CUBA

Les restrictions à la liberté d’expression, d’association et de mouvement demeuraient très importantes. Au moins 69 prisonniers d’opinion étaient toujours incarcérés. Cette année encore, des dissidents politiques, des journalistes indépendants et des militants des droits humains ont été la cible de manœuvres de harcèlement et d’intimidation. Certains ont été placés en détention sans jugement ni inculpation. Les Cubains continuaient à subir les conséquences de l’embargo des États-Unis.




Contexte

En 2006, Cuba a obtenu une place au Conseil des droits de l’homme [ONU] et a assumé la présidence du Mouvement des non-alignés lors de son XIVe sommet, qui s’est tenu en septembre à La Havane.
En juillet, Fidel Castro a subi une opération chirurgicale. Pour la première fois depuis 1959, il a transféré ses pouvoirs à d’autres hauts responsables, notamment à son frère Raúl Castro Ruz. Les partis et les activités de l’opposition politique n’étaient pas tolérés.
Les relations politiques avec les États-Unis restaient tendues bien que les exportations de produits agricoles américains vers Cuba avait atteint une valeur supérieure à 500 millions de dollars. En juillet, la Commission for Assistance to a Free Cuba (Commission de soutien à un Cuba libre), un organisme américain, a publié une mise à jour de son précédent rapport. L’Union européenne n’a pas réintroduit les sanctions levées en 2005, alors que la situation des droits humains à Cuba demeurait un sujet de préoccupation majeur.
Le gouvernement américain a mis en place un service chargé d’identifier et de poursuivre les personnes qui contournent les restrictions concernant les déplacements à destination de Cuba et les échanges commerciaux avec l’île. En novembre, pour la quinzième année consécutive, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution demandant aux États-Unis la levée de l’embargo contre Cuba.
Cette année encore, le gouvernement cubain a refusé la visite du rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme à Cuba. Amnesty International et d’autres organisations indépendantes de défense des droits humains n’ont pas non plus été autorisées à se rendre sur l’île.

Prisonniers d’opinion
À la fin de l’année, 69 prisonniers d’opinion étaient toujours détenus pour leurs positions ou activités politiques non violentes. Douze autres continuaient à purger leur peine en dehors de la prison en raison de leur état de santé. Aucune libération de prisonniers d’opinion n’a été signalée en 2006.
En 2003, Orlando Zapata Tamayo a été condamné à une peine de trois ans d’emprisonnement pour « outrage envers la personne de Fidel Castro », « trouble à l’ordre public » et « rébellion ». En novembre 2005, il aurait été condamné à quinze années supplémentaires pour « outrage » et « rébellion » en prison. De nouveau jugé pour les mêmes chefs d’inculpation en mai 2006, il a été condamné à sept ans de plus. Il purgeait une peine de vingt-cinq ans et six mois.

Détention sans inculpation ni jugement
De très nombreuses personnes étaient toujours incarcérées sans inculpation pour des activités contre-révolutionnaires présumées ou sur la base d’accusations vagues. Leur situation juridique restait mal définie à la fin de l’année.
Le prisonnier d’opinion Oscar Mariano González Pérez était encore détenu sans jugement ni inculpation. Ce journaliste indépendant avait été arrêté en juillet 2005 alors qu’il s’apprêtait à prendre part à une manifestation devant l’ambassade de France.

Liberté d’expression et d’association
Des restrictions continuaient de peser sur la liberté d’expression et d’association. Toute la presse écrite et les organismes de radiotélédiffusion demeuraient sous le contrôle de l’État. Les actes de harcèlement et d’intimidation visant des journalistes indépendants et des libraires se sont multipliés. Des personnes soupçonnées d’entretenir des liens avec des groupes dissidents ou de participer à des activités de défense des droits humains ont été arrêtées et placées en détention. Le nombre d’arrestations pour « dangerosité prédélictuelle » a augmenté. L’accès à Internet restait très limité en dehors des bureaux du gouvernement et des institutions éducatives. Le journaliste Guillermo Fariñas a fait une grève de la faim pendant sept mois pour obtenir l’accès à Internet, sans aucun résultat.
Le 23 mai, le journaliste indépendant Armando Betancourt Reina a été arrêté alors qu’il prenait des notes et des photos pendant une opération d’expulsion dans la ville de Camagüey. Il a été inculpé de trouble à l’ordre public. Armando Betancourt aurait été maintenu en détention au secret pendant une semaine au poste de police, avant son transfert à la prison de Cerámica Roja (Camagüey), le 6 juin. Il était en instance de jugement à la fin 2006.

Actes de harcèlement et d’intimidation visant des dissidents et des militants
Amnesty International a constaté une augmentation du nombre d’actes de harcèlement public et d’intimidation visant des défenseurs des droits humains et des dissidents politiques. Ces « actes de répudiation » sont le fait de groupes quasi officiels.
Juan Carlos González Leiva, président de la Fundación Cubana de Derechos Humanos (Fondation cubaine des droits humains), aurait subi plusieurs « actes de répudiation », notamment des rassemblements hostiles de sympathisants du régime soutenus, semble-t-il, par les autorités, devant son domicile à Ciego de Ávila. Lui et sa famille ont été menacés à plusieurs reprises par les manifestants. Juan Carlos González Leiva, qui est aveugle, avait été arrêté en mars 2002 pour « outrage », « trouble à l’ordre public », « rébellion » et « désobéissance ». Il a passé deux ans en détention sans être jugé. Condamné à quatre années d’emprisonnement en avril 2004, il devait purger le restant de sa peine assigné à son domicile.


Visites d’Amnesty International

La dernière visite d’Amnesty International à Cuba remonte à 1988. Depuis, l’organisation n’a pas obtenu l’autorisation de se rendre dans le pays.

Autres documents d’Amnesty International

 Cuba : Fundamental freedoms still under attack (AMR 25/001/2006).

 Cuba. Craintes pour la sécurité / Craintes de torture / Manœuvres d’intimidation / Actes de harcèlement. Miguel Valdés Tamayo (h), 49 ans, et ses proches ; Juan Carlos González Leiva (h), 41 ans, et ses proches (AMR 25/002/2006).