Halte à la violence contre les femmes

« Je ne sais vraiment pas qu’est-ce qui m’a décidée, ce soir là, à appeler la police, mais je dis toujours que je l’ai fait quand je me suis vue nettoyer mon propre sang. »Lorraine, une Britannique, a été battue par son compagnon pendant huit ans avant d’oser en parler à quelqu’un.« Les gens m’ont demandé pourquoi je ne quittais pas tout simplement mon compagnon, mais[…] J’avais très, très peur de lui.À force, on en arrive à s’habituer, à accepter la chose comme un élément normal de sa vie, on s’adapte, on fait face, on cache son problème. »
[/Au Royaume-Uni, les services d’urgence reçoivent en moyenne un appel par minute concernant la violence dans la famille./]

De la naissance à la mort, en temps de paix comme en temps de guerre, les femmes sont confrontées à la discrimination et à la violence dont se rendent coupables l’État, l’entourage ou la famille.

L’action d’Amnesty International en 2006 s’est tout particulièrement axée sur la violence domestique.Amnesty International estime qu’un État ne fait pas le nécessaire pour protéger les femmes de la violence domestique s’il n’adopte pas de lois ou réglementations spécifiques ou n’applique pas les dispositifs législatifs existants, s’il ne dispense ni formation spécialisée ni soins médicaux, s’il ne crée ni lieux d’accueil ni autres services, s’il n’apporte pas son soutien aux centres ou services déjà créés. Si un État ne fait pas suffisamment d’efforts pour prévenir les violences contre les femmes, pour les sanctionner, pour enquêter à leur sujet, il devient alors, pour une part, responsable de ces actes.

Cette campagne, à laquelle Amnesty International a travaillé tout au long de l’année, s’inscrivait dans un mouvement mondial plus large visant à considérer la violence contre les femmes comme un problème de droits humains.En octobre, le secrétaire général des Nations unies a publié une étude approfondie sur toutes les formes de cette violence. Ce rapport appelait tous les États à concrétiser l’égalité entre les sexes, à mettre en conformité leurs lois et pratiques avec les normes internationales, à recueillir des données destinées à renforcer les orientations et la planification, ainsi qu’à allouer des ressources et des fonds adéquats. En novembre, Amnesty International s’est félicitée de la campagne engagée par le Conseil de l’Europe contre la violence domestique et a demandé à tous les États membres d’atteindre les objectifs de cette campagne : abolition des lois discriminatoires, renforcement des services d’assistance aux victimes, lutte contre les préjugés sociaux.

Amnesty International a demandé aux gouvernements d’appliquer son Programme en 14 points pour la prévention de la violence domestique, selon lequel les États doivent protéger l’intégrité physique et mentale des victimes. Ce programme prévoit que les politiques, pratiques et lois des États ne doivent pas entraîner de discrimination vis-à-vis des femmes. Il demande en outre aux gouvernements de travailler en consultation étroite avec les victimes, mais aussi avec les organisations ayant l’expérience de la lutte contre la violence domestique.

Le besoin de lieux sûrs pour les femmes victimes de violences a été un thème central des seize jours d’action organisés par Amnesty International autour de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes, le 25 novembre. Par le biais de 16 cas d’appel en ligne, l’organisation a exhorté les gouvernements à mettre en place et à financer des centres d’accueil pour les femmes qui fuient les violences au foyer. Certains États, notamment l’Arabie saoudite, n’offrent aucune forme de refuge ou d’assistance aux femmes victimes de violences domestiques. Dans d’autres pays, comme la Belgique ou la Mongolie, les aides officielles sont fragmentaires ou insuffisantes. Amnesty International a souligné les difficultés particulières des immigrées au Danemark, qui risquent de perdre leur droit de résidence si elles tentent de fuir une relation matrimoniale violente, et celles des Amérindiennes et des femmes autochtones de l’Alaska, aux États-Unis, qui n’ont pas accès à des lieux d’accueil offrant des formes d’assistance adaptées à leur culture.

En Albanie, au mois d’août, le directeur général de la police de sûreté a déclaré avoir ordonné à ses services d’appliquer les recommandations formulées par Amnesty International dans son rapport publié en mars et intitulé Albania : Violence against women in the family – “It’s not her shame” (EUR 11/002/2006, dont il existe une version abrégée en français sous le titre Albanie. Violence contre les femmes au sein de la famille. « La honte n’est par pour elle », EUR 11/005/2006). Amnesty International avait demandé que la police enquête avec sérieux sur les allégations de violences familiales, protège les plaignantes et les témoins, facilite le travail des organisations de femmes et sanctionne les agents ayant manifesté de la négligence ou de l’indifférence dans des affaires concernant ces violences.

Dans le rapport Sierra Leone :Women face human rights abuses in the informal legal sector (AFR 51/002/2006), publié en mai, Amnesty International a montré comment les pouvoirs exercés par les chefs traditionnels dans les tribunaux coutumiers pouvaient priver les femmes de leurs droits. Quand la police ne répond pas aux appels à l’aide, quand les tribunaux locaux n’exercent pas leur compétence, les femmes se trouvent souvent à la merci de lois coutumières discriminatoires.

Dans un rapport consacré à la Jamaïque et publié en juin (Sexual violence against women and girls in Jamaica : “Just a little sex”, AMR 38/002/2006), Amnesty International montrait que le niveau élevé et persistant des violences sexuelles résultait d’attitudes sociales et culturelles banalisant les crimes et entérinant les discriminations contre les femmes. Les lois jamaïcaines ne protègent pas les femmes en cas de viol conjugal, d’inceste ou de harcèlement sexuel. Devant les tribunaux, le témoignage des femmes se voit explicitement accorder moins de valeur que celui des hommes.

En septembre, Amnesty International a publié un rapport sur la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Papua New Guinea : Violence against women – not inevitable, never acceptable ! (ASA 34/002/2006). L’organisation y signalait que le risque de subir des violences sexuelles au foyer ou dans la collectivité rendait les déplacements plus difficiles pour les femmes, qu’il s’agisse de se rendre au marché ou au travail, et limitait également leurs possibilités d’accès aux services de santé et à l’éducation. Les policiers et autres responsables rencontrés par Amnesty International n’ont pas semblé comprendre clairement les obligations de l’État en matière de protection des femmes.

En octobre, Hamda Fahad Jassem al Thani a finalement pu retrouver son mari. Elle a remercié Amnesty International pour son aide. « Je vous prie de me soutenir, afin que cessent mes souffrances, et de m’aider à retourner auprès de mon mari, l’homme que j’ai choisi librement, en vertu du plus fondamental des droits que Dieu m’ait donnés, qui est inscrit dans les conventions internationales relatives aux droits humains », avait-t-elle demandé à l’organisation.Cette femme, qui appartient à la famille régnante du Qatar, avait été enlevée en Égypte par les services de sécurité et détenue dans un endroit secret à la suite d’un mariage conclu sans le consentement de la famille, en 2002.

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