Sénégal

RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL
CAPITALE : Dakar
SUPERFICIE : 196 720 km_
POPULATION : 10,1 millions
CHEF DE L’ÉTAT : Abdoulaye Wade
CHEF DU GOUVERNEMENT : Idrissa Seck
PEINE DE MORT : abolie en pratique
CONVENTION SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES : ratifiée
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES : ratifié

Malgré la poursuite des pourparlers sur l’application de l’accord de paix de 2001, la tension et l’insécurité sont demeurées fortes dans la région contestée de la Casamance. Plusieurs civils ont été arrêtés ou tués au cours d’opérations militaires. Toute l’année, les groupes armés d’opposition ont poursuivi leurs exactions contre les civils, en particulier contre les personnes portant des patronymes « non casamançais ». Plusieurs journalistes ont été passés à tabac ou expulsés, ce qui est apparu comme une tentative du régime pour réprimer la liberté d’expression. Les forces de sécurité ont continué de jouir de l’impunité.

Contexte

Au mois d’août 2003, le président Abdoulaye Wade a essayé de composer un gouvernement de coalition, avec des représentants de l’opposition, mais il n’y est pas parvenu. Il a donc gardé la plupart des ministres du cabinet sortant, dont le Premier ministre, Idrissa Seck. En novembre, après l’agression brutale du leader de l’opposition Talla Sylla, des milliers de gens ont défilé dans Dakar, la capitale, pour dénoncer la violence politique.
En Casamance, il y a eu des affrontements sporadiques entre les forces de sécurité et des éléments armés du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), groupe d’opposition revendiquant l’indépendance de la région, et cela, malgré les accords de paix signés en 2001 par le gouvernement et le MFDC. Au mois d’octobre, à la suite des assises tenues par le MFDC, le secrétaire général Jean-Marie Biagui a déclaré que la guerre était finie. Mais des membres des factions armées du MFDC avaient boycotté les assises, et les attaques menées par des éléments armés qui appartiendraient au MFDC se sont poursuivies.

Arrestations et homicides de civils par l’armée

Au mois de janvier, l’armée a lancé plusieurs opérations de « ratissage » contre le MFDC dans la région de Ziguinchor, capitale économique de la Casamance. Les soldats ont arrêté une dizaine de femmes soupçonnées d’avoir prêté assistance au MFDC dans la région de Nyassia. Toutes auraient été libérées au bout de quelques jours. D’autres civils soupçonnés d’appartenir au MFDC ont été torturés avant d’être remis en liberté.
Au mois de février, Sidi Diédhiou a été tué par des militaires. Ce fermier avait été arrêté alors qu’il était aux champs et emmené dans un camp militaire voisin : apparemment, on lui reprochait de rester dehors tard la nuit. Sidi Diédhiou aurait été abattu d’une balle dans le dos, en présence d’un autre détenu. Les soldats ont affirmé qu’il avait essayé de prendre la fuite.

Exactions commises par le MFDC

Des membres supposés de l’une des branches armées du MFDC ont mené plusieurs attaques contre des civils. Dans la majeure partie des cas, ils ont agressé des gens sur les routes de la Casamance pour les voler. Des civils sans armes ont été roués de coups, et certains ont même été abattus après avoir, semble-t-il, révélé leur patronyme « non casamançais ».
_En août, des hommes armés, membres présumés du MFDC, ont intercepté six véhicules près de Diegoune. Après avoir dépouillé les voyageurs, les assaillants ont cherché à vérifier leur identité, tuant deux personnes qui n’avaient pas un nom casamançais, Serigne Sarr et Saliou Diop. Un troisième voyageur, Aliou Mboup, a été gravement blessé.

Menaces contre la liberté d’expression

Les actes de harcèlement et d’intimidation visant des journalistes se sont poursuivis.
Au mois de mars, Fanta Badji et Mame Cira Konate, deux journalistes de Radio Manore FM (une radio qui s’adresse essentiellement aux femmes), ont été agressées par les unités antiémeutes du Groupement mobile d’intervention (GMI). Les deux femmes faisaient un reportage sur une opération de police concernant l’expulsion de squatters à Dakar.
_En octobre, Sophie Malibeaux, correspondante de Radio France Internationale, a été arrêtée et expulsée du pays. Elle a été appréhendée en Casamance, où elle couvrait une réunion du MFDC à Ziguinchor. Les policiers l’ont ramenée à Dakar pour l’interroger avant de l’expulser pour couverture « tendancieuse » des pourparlers politiques en Casamance.

Impunité

Les conséquences pour les femmes de Casamance
En dépit de l’engagement formel des autorités d’enquêter sur les violences du passé, aucune recherche n’a été entreprise sur les violations massives commises par les forces de sécurité en Casamance au cours de la dernière décennie. Entre cette impunité persistante et l’absence d’indemnisation, des dizaines de femmes dont les maris ont « disparu » après leur arrestation par les forces de sécurité ou leur enlèvement par des membres présumés du MFDC se sont trouvées confrontées à la fois à l’incertitude quant au sort de leur époux et à de grandes difficultés économiques. À Dakar, au mois de décembre, Amnesty International a publié un document et lancé une campagne sur le sort de ces femmes et de leur famille, demandant que justice leur soit rendue et qu’elles puissent obtenir réparation.
La vie de Khady Bassène est devenue encore plus difficile lorsque son mari a « disparu », en août 1999, après avoir été arrêté par les forces de sécurité en Casamance. Faute de reconnaissance officielle de la « disparition » de son époux, elle n’a pas pu obtenir le certificat de décès qui lui aurait permis de toucher une pension de réversion.
Les responsables présumés de violations ne sont pas traduits en justice
L’appareil judiciaire a continué à se montrer impuissant à traduire en justice les auteurs présumés de violations des droits humains.
En septembre, un auxiliaire de police arrêté en octobre 2001 dans le cadre de l’enquête sur la mort de Balla Gaye (un étudiant abattu en janvier 2001 lors d’affrontements avec les forces de l’ordre) a été acquitté par un tribunal militaire, alors même que le procureur de la République avait reconnu que l’instruction de l’affaire n’était pas terminée.
Hissène Habré
L’abrogation, en juillet, d’une loi belge autorisant la poursuite des dirigeants étrangers pour crimes de guerre n’a eu aucune incidence sur la plainte en cours en Belgique contre l’ancien président tchadien Hissène Habré, qui réside au Sénégal. En 2001, le président Wade s’était déclaré prêt à remettre l’ancien chef d’État à un pays tiers où il serait jugé pour violations flagrantes des droits humains.

Extradition

En juillet, le lieutenant Didi Ould M’Hamed, un militaire mauritanien qui s’était réfugié au Sénégal parce qu’il était soupçonné d’avoir participé à une tentative de coup d’État en Mauritanie, a été remis aux autorités de son pays d’origine. Cette extradition, recommandée par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Dakar et approuvée par le président Wade, constituait une violation des obligations internationales du Sénégal en matière de droits humains, qui interdisent toute extradition vers un pays où la personne concernée risque d’être victime d’actes de torture ou d’autres violations graves de ses droits fondamentaux.

Visites d’Amnesty International

Des délégués de l’organisation se sont rendus au Sénégal au mois de décembre 2003 pour y rencontrer des représentants des autorités et enquêter sur la situation des droits humains.

Autres documents d’Amnesty International

Sénégal. Paroles de femmes casamançaises (AFR 49/002/2003).

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