Arabie Saoudite - Vente d’armes : N’armons pas les bourreaux !

Peut-on sciemment fournir en armes un pays qui bafoue de façon flagrante et systématique les droits humains ? Non, mille fois non. Pourtant, la Wallonie est à ce jour le premier fournisseur européen d’armes légères de l’Arabie saoudite...

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, fait une déclaration fracassante : il invite la Belgique à mettre à plat ses relations avec l’Arabie Saoudite, appelant une nouvelle fois à un débat sur un embargo sur les armes. Au Secrétariat national d’Amnesty, de nombreux sourires s’affichent sur les visages. Cette déclaration va dans le sens de ce que nous demandons depuis longtemps. Dans la foulée, nous lançons une pétition demandant à Paul Magnette de geler les ventes d’armes à l’Arabie saoudite.

Deux semaines plus tard, la commission des Relations extérieures de la Chambre approuve une proposition de résolution qui demande entre autres choses de cesser les ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Une brèche est ouverte, mais toutes nos forces seront nécessaires pour que la Région wallonne cesse d’armer ce pays-bourreau qu’est l’Arabie saoudite.

UNE COMPROMISSION INQUIÉTANTE... ET ILLÉGALE

Discrimination des femmes, recours à la torture, décapitations, arrestations et détentions arbitraires, procès iniques, violente répression de ceux qui osent critiquer le régime. La liste des violations des droits humains dont le royaume saoudien se rend coupable est longue comme un sabre. Malgré tout, la Wallonie ne voit pas d’inconvénient à lui fournir des armes en masse.

Le transfert d’armes vers l’Arabie saoudite n’est pas seulement inquiétant, il est également contraire au droit wallon et aux traités ratifiés par la Belgique.

Notre pays a en effet signé le Traité sur le Commerce des Armes (TCA) qui prévoit que tous les transferts d’armes soient évalués selon la probabilité qu’elles soient utilisées pour commettre de graves violations des droits humains. De même, le Décret wallon de 2012 sur le commerce des armes — globalement calqué sur le code de conduite de l’Union européenne en la matière — prévoit comme critère le « respect des droits humains dans le pays de destination finale ».

En outre, le TCA et le Décret wallon impliquent que les parties prenantes au transfert respectent le droit international humanitaire (DIH). La Wallonie est ainsi tenue de refuser tout transfert d’armes vers des pays susceptibles d’utiliser ces armes pour commettre des crimes de guerre. Or, l’Arabie saoudite, partie au conflit yéménite depuis mars 2015, est à la tête d’une coalition qui est à l’origine d’au moins 34 frappes aériennes recensées par nos équipes de chercheurs qui ont été lancées sans discernement ou intentionnellement contre des civils. Ces frappes ont fait 494 morts, dont au moins 148 enfants et 359 blessés. Il s’agit là de crimes de guerre qui violent délibérément le DIH.

Quel lien avec les armes wallonnes, me direz-vous ? Il n’est pas impossible qu’elles soient utilisées dans le conflit yéménite par l’une ou l’autre partie et qu’elles participent donc là de graves violations du DIH. Pour autant, la Région wallonne continue de vendre des armes au royaume saoudien.

IL FAUT AGIR !

La Belgique est pourtant à deux doigts d’une décision historique. Cette intention a été confirmée par le Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, au cours de sa rencontre le vendredi 12 mai 2017 avec Salil Shetty, Secrétaire général d’Amnesty International.

Cependant, cette avancée majeure dans la lutte pour le respect des droits humains restera lettre morte sans un engagement ferme de la Région wallonne. C’est elle en effet qui doit décider de suspendre les ventes, car elle constitue le seul pouvoir compétent dans l’octroi des licences d’exportation vers ce pays.

Il n’y a pas d’autre choix que de pousser Paul Magnette à suspendre les transferts d’armes de la Région wallonne vers le royaume saoudien. Demandons-lui de veiller à ce que nous ne nous rendions pas coupable de violations des droits humains en Arabie saoudite et des crimes de guerre commis au Yémen. La Région wallonne a voulu se montrer courageuse et avant-gardiste en prenant des positions claires dans des dossiers européens comme celui du CETA. Elle peut donc s’engager pour celui des armes et créer un précédent européen. Mobilisons-nous pour lui rappeler qu’elle peut aussi être précurseure en la matière.