Des coupes qui font mal

Les mesures d’austérité ont un impact sur les droits humains. En Espagne, elles ont eu des effets particulièrement négatifs sur le droit à la santé. Il y a 10 ans, en 2008, l’économie espagnole est officiellement entrée en récession et le gouvernement a réagi en réduisant les dépenses publiques, notamment celles liées au système de santé. Depuis, de nombreuses personnes peinent à accéder à des soins de santé adaptés. L’impact des mesures d’austérité et la façon dont elles ont été élaborées et appliquées placent l’Espagne dans une situation de violation du droit à la santé. Comment cela se traduit-il dans la vie de la population ? Sanhita Ambast, chercheuse dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels, nous explique.

Dans notre dernier rapport sur l’impact des mesures d’austérité sur les droits humains en Espagne, nous avons constaté que les coupes budgétaires restreignaient l’accessibilité physique et financière
des soins de santé dans le pays et leur qualité. Les populations à faible revenu
et plus particulièrement les personnes qui souffrent de maladies chroniques ou d’un handicap, les personnes âgées et celles qui nécessitent des soins de santé mentale étaient particulièrement touchées. En 2013, le total des dépenses publiques dans la santé était à son plus bas niveau (plus bas même qu’en 2009) et avoisinait les 8 950 millions d’euros (12,7 %).

Parmi les différentes mesures d’austérité, le gouvernement a répercuté certains coûts de santé sur les particuliers, notamment en instaurant ou en augmentant certaines quotes-parts et en réduisant le nombre de médicaments financés par le système de santé publique. Plusieurs personnes interviewées nous ont fait part de leurs difficultés face à la hausse des coûts des soins de santé. Le nombre de personnes sur liste d’attente et le temps d’attente pour les interventions chirurgicales non urgentes ont également augmenté. L’attente a presque doublé depuis le début de la crise économique : de 65 jours en 2010, le temps d’attente moyen est passé à 115 jours en 2016. Cette situation n’est pas sans conséquence sur la vie des gens.


© Dani Pozo/AFP/Getty Images

Elena (nom fictif), 44 ans, fait partie des personnes touchées par les mesures d’austérité. Elle souffre de plusieurs problèmes de santé. Récemment, elle a été traitée pour un cancer du sein. Auparavant, on lui avait diagnostiqué une polyarthrite rhumatoïde (gonflement et raideur des articulations), une spondylite (inflammation des disques intervertébraux) et une maladie de Crohn (inflammation chronique des intestins). En mars 2017, son médecin l’a placée sur liste d’attente pour une opération visant à traiter les symptômes de sa maladie de Crohn. Selon lui, elle devait pouvoir être opérée dans les trois ou quatre mois suivants. Lorsque nous avons parlé avec elle, sept mois plus tard, elle attendait toujours.

« Nous avons tous souffert des coupes budgétaires : le personnel infirmier, les médecins, les patients, les familles, tout le monde. »

Une infirmière s’adressant à Amnesty

Pour patienter, son médecin lui a prescrit des médicaments visant à soulager ses symptômes. Ils coûtent environ 60 euros par mois. Elena ne travaille pas et subvient à ses besoins grâce à une maigre pension d’invalidité. Elle craint de ne pas pouvoir payer ses médicaments.
« Je prends moins de médicaments que ce que le médecin m’a prescrit [...] J’essaie d’en utiliser moins [...] pour qu’ils durent plus longtemps », nous a-t-elle confié. Elena continue donc d’être gênée par ses symptômes. « Si j’avais plus d’argent, je me tournerais vers le privé », nous a-t-elle dit. « C’est choquant ce qui se passe. »

Nous avons entendu bien d’autres témoignages de difficultés liées à la hausse des coûts et à l’allongement des temps d’attente dans le système de santé espagnol.
Il n’est pas acceptable que la réduction des dépenses publiques entraîne une réduction des droits humains. L’Espagne doit veiller à ce que les soins de santé soient de bonne qualité et accessibles
à tous, tant financièrement que physiquement. Le pays a ratifié divers traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains qui l’engagent à respecter, protéger et mettre en œuvre
le droit à la santé. L’Espagne est tenue de prendre immédiatement des mesures réfléchies, concrètes et ciblées pour rendre possible le plein exercice du droit à la santé.


© Marcos del Mazo/Getty Images

Des lignes directrices existent. Les mesures d’austérité entravent souvent la capacité de la population à jouir de ses droits économiques, sociaux et culturels, et le droit à la santé en fait partie. Compte tenu de ces dangers, des organes de surveillance des droits humains ont formulé des conseils aux États pour que les mesures d’austérité mises au point et appliquées ne contreviennent pas à leurs obligations en matière de droits économiques, sociaux et culturels. Notre étude a révélé que l’Espagne ne respectait pas ces lignes directrices.

C’est pourquoi nous avons lancé une campagne exhortant le gouvernement espagnol à revoir de toute urgence certaines dispositions du décret-loi royal n° 16/2012, qui a introduit de nombreuses mesures d’austérité dans le secteur de la santé. Nous demandons également aux autorités espagnoles de mener une évaluation de l’impact de ces mesures sur le droit à la santé. Nous souhaitons avant tout qu’elles allouent davantage de fonds au secteur de la santé publique.
Les crises économiques ne sont pas une excuse pour faire fi des droits humains. Les autorités
espagnoles doivent agir en urgence pour réparer les préjudices causés par les mesures d’austérité.

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