Mon corps, mes droits

En 2013-2014, le militants auront une occasion exceptionnelle d’exercer une influence internationale en matière de droits sexuels et reproductifs.
SABRINA FRYDMAN, jeune avocate argentine, explique pourquoi elle se bat pour faire entendre la voix des jeunes.

Les droits sexuels et reproductifs concernent la liberté de choisir et de disposer de son propre corps. Beaucoup de jeunes filles ont le sentiment de ne pas maîtriser leurs décisions. Dans leur établissement scolaire ou dans leur famille, on leur dit ce qu’elles doivent faire.

En Argentine, les jeunes ne reçoivent aucune éducation concernant leurs droits sexuels et reproductifs. Nous avons une excellente législation en matière d’éducation sexuelle et de procréation responsable, qui prévoit un enseignement en la matière à différents niveaux scolaires. Pourtant, les jeunes n’ont toujours pas accès à ces informations.

Notre taux d’avortement chez les adolescentes en est la preuve. Elles ne disposent pas des informations nécessaires pour éviter une grossesse non désirée – comment obtenir et utiliser les moyens de contraception, notamment, voire pourquoi elles doivent se protéger.

L’avortement est illégal en Argentine ; il n’est autorisé que dans des circonstances très restreintes – en cas de viol ou si la vie ou la santé de la femme est en danger. Récemment, notre Cour suprême a rendu une décision statuant très clairement que l’avortement devrait être autorisé dans ces cas. Or, bien que cette institution ait demandé aux provinces du pays d’autoriser l’accès à l’avortement dans ces circonstances, ses recommandations n’ont malheureusement pas été suivies, à quelques exceptions près.

Dans mon pays, pour jouir de ses droits sexuels et reproductifs, mieux vaut ne pas être à la fois jeune et pauvre. Les femmes ont la possibilité d’avorter dans des cliniques privées moyennant paiement, mais il est très difficile d’obtenir ce service dans les hôpitaux publics. De nombreux médecins refusent de pratiquer des avortements légaux, contraignant les femmes et les jeunes filles n’ayant pas les moyens de payer à avorter dans des conditions très dangereuses pour leur santé. Par conséquent, notre taux de mortalité maternelle est élevé. La situation change dès que les jeunes filles comprennent qu’elles peuvent prendre leur propre décision. Si elles obtiennent les informations appropriées et qu’elles ont l’occasion de parler de leur situation et de poser des questions, elles comprennent que leur avis compte et qu’elles peuvent prendre des décisions importantes concernant leur propre corps – avoir des enfants ou non, ou comment se protéger.

Avec Amnesty International, je travaille à la création d’un réseau d’organisations de jeunes qui, ensemble, pourront faire entendre leur voix. La classe politique doit écouter les revendications des jeunes pour pouvoir y répondre. Je souhaite également garantir la bonne mise en oeuvre de la législation, car les jeunes femmes ne vont pas revendiquer le respect de leurs droits si elles ignorent leur existence.

J’estime également que l’avortement doit être dépénalisé en toutes circonstances. Personne ne souhaite avorter, la seule motivation est d’empêcher une grossesse non désirée. Lorsqu’une femme a recours à cet acte, la pénalisation de l’avortement ne résout rien et l’État a de grandes obligations sur ce point. De même, nous avons tous l’obligation d’écouter les jeunes lorsque nous prenons des décisions qui les concernent. Le moment est venu de veiller à ce que leur avis sur leurs droits sexuels et reproductifs soit entendu dans le monde entier.

Sabrina Frydman a représenté Amnesty International lors du Forum mondial des jeunes de Bali (Indonésie), en décembre 2012, dans le cadre de l’examen portant sur la vingtième année du programme d’action de la Conférence internationale des Nations unies sur la population et le développement. En 1994, 179 gouvernements avaient adopté ce programme sans vote. L’examen constatera l’état d’avancement, les défis à relever et les progrès accomplis en matière, notamment, de normes relatives à la santé génésique et aux droits sexuels et reproductifs. Rendez-vous sur icpdyouth.org

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