Mon corps, mes droits. Maroc. En souvenir d’Amina

Lorsqu’elle a e ?te ? force ?e d’e ?pouser l’homme qu’elle accusait de l’avoir viole ?e, Amina Filali n’a vu d’autre e ?chappatoire que le suicide.
Selon Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International (photo ci- dessus), nous rendrons hommage a ? Amina en œuvrant a ? l’abolition de ?finitive des lois qui permettent aux violeurs d’e ?chapper aux poursuites en e ?pousant leur victime.

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Zohra Filali tient une photo de sa fille, Amina, dans la semaine qui a suivi son suicide. Amina s’est tue ?e en avalant de la mort-aux-rats en mars 2012, apre ?s avoir e ?te ? force ?e d’e ?pouser un homme pre ?sume ? l’avoir viole ?e. @ AP Photo / Abdeljalil Bounhar

Amina Filali a mis fin a ? ses jours en mars 2012 en avalant de la mort-aux-rats. Elle avait 16 ans. Son geste de ?sespe ?re ? te ?moignait de l’e ?tendue de sa douleur et de son de ?sespoir : elle a dû avoir l’impression que personne ne pouvait l’aider.

Peu de temps apre ?s, nous avons appris qu’Amina avait e ?te ? viole ?e dans sa petite ville du Maroc par un homme qu’elle a ensuite e ?te ? force ?e d’e ?pouser. Imaginez-vous marie ?e a ? votre violeur, force ?e de passer votre vie avec cette personne – ce doit être e ?pouvantable.

La loi marocaine permet aux violeurs d’e ?chapper aux poursuites si leur victime est a ?ge ?e de moins de 18 ans et qu’ils l’e ?pousent.

La mort d’Amina a suscite ? une vive e ?motion au Maroc et dans toute la re ?gion. Les gens ont e ?te ? particulie ?rement indigne ?s de voir ce mariage cautionne ? par la loi et approuve ? par un juge. L’E ?tat se rendait ainsi complice de l’e ?touffement d’une affaire de viol. Et, au lieu de prote ?ger la victime qu’elle e ?tait, c’e ?tait a ? Amina que la loi infligeait une double peine.

Les lois de ce genre ne sont pas spe ?cifiques au Maroc, mais existent e ?galement en Alge ?rie et en Tunisie.

LA HONTE EST UN MOTEUR PUISSANT

Ce cadre juridique empe ?che les femmes et les filles de signaler les viols, les victimes n’e ?tant pas conside ?re ?es comme des rescape ?es d’un acte de violence grave.
L’histoire d’Amina a trouve ? un e ?cho dans une autre affaire survenue en Tunisie : une jeune femme qui s’e ?tait plainte aupre ?s de la police d’avoir e ?te ? viole ?e par deux policiers s’est vue accuse ?e d’« attentat a ? la pudeur ».

Ce sont les femmes et jeunes filles ayant subi des violences sexuelles qui sont montre ?es du doigt. L’accusation est toujours la même : qu’est-ce que tu as fait pour que cela t’arrive ? De plus, aussi incroyable que cela puisse parai ?tre, le cha ?timent que le Maroc re ?serve aux violeurs diffe ?re selon que la victime e ?tait vierge ou non.

Il persiste dans les socie ?te ?s conservatrices une notion infonde ?e selon laquelle les femmes et les filles peuvent entraîner le de ?shonneur d’une famille, la valeur d’une jeune fille e ?tant lie ?e a ? sa virginite ?. Les gens essaieront de dissimuler un viol et ils peuvent vouloir arranger un mariage pour empêcher que la honte ne s’abatte sur la famille.

C’est comme si le viol n’e ?tait pas un acte de violence envers une fille ou une femme, mais une de ?gradation de la valeur de celle-ci. La femme est assimilable a ? un bien familial dans une culture ou ? le mariage et la procre ?ation sont pre ?sente ?s comme les principaux buts de sa vie. La loi sous-entend que, pour se marier, une femme doit e ?tre vierge. Viole ?e, elle devient une marchandise avarie ?e.

Dans une socie ?te ? patriarcale, marier une femme a ? son violeur peut e ?galement e ?tre vu comme une fac ?on de prote ?ger la victime en pre ?servant son « honneur ». L’ide ?e sous-jacente est qu’il est pre ?fe ?rable d’être marie ?e que d’être une paria.

LA SOCIE ?TE ? EST PRÊTE POUR LE CHANGEMENT

Le geste de ?sespe ?re ? d’Amina et la vague d’indignation qui a suivi ont fini par mettre au jour cette re ?alite ? sordide. Celle-ci ne peut plus être escamote ?e : il convient de la regarder en face et de mettre la loi en conformite ? avec la socie ?te ? dans laquelle nous vivons.

Dans la re ?gion, certaines personnes qui s’opposent a ? la notion de droits des femmes la qualifient de « concept occidental ». Il est cependant a ? noter que les proches de la jeune fille l’ont soutenue et se sont joints aux manifestations de ?clenche ?es par sa mort. Or, ces gens ne re ?sident pas dans la capitale et sont peu instruits.

Cela montre que la socie ?te ? marocaine est prête pour le changement. Mais ses dirigeants, eux, ne le sont peut-être pas. Les autorite ?s marocaines se sont empresse ?es d’annoncer qu’elles modifieraient la loi qui a permis au violeur d’Amina de l’e ?pouser, mais, a ? ce jour, cette annonce n’a pas e ?te ? suivie d’effet. Combien d’Amina y a-t-il eu depuis son suicide ?

NOUS POUVONS FAIRE BOUGER LES CHOSES

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Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. @ Karen Hatch Photograph

Le viol est l’une des pires formes de violence que peuvent subir les femmes et jeunes filles. L’E ?tat est dans l’obligation de veiller a ? ce que la loi, la police et le syste ?me judiciaire prote ?gent les femmes.

Quant a ? nous, nous devons nous souvenir d’Amina en veillant a ? ce que plus aucune femme ou fille ne soit force ?e de connaître le même parcours tragique. Il faut que les violeurs sachent qu’ils n’ont aucun moyen d’e ?chapper a ? la prison. Quant aux victimes, il faut les soutenir, et non les rejeter.

Dans toute l’Afrique du Nord, des femmes et des hommes se battent contre les lois discriminatoires. La solidarite ? internationale qui s’exprimera a ? travers la prochaine campagne d’Amnesty, Mon corps, mes droits, apportera un soutien essentiel a ? leur combat.

Par exemple, lorsque des informations faisant e ?tat de « tests de virginite ? » force ?s ont e ?te ? relaye ?es en E ?gypte, des femmes ont e ?te ? accuse ?es de mentir et d’essayer de ternir l’image de l’arme ?e. Une femme nous a confie ? qu’elle avait retrouve ? la force de marcher la tête haute grâce a ? un communique ? de presse d’Amnesty faisant e ?tat de l’agression sexuelle qu’elle avait subie. Tout a ? coup, on l’a conside ?re ?e comme la rescape ?e d’un acte de violence.

Si nous parvenons a ? rele ?guer dans les livres d’histoire des lois obsole ?tes et un sentiment de honte inopportun, nous pourrons empe ?cher que le drame d’Amina ne se re ?pe ?te.

Dernière minute : Le Parlement marocain vient d’adopter un amendement législatif qui supprime la possibilité pour les auteurs de viols d’échapper aux poursuites s’ils épousent leur victime dans le cas où elle est âgée de moins de 18 ans. Amnesty International a déclaré le mercredi 22 janvier 2014 qu’il s’agissait d’un pas important dans la bonne direction. Pour en savoir plus, cliquez ici.
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