Yémen : « un dépotoir de mines et de plastique où tous les hommes sont armés » Dossier : 4 années de guerre au Yémen

Guillaume Binet est photoreporter pour l’agence Myop à Paris. Pour la troisième fois, il s’est rendu au Yémen, ce pays meurtri, pilonné au nord par l’Arabie saoudite et contrôlé au sud par les Émirats arabes unis.

COMMENT UN JOURNALISTE OU PHOTOREPORTER PARVIENT-IL À TRAVAILLER DANS CE PAYS ?

Les conditions de travail pour les journalistes ne sont pas faciles. Outre le fait que le contexte est dangereux, il est très difficile d’obtenir un visa pour s’y rendre. Une fois sur place, les journalistes sont régulièrement bloqués par des check-points ou n’obtiennent pas de laissez-passer pour se rendre dans une zone.

En ce qui me concerne, je suis parti à trois reprises avec des équipes de MSF-France, qui soutient et gère des hôpitaux et des dispensaires dans différentes régions du pays. Les deux premières fois que je m’y suis rendu, c’était durant le siège d’Aden en juin 2015, au début du conflit, puis à Sanaa, la capitale, au mois d’octobre. Là, j’y suis donc retourné pour la troisième fois début décembre 2018, pendant dix jours. Cette fois-ci juste dans le sud pays, dans la région de Mocha sur la côte de la mer Rouge, repassée sous une domination sudiste en juin dernier.

COMMENT DÉCRIRIEZ-VOUS LE CONTEXTE DANS LE SUD DU YÉMEN ?

Ce pays est complètement dévasté d’un point de vue humanitaire et les problèmes de malnutrition deviennent réellement critiques. Il faut bien se rendre compte que ce pays importait 90 % de sa nourriture et qu’aujourd’hui les importations de denrées sont rendues très difficiles en raison du blocus imposé par la coalition internationale.

Les 10 % étaient assurés par l’agriculture locale, mais il n’est plus possible de cultiver les champs : les terres arables ont été minées par le mouvement rebelle houthi lors de sa retraite. Ils ne sont plus constitués que de mines ou de munitions non explosées, restes des combats et bombardements saoudiens. Dans certains villages, le quart de la population locale en a été victime. Des familles entières sautent sur des mines, des enfants ont des mains arrachées quand leurs grands-pères sont amputés d’une jambe.

Parallèlement à cela, toute cette région qui n’est plus ni cultivée ni entretenue, laisse le désert recouvrir le sol fertile de sable, et est jonchée de sacs plastiques et de bouteilles d’eau utilisés par cette population où 13 millions d’hommes mâchent du qat, une plante achetée chaque jour dans un léger sac plastique rapidement jeté. Sans aucun service de nettoyage, ces côtes ne sont plus qu’un mélange de sable et de plastique ; je n’ai jamais vu cela nulle part ! Le sud du Yémen est devenu un dépotoir à ciel ouvert de sacs plastiques et de mines.

QU’EN EST-IL AU NIVEAU DES ARMES DANS CETTE PARTIE DU PAYS ?

Presque cent pour cent de la population masculine dans cette région est traditionnellement armée. Dès 14 ans, tous les hommes possèdent parfois plusieurs kalachnikovs ; l’arme dans ce pays est perçue comme un véritable attribut masculin que les hommes passent beaucoup de temps à customiser et qui s’utilise à n’importe quelle occasion.

Il ne faut pas oublier aussi que ce conflit est d’abord une guerre civile, à laquelle nous avons ajouté, pour des besoins économiques peut-être, une dimension internationale. Les armes sont donc partout et les ennemis pour la population civile pas ouvertement identifiables.

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