garantie que leurs droits fondamentaux sont respectés, sont libres d’exprimer publiquement leurs inquiétudes, sont autorisés à participer à l’élection démocratique de leurs dirigeants et peuvent attendre transparence et justice de la part de leur gouvernement. »

La réunion du Commonwealth pourrait permettre de faire un pas dans cette direction si les dirigeants prennent position en exhortant le Sri Lanka à dire la vérité sur les violations qu’il s’est jusqu’à présent soigneusement appliqué à dissimuler.
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