Nicaragua : un canal qui divise

Le gouvernement du Nicaragua a conclu en secret un accord pour construire un canal, qui pourrait être l’un des plus importants projets de construction jamais réalisés. Le grand canal interocéanique détruira l’environnement et menacera les moyens de subsistance de la population. La manière dont le projet a été imaginé et mené jusqu’à présent porte atteinte aux droits fondamentaux des habitants des localités affectées par le canal. De nombreuses personnes luttent pour protéger leurs terres et leur maison. Un combat qui peut s’avérer dangereux, car les autorités persécutent tous ceux qui osent s’opposer à l’accord.

« Ici, la plupart des habitants vivent de la terre. Nous semons,
nous élevons du bétail. Nous ne savons rien faire d’autre. C’est pourquoi nous préférons mourir ici. En ville, que ferions-nous ?
 »
Un membre d’une communauté affectée par le projet, qui préfère rester anonyme

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Francisca Ramirez, dirigeante paysanne et défenseure des droits humains, rassemble des agricultrices et agriculteurs locaux à El Roble, dans le département du Rio San Juan, pour leur expliquer l’impact du canal du Nicaragua.

Le grand canal interocéanique pourrait bien constituer l’un des plus vastes projets de génie civil au monde. Il devrait mesurer environ 275 km de long et diviser le pays en deux, traversant une grande partie du lac Nicaragua, la plus grande réserve d’eau potable d’Amérique centrale, et reliant les océans Atlantique et Pacifique. Le cadre juridique obscur qui a débouché sur l’organisation du projet, sans véritable consultation de toutes les parties affectées, bafoue toute une série de normes nationales et internationales
relatives aux droits humains et pourrait conduire à l’expulsion forcée de centaines de familles. Le 13 juin 2013, le congrès du Nicaragua a adopté une loi permettant le développement d’un canal et d’un certain nombre de projets connexes, dont un aéroport, deux ports, un oléoduc, une voie ferrée et deux zones de libre-échange. Cette loi ouvre également la voie à des projets de développement ultérieurs.

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Compte tenu de sa taille, le canal aura un impact important sur la population et sur les terres. Selon des organisations locales de la société civile, près de 120 000 personnes seront affectées par le canal et les projets de construction connexes. Il menacera les moyens de subsistance et les foyers des riverains, leur accès à la nourriture, leurs réseaux sociaux et même leur survie.

Des communautés qui vivent dans les zones concernées ont déclaré à Amnesty International que le gouvernement ne les avait pas dûment consultées ni informées du projet, et n’avait pas non plus fourni d’alternatives viables. Plusieurs personnes ont confié qu’elles n’avaient eu vent du projet que lorsque des gens, principalement étrangers, se sont rendus dans le secteur avec
des policiers et des militaires pour mesurer leurs terres, sans avoir obtenu leur accord préalable. Elles ont par ailleurs dénoncé le manque d’information concernant les solutions en matière de relogement ou d’indemnisation.

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De nombreuses personnes refusent ce traitement ainsi que le projet du gouvernement. Ces dernières années, au moins 90 manifestations contre le canal ont été organisées dans tout le pays. Mais celles et ceux qui se font entendre sont souvent menacés. Des militants des droits humains qui dénoncent les possibles impacts négatifs du canal font état de harcèlement et de menaces de la part des autorités.
Une femme vivant dans l’une des localités qui seront touchées par le projet, a déclaré à Amnesty que lorsqu’elle quitte sa maison pour participer à une manifestation : « je dis au revoir à mes enfants, parce que j’ignore si je vais revenir. » Amnesty demande au gouvernement du Nicaragua de cesser de placer les perspectives économiques avant l’avenir du pays et de sa population. La seule manière d’empêcher le projet ainsi que les destructions et les évacuations qu’il entraînera est d’abroger la loi sur laquelle il repose et de recommencer à zéro. Les droits de toutes les personnes susceptibles d’être affectées doivent être protégés et elles doivent avoir leur mot à dire quant à leur avenir.

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