L’édito : Est-ce qu’on naît défenseur-e des droits humains ? Par Philippe Hensmans, directeur général d’Amnesty International Belgique francophone

La mort d’Asma Jahangir, au moment d’écrire cet article, a frappé tou-te-s mes collègues (et moi-même bien sûr). Incroyablement courageuse, cette Pakistanaise s’est battue toute sa vie pour les droits des femmes et les droits humains en général. Elle a eu droit à presque toutes les violations que subissent les personnes comme elle : menaces, coups, passage en prison... Mais jamais elle n’a cessé son combat (elle fut même rapporteure spéciale des Nations unies auprès du Conseil des droits de l’homme). Toutes les personnes qui l’ont rencontrée ont gardé d’elle une image fabuleuse, qui redonnait de l’énergie dans le travail de chaque jour.

C’est ce qui nous arrive — heureusement — chaque fois que nous rencontrons des défenseur-e-s comme elle. Ce fut encore le cas tout récemment avec la visite d’une femme peu connue ici, Gégé Katana, qui lutte pour les droits des femmes dans une région particulièrement dangereuse, le Sud-Kivu en République démocratique du Congo.
Nous essayons de la soutenir depuis quelques années déjà, et ses visites chez nous sont d’abord pour elle un moment de repos. Pouvoir dormir sans se demander s’il ne vaudrait pas mieux aller rejoindre ses poules dans l’abri de jardin pour échapper aux tueurs, c’est un des privilèges que son (trop) court séjour parmi nous lui a offert.

Et c’est en parlant avec elle que je me suis rendu compte que ces militantes n’ont jamais cessé de se battre pour les droits humains. Toute petite déjà, Gégé protestait contre l’exploitation des femmes par… son père, chef traditionnel. Asma s’est engagée très jeune également, agissant à 20 ans contre l’arrestation de son père, militant des droits humains et contre le régime autocratique de l’époque.

Si bien sûr il n’existe pas de « gène de défenseur des droits humains », c’est notre rôle en tant qu’adultes non seulement de former les jeunes d’aujourd’hui aux droits fondamentaux, mais bien plus encore : d’offrir la possibilité aux jeunes militant-e-s « qui en veulent » de s’exprimer et d’agir. Ils et elles constituent les défenseur-e-s de demain. Et nous en aurons besoin, ça c’est sûr.

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