Objectifs du millénaire pour le développement— La bonne façon de combattre la pauvreté

Le respect des droits humains doit être au cœur du combat mondial contre la pauvreté. Il faut que les dirigeants mondiaux en aient une claire conscience, eux qui, en septembre 2010, vont évaluer l’avancement de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.

En établissant les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les Nations unies ont lancé la plus grande initiative mondiale de lutte contre la pauvreté. Énoncés dans la Déclaration du millénaire adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2000, les OMD définissent les buts que la communauté internationale espère atteindre d’ici 2015.

C’est en partie à cause des OMD que la pauvreté a enfin trouvé place dans le programme des priorités mondiales. Mais ces objectifs ne prennent pas suffisamment en compte les violations des droits humains, alors que la défense de ces droits est essentielle à la réduction de la pauvreté. Respecter les droits, voilà qui entraîne pour les États une série d’obligations : s’attaquer à la discrimination et faire progresser l’égalité ; accorder toute l’attention nécessaire aux personnes particulièrement marginalisées et vulnérables ; chercher, de façon prioritaire, à réaliser pour tous les droits économiques, sociaux et culturels à un niveau minimal essentiel ; enfin, permettre à tous de participer activement aux décisions ayant une incidence sur leurs droits.

Les Objectifs du millénaire pour le développement

Objectif 1 : Réduire l’extrême pauvreté et la faim

Objectif 2 : Assurer l’éducation primaire pour tous

Objectif 3 : Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

Objectif 4 : Réduire la mortalité infantile

Objectif 5 : Améliorer la santé maternelle

Objectif 6 : Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies

Objectif 7 : Préserver l’environnement

Objectif 8 : Mettre en place un partenariat mondial pour le développement

Or, on voit que les États ne parviennent pas à progresser réellement en ce qui concerne certains des principaux symptômes de la pauvreté – par exemple, et entre autres, les bidonvilles ou taudis et la mortalité maternelle évitable. Il devient évident qu’il n’y aura pas d’avancées vers la réalisation des OMD dans des conditions d’équité et de durabilité si les droits humains ne font pas partie du programme.

Les droits humains ne peuvent être oubliés

Les États doivent se rappeler que les violations des droits humains constituent des obstacles sur la voie menant à la réalisation des OMD. Au Pérou, la discrimination infligée aux femmes indigènes nuit aux efforts visant à assurer des soins de santé maternelle. Ces femmes ont du mal à bénéficier de services de santé car elles ne possèdent pas les papiers d’identité requis, n’ont pas les moyens de payer les soins de santé et ne reçoivent pas assez d’informations sur le sujet dans une langue qu’elles comprennent.

Les buts fixés aux États par les OMD se situent parfois en-dessous de ce que le droit international relatif aux droits humains leur impose déjà. En ce qui concerne les habitants des bidonvilles, par exemple, les OMD s’engagent à améliorer d’ici 2020 l’existence de 100 millions d’entre eux. Un tel objectif ne tient pas compte des chiffres actuels, car plus d’un milliard de personnes vivent déjà dans des bidonvilles : les États ont l’obligation immédiate de les protéger toutes contre les expulsions forcées et toute autre violation de leurs droits fondamentaux. Les OMD ne prennent pas non plus en main la question des droits des femmes, et le caractère étriqué des buts concernant l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes est inacceptable. Aux termes du droit international, les États ne sauraient réaliser les OMD sans combattre la discrimination fondée sur le genre et garantir l’égalité dans l’ensemble des mesures qu’ils prennent. Par ailleurs, les États, bien souvent, ne défendent pas réellement les droits à la liberté d’expression, d’information, de réunion et d’association, qui sont essentiels pour que la population puisse participer à la prise de décision et amener les autorités à répondre de la réalisation des obligations qui leur incombent.

Les gouvernements des pays développés se sont engagés à aider les pays en développement à atteindre leurs objectifs. Mais le système des OMD ne les force pas à rendre cette participation conforme aux normes en matière de droits humains. Par exemple, il ne dit mot sur la mise en place de garanties destinées à empêcher que les grands chantiers immobiliers se soldent par des expulsions forcées.

Consolider l’obligation de rendre des comptes

Il ne faut pas que le seul recours des personnes vivant dans la pauvreté soit le bon vouloir des autorités ; elles doivent aussi pouvoir demander des comptes à leur gouvernement lorsque leurs droits sont bafoués. Dans les faits, elles ont rarement la possibilité de le faire. Ces mêmes gouvernements ne sont pas non plus tenus pour responsables des violations des droits humains lorsqu’ils rendent compte des progrès effectués dans leur pays vers la réalisation des OMD.

La plupart ne précisent pas si les mesures qu’ils prennent tiennent compte des normes en matière de droits humains, ni s’ils font le nécessaire face à des questions comme les expulsions forcées ou la discrimination fondée sur le genre.

Les gouvernements doivent veiller à ce que les tribunaux, les commissions nationales des droits humains et les autres mécanismes de défense de ces droits soient accessibles à tous, et puissent être saisis de plaintes en relation avec l’ensemble des droits fondamentaux – civils, culturels, économiques, sociaux et politiques. Par exemple, les autorités de Sierra Leone doivent prendre des mesures pour que les femmes de ce pays qui se voient refuser des soins de santé alors que leur vie est en jeu puissent demander réparation à la justice. Tous les États doivent en outre ratifier le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et ainsi permettre à leurs citoyens de bénéficier de l’aide d’un mécanisme international habilité à recevoir les plaintes relatives aux violations des droits économiques, sociaux et culturels.

En septembre 2010, les dirigeants mondiaux se réuniront lors d’un Sommet des Nations unies, afin d’évaluer les progrès effectués concernant les OMD. Amnesty International demande aux gouvernements de s’engager à mettre leurs politiques concernant les OMD en conformité avec leurs obligations en matière de droits humains. Par le biais de la campagne Exigeons la dignité, Amnesty International mène des recherches et des actions visant à obtenir l’introduction de changements dans les plans nationaux spécifiques aux OMD, afin que ceux-ci soient en conformité avec les obligations des pays relatives aux droits humains.

Agissez

Pour en savoir plus sur la campagne Exigeons la dignité, rendez-vous aux adresses suivantes : http://www.amnesty.be/dignite

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