Joseph Dunia Ruyenzi — L’interview

Q : Quels sont, selon vous, les principaux obstacles auxquels on se heurte dans la lutte contre les atteintes aux droits humains en République démocratique du Congo ?

R  : Fondamentalement, il y a l’insécurité pour les défenseurs des droits humains, l’insécurité du fait de la présence des groupes armés rwandais (les FDLR), ougandais (la LRA et l’ADF-NALU), congolais (les Maï maï et le CNDP), et les militaires congolais. Il y a aussi les services de sécurité qui sont sans salaire convenable. Cette insécurité tracasse et c’est un obstacle fondamental.

Q : Si vous pouviez transformer une chose dans ce pays, sur quoi agiriez-vous ?

R : Réveiller la conscience des Congolais, afin qu’ils assument leurs responsabilités de savoir partager, et de garantir la sécurité et les espaces de liberté en République démocratique du Congo.

Q : Quelles conséquences votre action a-t-elle sur votre vie et votre famille ?

R  : Il faut dire que du point de vue des conséquences positives, la défense des droits humains est exaltante ; parler pour les sans voix, les opprimés et les victimes de l’arbitraire, mais aussi contribuer à l’édification de l’état de droit avec objectivité. Ce sont des aspects positifs. Mais du point de vue des conséquences négatives, il faut dire que je crains pour ma vie. Ma famille aussi craint, parce qu’à cause de mon engagement pour la défense des droits humains, je peux, par exemple à cause du risque de torture, être handicapé. Lorsque je témoigne et dénonce de graves violations et des violences dans mon pays, les membres de ma famille redoutent les risques que je prends en m’engageant pour des activités qui peuvent mettre ma vie en danger.

Q : Qu’est-ce qui vous permet de garder votre motivation quand les temps sont difficiles ?

R  : Il faut dire que c’est la liberté d’exprimer ce que je pense et de participer, sans être la « propriété » d’un parti, à la démocratisation de notre société, quand la démocratie est le gage des droits humains. Être faiseur ou acteur de la paix, de la démocratie et de la justice m’habite et m’encourage à continuer.
Deux exemples m’ont particulièrement encouragé. En 2002, je suis arrêté avec le président de la société civile du Nord-Kivu, lors d’une visite aux membres de la société civile du Maniema, et emmené dans un lieu secret. Les détenus me disent que leur sort sera connu car je suis placé en détention avec eux. J’ai trouvé que j’étais l’espoir de ces personnes arrêtées.
En 2008, lors d’une visite à la prison centrale Munzenze de Goma, vu le manque de nourriture et d’eau, les prisonniers m’ont retenu pensant que ma présence alertera les autorités et les ONG, qui leur donneront des réponses. Et donc, pour la deuxième fois j’ai remarqué que j’étais un espoir, un sauveur, pour toutes ces personnes arrêtées.

Q : Avez-vous un message pour nos lecteurs ?

R  : Le message que je peux adresser aux lecteurs est de continuer à appuyer les activités de défense des droits humains en focalisant les actions sur les victimes de violations et de violences dans des régions du monde comme la Somalie, la République démocratique du Congo, le Darfour, et des pays aux régimes dictatoriaux, opposés aux droits fondamentaux dont Dieu a doté chaque être humain. J’appelle aussi les défenseurs qui liront cette revue de se mobiliser pour la situation des droits humains en RDC parce que c’est une situation grave, et il faut que justice soit faite concernant les assassinats de Floribert Chebeya, Pascal Kabungulu, et d’autres défenseurs de la liberté, qui ont payé de leur vie.

Q : Quel est l’enseignement le plus important que vous ayez retiré de votre action militante ?

R  : J’ai tiré de mon action militante l’universalité des droits humains. En effet les droits humains doivent être respectés par les autorités, parce que c’est à tort que certains dirigeants veulent considérer le respect des droits humains comme un apanage seulement des pays occidentaux. Dans beaucoup de pays, il y a des violations des droits de l’homme et tout le monde a besoin du respect de ces droits ; que l’on soit en Occident, en Afrique ou en Asie, tout être humain a droit au respect des droits dont il a été doté par Dieu.

Q : Comment est né votre intérêt pour les droits humains ?

R  : En 1995, pendant le régime de Mobutu, j’ai été obligé de m’associer avec des amis pour créer notre association dénommée Promotion de la démocratie et protection des droits humains (PDH), espérant que nous allions contribuer à réduire les violations des droits humains qui étaient en train d’atteindre le niveau le plus extrême. Lorsque l’on voyait toutes ces arrestations arbitraires, toutes ces personnes qui étaient placées dans des endroits cachés, et les personnes qui étaient torturées injustement, cela a attiré notre attention. Nous avons pris l’engagement de dénoncer ces actes, espérant que cela allait réduire toutes ces violations auxquelles nous étions en train d’assister.

Q : Est-ce que vous pourriez nous dire brièvement ce que représente Amnesty International pour vous ?

R  : De même que les victimes des violations des droits humains nous considèrent comme des sauveurs ou des libérateurs, de mon côté je considère Amnesty International comme un sauveur, un libérateur, lorsque je vois toutes les actions qui sont menées à travers le monde par Amnesty International.

À trois occasions, lorsque j’ai été arrêté, c’est grâce à Amnesty International que j’ai été libéré. J’ai été kidnappé en 2006 à Goma et emmené au T2 (les services de renseignements militaires). Amnesty International a lancé des appels auprès du gouvernement congolais, demandant notre libération sans conditions. Grâce à cette action urgente, (surtout dans le contexte des guerres à l’est du Congo, tout le monde pensait que nous serions assassinés), grâce à l’appel d’Amnesty International, nous avons été libérés le même jour, et pourtant nous apprenions que le soir même nous devions être assassinés.

L’entretien vidéo avec Joseph Dunia Ruyenzi

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