BANGLADESH

République populaire du Bangladesh
CAPITALE : Dacca
SUPERFICIE : 143 998 km²
POPULATION : 141,8 millions
CHEF DE L’ÉTAT : Iajuddin Ahmed
CHEF DU GOUVERNEMENT : Khaleda Zia
PEINE DE MORT : maintenue
COUR PÉNALE INTERNATIONALE : Statut de Rome signé
CONVENTION SUR LES FEMMES : ratifiée avec réserves
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR LES FEMMES : ratifié

L’aggravation des violences, souvent imputables à des groupes islamistes, a affecté la plus grande partie du pays. Les principales cibles des attaques étaient des défenseurs des droits humains, des avocats, des juges, des militants de l’opposition et des membres des groupes minoritaires ; des lieux de culte ont également été visés. Cette année encore, des cas de mauvais traitements ou d’actes de torture infligés par des policiers ont été signalés. La violence contre les femmes restait très répandue. Au moins trois personnes ont été exécutées.

Contexte

L’escalade de la violence, qui s’est notamment traduite par plusieurs séries d’attentats à l’explosif, et l’absence de réaction adéquate du gouvernement ont entraîné le Bangladesh vers une crise des droits humains. Dirigée par le Bangladesh Nationalist Party (BNP, Parti nationaliste du Bangladesh), la coalition de quatre partis au pouvoir a, dans un premier temps, mis en cause l’Awami League (Ligue Awami), principal parti d’opposition, avant de reconnaître qu’elle était confrontée à la montée de l’activisme islamiste. Deux groupes islamistes - le Jamaat ul Mujahideen-Bangladesh (JMB, Assemblée des combattants du Bangladesh) et le Jagrata Muslim Janata-Bangladesh (Peuple des musulmans éveillés du Bangladesh) ont été interdits au mois de février.
La Banque mondiale a annulé le financement de trois projets de développement en arguant de la corruption des autorités. Pour la cinquième année consécutive, l’organisation non gouvernementale Transparency International a désigné le Bangladesh comme le pays le plus corrompu au monde.
En août, la Haute Cour a conclu à l’illégalité du cinquième amendement à la Constitution, qui avait légitimé l’imposition de la loi martiale de 1975 à 1979. Le gouvernement ayant interjeté appel de cette décision, la Cour suprême a suspendu l’application de cette dernière.

Aggravation de la violence

Après une série d’attentats à l’explosif perpétrés isolément depuis le début de l’année, plusieurs centaines de petites bombes ont explosé dans tout le pays le 17 août sur une période de trente minutes ; la plupart visaient des bâtiments administratifs. Deux personnes ont été tuées et des centaines d’autres ont été blessées. Des tracts du JMB retrouvés sur les lieux appelaient à l’instauration du droit musulman au Bangladesh. Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées dans les semaines qui ont suivi.
Vingt-cinq personnes au moins ont été tuées et des centaines d’autres ont été blessées à la suite d’attaques similaires perpétrées au cours de l’année. Le 29 novembre, les premiers attentats-suicides ont marqué une escalade importante de la violence. La coalition au pouvoir a été largement critiquée pour son incapacité à empêcher de telles attaques.

Victimes d’attaques et d’autres atteintes aux droits humains
Membres de l’opposition

Des militants de l’opposition ont été la cible d’attaques imputables à des groupes islamistes et à des membres du BNP, le parti au pouvoir.

Le 27 janvier, cinq personnes, dont l’ancien ministre des Finances et principal dirigeant de la Ligue Awami, Shah Abu Mohammad Shamsul Kibria, ont été tuées dans un attentat perpétré lors d’un rassemblement de la Ligue Awami à Habibganj, au nord-est de la capitale, Dacca. La famille de l’ancien ministre a réclamé l’ouverture d’une enquête internationale indépendante, ce que le gouvernement a refusé.
Plusieurs centaines de partisans de la Ligue Awami auraient été blessés le 15 août à la suite d’attaques menées par des membres du BNP contre des rassemblements de la Ligue Awami.
Défenseurs des droits humains

Cette année encore, des défenseurs des droits humains ont été victimes de violations de leurs droits fondamentaux, et notamment d’arrestations arbitraires et d’actes de torture imputables à des membres de la police et de l’armée ainsi qu’à d’autres responsables de l’application des lois. Ils ont également été harcelés par le biais de poursuites pénales infondées. Beaucoup ont été menacés par des individus ou des groupes liés à des bandes de délinquants armés ou à des partis politiques. Certains ont subi des agressions physiques. Malgré ces attaques, les défenseurs des droits humains sont restés particulièrement actifs.
Suresh Chandra Halder, ancien secrétaire general de l’Association pour la promotion des villages, une organisation non gouvernementale de Faridpur, a été arrêté le 9 août par des policiers qui ne disposaient apparemment pas de mandat. Détenu pendant plus de trois mois dans la prison de Faridpur, il a été privé de soins médicaux alors qu’il souffrait de diabète et d’autres problèmes de santé. Le harcèlement dont cet homme a été victime semblait découler du fait qu’il s’était élevé contre la corruption au sein de l’association, ce qui aurait déplu à certains de ses membres proches du gouvernement. Il a été remis en liberté le 25 novembre, sur ordre d’un tribunal.
Journalistes

Plusieurs centaines de journalistes auraient été harcelés, intimidés et agressés par des agents de l’État et par des acteurs non étatiques, notamment des groupes islamistes.
Le 5 février, Sheikh Belaluddin Ahmed, directeur du bureau local du quotidien Dainik Sangram, a été grièvement blessé dans l’explosion d’une bombe devant le club de la presse de Khulna. Il est mort quelques jours plus tard.
Organisée par l’Union fédérale des journalistes, une conférence nationale sur la répression exercée contre les journalistes aurait été interdite par le gouvernement deux jours avant son ouverture, prévue le 11 novembre à Dacca.
Juges et avocats

Des membres de groupes islamistes ont attaqué des tribunaux ainsi que des juges et des avocats, apparemment parce qu’ils n’appliquaient pas le droit musulman.
Le 3 octobre, deux personnes ont été tuées à la suite d’attentats à l’explosif commis dans plusieurs tribunaux du pays. Ces attaques auraient été perpétrées par des membres du JMB. Deux juges ont trouvé la mort, le 14 novembre à Jhalakathi, dans l’explosion d’une bombe lancée en direction de leur voiture.
Neuf personnes, dont deux avocats, ont trouvé la mort le 29 novembre dans des attentats-suicides perpétrés devant des tribunaux à Chittagong et à Gazipur.

Violences contre les minorités

Les violences perpétrées contre les groupes minoritaires, notamment les hindous, les chrétiens, les ahmadis et les populations tribales des Chittagong Hill Tracts, restaient largement impunies.
Le 24 juillet, plusieurs dizaines de villageois appartenant aux tribus des Chittagong Hill Tracts ont été passés à tabac et maltraités, apparemment par des soldats, à Fakinala Nee Aung Karbari Para, dans le sous-district de Manikchari (Khagrachari).
La campagne de haine contre la communauté ahmadie s’est poursuivie et des lieux de culte ahmadis ont été attaqués. Au mois d’avril, plus de 50 hommes, femmes et enfants auraient été blessés à Sundarban Bazar (Jotindryanagar) par des membres de l’International Khatme Nabuwat Movement-Bangladesh (IKNM, Mouvement international pour la complétude de la prophétie de Mahomet-Bangladesh), un groupe islamiste.
En octobre, des temples hindouistes et des maisons appartenant à des hindous ont été attaqués et incendiés à Rangpur. Cinq personnes auraient été grièvement blessées.

Violences policières

Shankar Sen, vingt-sept ans, serait mort le 14 août après avoir été torturé par des policiers dans le poste de Ramna. Cet homme avait été arrêté six jours plus tôt pour le vol d’un téléphone portable. Selon ses proches, il souffrait de troubles mentaux.
Le 24 août, Mokaddes Hossain, secrétaire general de l’Awami Jubo League (AJL, section de jeunesse de la Ligue Awami) de Tetulbaria, est mort après avoir, semble-t-il, été torturé par des policiers. Il avait été arrêté alors qu’il rentrait chez lui après avoir assisté à un rassemblement de la Ligue Awami.

Violences contre les femmes

Selon des informations publiées par les médias, plus de 1 900 femmes auraient été victimes de violences au cours du premier trimestre de l’année. Plus de 200 auraient été tuées à la suite d’un viol et 300 au moins auraient été maltraitées pour n’avoir pas fourni la dot réclamée par leur mari. Plus de 100 autres ont été victimes de trafic d’êtres humains. La Fondation pour les victimes des agressions à l’acide a recensé 166 cas concernant 210 victimes, dont 138 femmes, au cours des neuf premiers mois de l’année. L’opprobre, l’attitude de la police - qui refusait généralement d’agir lorsque des actes de violence contre les femmes étaient signalés -, ainsi que l’absence d’assistance juridique et de soutien de l’entourage empêchaient de nombreuses victimes de se tourner vers la justice. Toutefois, presque tous les cas d’agression à l’acide signalés ont, semble-t-il, fait l’objet d’enquêtes de police.

Peine de mort

Au moins 217 hommes et une femme ont été condamnés à mort. Trois prisonniers, peut-être davantage, ont été pendus.

Visites d’Amnesty International

Des délégués d’Amnesty International se sont rendus au Bangladesh en février-mars pour effectuer des recherches sur la situation des droits humains. Ils ont également participé à l’organisation d’un atelier pour les défenseurs des droits humains.

Autres documents d’Amnesty International
- Bangladesh : Human rights defenders under attack (ASA 13/004/2005)

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