Entretien : « Je défends mon peuple »

Nabhan al Hanashi, défenseur des droits humains omanais et réfugié, fondateur du Centre omanais pour les droits humains, a raconté sa vie de militant en exil à Drewery Dyke, chercheur au Secrétariat international

Comment êtes-vous devenu défenseur des droits humains ?

Je tenais déjà un blog, mais c’est en 2011 que j’ai commencé à militer pour les droits humains. J’avais des idées sur la liberté et les droits fondamentaux et, cette année-là, avec d’autres, j’ai organisé une manifestation pacifique pour réclamer davantage de liberté d’expression, le droit de se rassembler et de manifester pacifiquement, et des réformes politiques. Plus tard, cette même année, j’ai commencé à être vraiment actif après l’arrestation de certains de mes amis au cours d’un rassemblement pacifique.

[Le militantisme], ce n’est pas quelque chose que l’on a envie de faire. C’est quelque chose qui vient de l’intérieur. On veut exercer nos droits, puis on tombe sur une personne ou une loi qui nous l’interdit, et on se demande « pourquoi ? » Je ne veux pas me contenter d’avoir une opinion, je veux l’exprimer. C’est mon droit. On n’y pense pas [au militantisme] tant que personne ne s’est attaqué à nous ; tant qu’on ne se fait pas arrêter. Ensuite, le militantisme prend le dessus.

Vous avez été arrêté deux fois. Qu’est-ce qui vous a fait tenir ?

Est-ce que je me suis senti en danger ? Bien sûr. Mais j’ai survécu à la prison. Les principes en jeu –les droits humains– sont pour moi plus importants que, par exemple, une religion. Je crois en ces principes. Ce n’est pas seulement quelque chose que je fais, comme un passe-temps, pour aider des amis ou des gens que je ne connais même pas. Non. Quand je les défends, je prends aussi ma défense et celle de ma famille. Je défends mon peuple. Si on veut un pays où il fait bon vivre, avec de bonnes politiques, c’est ce qu’il faut faire.

Comment la défense des droits humains a-t-elle changé votre vie ?

Je suis désormais libre et je trouve que ma vie a plus de valeur grâce à ce que je peux accomplir. Ce que je fais a un sens. Il m’a fallu quatre années difficiles pour en arriver là. J’ai quitté Oman en décembre 2012. Ma situation n’était pas brillante : je n’avais pas de travail, pas d’avenir, je ne savais pas ce que j’allais devenir. Je suis resté un an au Liban, où j’étais suivi et harcelé. Peut-être que le plus simple aurait été de dire : « Je suis désolé. Est-ce que je peux rentrer dans mon pays ? Je suis prêt à faire tout ce que vous voulez. » C’est la seule solution pour vivre en sécurité.

Mais je n’ai pas pu le faire. Je ne pouvais pas vendre mon âme. J’ai décidé de trouver un endroit sûr, où l’État me respecterait, où je pourrais m’engager en faveur des droits, aider les autres, contribuer à améliorer des situations difficiles... Bien sûr, il y a des obstacles. Il n’y a pas de travail ; personne ne vous paie vraiment pour [militer]. Je le sais. Mais même quand je trouve des emplois payés, est-ce que je peux oublier [le militantisme] ? Impossible. C’est ce qui donne un sens à nos actions.

Où en êtes-vous aujourd’hui ? Quels sont vos projets ?

Je suis maintenant réfugié au Royaume-Uni et je suis à nouveau actif. Je suis en contact avec d’autres militants d’Oman – dont la plupart sont malheureusement à l’étranger – et d’autres venant de pays du Golfe. Nous essayons de nous entraider autant que possible. Mon objectif, c’est simplement la liberté pour nous tous, en matière d’expression, d’association et de réunion.

Nous pouvons faire plus. Mais nous avons besoin de votre soutien et d’un soutien international. Nous avons besoin de formations et de financements. Notre voix vient s’ajouter à la vôtre et, ensemble, nous pouvons amener le gouvernement omanais, et tous les autres, à se soucier davantage de leur comportement, de leur réputation et de la justice – pas juste à l’intérieur de leurs frontières, mais aussi aux yeux du monde. J’ai connu des déceptions.

Quand un journaliste ou un militant est emprisonné, je me sens mal, je culpabilise... Je veux en faire plus, mais je ne sais pas comment. Mais quand quelqu’un est libéré ou qu’une peine n’est pas appliquée, je suis fou de joie. C’est dans ces moments-là que je suis fier de dire que je suis défenseur des droits humain

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