Droits des femmes

Plaider, sensibiliser, informer, collaborer... Et obtenir des avancées

Défendre et promouvoir les droits des femmes est l’une des priorités d’Amnesty International, qui a lancé une grande campagne contre le viol et les violences sexuelles en Belgique en mars dernier. Dominique Deshayes, coordinatrice bénévole au sein de la section belge francophone d’Amnesty pour cette matière, milite depuis de nombreuses années pour faire avancer les choses dans le bon sens, et ce, à plusieurs niveaux. Nous lui avons posé quelques questions pour en savoir un peu plus sur l’action d’Amnesty dans ce domaine.

Quelles sont les principales avancées obtenues depuis qu’Amnesty s’est lancée dans ce combat contre les violences sexuelles ?

D’abord, en 2016, la Belgique a ratifié la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe sur les violences faites aux femmes. Il s’agit d’un instrument obligatoire, c’était un pas important. Au-delà de ça, il y a eu plusieurs avancées concrètes, comme la loi sur la formation obligatoire des magistrat·e·s aux violences faites aux femmes (votée en juillet 2020, NDLR), la création de la ligne d’écoute SOS Viol ou l’ouverture des CPVS, qui sont des centres pluridisciplinaires à qui les femmes peuvent s’adresser en cas de violences sexuelles.

Où en est la Belgique en matière de lutte contre les violences sexuelles ?

Les chiffres sont extrêmement inquiétants. Quand il y a des plaintes, peu aboutissent. Mais une collecte de données claire et transparente en ce qui concerne les violences faites aux femmes est manquante en Belgique. Le combat relève de plusieurs niveaux de pouvoir et de compétences, ce qui ne facilite pas notre travail.

Par ailleurs, à chaque avancée, on se heurte à un autre obstacle : le sous- financement. Par manque de moyens, la ligne d’écoute SOS Viol, qui permet aux victimes et à leurs proches d’obtenir une aide et un suivi, ne fonctionne qu’en semaine et l’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) n’est toujours pas généralisée dans les écoles, alors que les stéréotypes sur les violences sexuelles perdurent.

Pour finir, le personnel amené à prendre en charge les victimes de violences sexuelles (le milieu judiciaire, la police et le personnel des soins de santé) n’est toujours pas formé.

Concrètement, comment vous y prenez- vous pour obtenir des résultats tangibles ?

En tant que coordinatrice Droits des femmes, c’est avant tout un travail de plaidoyer que je mène. Par exemple, au moment des élections de 2019, nous avons rencontré des candidat·e·s de différentes obédiences politiques pour leur demander, au cas où il·elle·s seraient élu·e·s, quelles initiatives il·elle·s comptaient prendre pour lutter contre les violences faites aux femmes

C’est aussi un travail de sensibilisation, d’information et de collaboration avec le secteur associatif. Il est très important d’avoir un réseau, grâce auquel je peux relayer des informations ou des revendications. Je participe aussi à des conférences, des débats organisés par les groupes locaux d’Amnesty, dans le but de transmettre mes connaissances et d’éduquer aux enjeux des combats pour les droits des femmes. Il est aussi important d’être représentée dans plusieurs conseils ou organisations, c’est pourquoi je fais partie de différentes plateformes féministes.

Un groupe qui a joué un rôle important récemment, c’est la coalition Ensemble contre les violences faites aux femmes dont Amnesty fait partie. Avec les autres membres, nous avons rédigé un rapport sur la mise en œuvre de la Convention d’Istanbul par la Belgique. Nous avons ainsi pu pointer tous les manquements avec le Groupe d’experts du Conseil de l’Europe, qui examine ce que la Belgique a fait en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

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