Bangladesh

RÉPUBLIQUE POPULAIRE DU BANGLADESH
CAPITALE : Dacca
SUPERFICIE : 143 998 km_
POPULATION : 146,7 millions
CHEF DE L’ÉTAT : Iajuddin Ahmed
CHEF DU GOUVERNEMENT : Khaleda Zia
PEINE DE MORT : maintenue
CONVENTION SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES : ratifiée avec réserves
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES : ratifié

La torture demeurait une pratique répandue. Au moins 13 hommes sont morts en garde à vue. La police a fait une utilisation injustifiée ou disproportionnée de la force contre des manifestants, blessant des centaines de personnes, dans certains cas grièvement. Plus de 130 condamnations à mort ont été prononcées et deux hommes ont été exécutés. Comme les années précédentes, les défenseurs des droits humains ont été victimes de harcèlement. De nombreux cas de viol, entre autres agressions sexuelles contre des femmes, ont été signalés.

Contexte
Des dizaines de personnes ont trouvé la mort à la suite d’actes de violence perpétrés au cours du premier trimestre de l’année, pendant les élections locales ou après celles-ci. Plusieurs responsables politiques de l’opposition ont été assassinés. Cette année encore, la corruption et la mauvaise gestion des affaires publiques ont été les principaux obstacles à la prospérité économique. Le gouvernement aurait exercé des pressions sur des juges pour qu’ils abandonnent les poursuites engagées contre des sympathisants du Bangladesh Nationalist Party (BNP, Parti nationaliste du Bangladesh), la formation au pouvoir. Les membres de l’Awami League (AL, Ligue Awami), le principal parti d’opposition, ont boycotté la plupart des séances du Parlement.

Torture
Le gouvernement n’a pas veillé à l’application des garanties contre la torture. Parmi les victimes de sévices figuraient des suspects de droit commun, des enfants et des personnes détenues pour des motifs politiques. Au moins 13 personnes sont mortes en garde à vue. La police a nié qu’elles avaient succombé à la torture.
_Enamul Haque Chowdhury, un journaliste de renom qui avait été placé en garde à vue, a déclaré, le 5 janvier, que les policiers l’avaient battu et menacé de mort avec une arme à feu, et qu’ils lui avaient administré des décharges électriques. Arrêté le 13 décembre 2002, il était accusé d’avoir déformé les propos du ministre de l’Intérieur dans une dépêche. Aucune enquête officielle n’a été ouverte sur ses allégations de torture.
Abdul Gaffar, un ouvrier journalier originaire du village d’Ekbarpur, non loin de Mougachhi (district de Rajshahi), est mort en garde à vue le 6 mai. Les policiers auraient frappé cet homme de quarante-cinq ans à coups de bâton et de crosse de fusil pour le forcer à révéler l’endroit où se trouvait un suspect. Une commission formée de trois fonctionnaires de police a été désignée à la suite des protestations des villageois, mais aucun des policiers mis en cause n’a été jugé responsable de la mort d’Abdul Gaffar.

Brutalités policières
Comme les années précédentes, la police a fait une utilisation excessive de la force pour disperser des manifestations organisées par l’opposition ou par es syndicats. Des centaines de personnes ont été blessées, dans certains cas grièvement. À la connaissance ’Amnesty International, aucun policier n’a été traduit en justice pour ces agissements.
_Le 10 octobre, des policiers ont brutalisé des infirmiers sans emploi et des élèves de 38 écoles d’infirmiers qui protestaient contre le changement de leurs conditions de recrutement. Les policiers ont frappé les manifestants qui tentaient de pénétrer dans les locaux de la Direction des services infirmiers. Plus de 50 personnes, des femmes pour la plupart, auraient été blessées ; 23 ont été hospitalisées, dont trois étaient dans un état grave.

Peine de mort
Plus de 130 personnes ont été condamnées à mort. La plupart des sentences capitales ont été prononcées par des tribunaux appliquant la procédure accélérée prévue par la Loi sur les jugements rapides. Ces juridictions disposaient ainsi de cent trente-cinq jours au total pour rendre un jugement, à partir du moment où une affaire leur était transmise. Le risque que les accusés soient déclarés coupables sur la base d’éléments peu fiables était grand. Deux hommes ont été pendus le 10 juillet.

Détention arbitraire
Des prisonniers politiques éminents ont été remis en liberté en janvier sur ordre de la Haute Cour et à la suite d’appels lancés sur le plan international. Parmi eux figuraient Shahriar Kabir, le professeur Muntasir Mamun et Saleem Samad, tous trois militants des droits humains, ainsi que Bahauddin Nasim, Saber Hossain Chowdhury et Tofael Ahmed, des dirigeants de la Ligue Awami. Ils ont toutefois continué à être en butte à des actes de harcèlement et restaient sous la menace d’une nouvelle arrestation.
Au mois de juin, des mandats d’arrêt ont été décernés contre Mahfuz Anam, rédacteur en chef et directeur de la publication du quotidien Daily Star, Matiur Rahman, rédacteur en chef du quotidien Prothom Alo et Abdul Jalil, secrétaire général de la Ligue Awami. Cette mesure est intervenue après la publication d’une lettre dans laquelle Abdul Jalil critiquait la désignation d’un haut fonctionnaire à un poste important dans une organisation internationale. L’intéressé a déposé une plainte pour diffamation. Les trois hommes n’ont pas été appréhendés, mais les mandats d’arrêt n’avaient pas été levés fin 2003.

Violence contre les femmes
De nombreuses informations ont fait état de viols, notamment de jeunes enfants. On signalait régulièrement des cas de femmes battues par leur mari, souvent lorsqu’une demande de dot n’avait pas été satisfaite ; certaines sont mortes. De très nombreuses femmes ont été victimes d’agressions à l’acide, généralement imputables à des prétendants éconduits ou à des personnes qui voulaient régler des comptes avec la famille de la victime. Quelque 20 000 femmes et enfants auraient été la proie du trafic d’êtres humains et emmenés à l’étranger, dans la plupart des cas après avoir été enlevés dans des zones rurales.
Les organisations de défense des droits des femmes ont imputé le taux très faible de condamnations pour des actes de violence contre les femmes à l’absence d’institutions publiques de soutien aux victimes et au manque de policiers ayant reçu la formation nécessaire pour enquêter sur ces affaires.
_Le 26 août, neuf femmes appartenant à des groupes tribaux des Chittagong Hill Tracts auraient été victimes d’agressions sexuelles commises par des colons bengalis qui ont attaqué des villages de la tribu Jumma et incendié plusieurs centaines d’habitations. L’une d’entre elles aurait subi un viol collectif. La connivence de l’armée semblait probable. Les membres des tribus ont tenté de déposer une plainte à la suite de ces attaques, mais en vain ; en revanche, la police a enregistré une plainte de colons bengalis contre 4 000 membres des tribus qu’ils accusaient de les avoir attaqués.

Violences contre les hindous
Le 19 novembre vers minuit, dans le sous-district de Banskhali, non loin de Chittagong, 11 membres d’une famille hindoue ont été brûlés vifs à la suite d’une attaque apparemment préméditée. Le gouvernement a qualifié cet incendie volontaire d’acte de banditisme, mais les éléments recueillis laissaient à penser que la famille a été prise pour cible en raison de son appartenance à la communauté hindoue. La police a engagé une procédure, mais aucune enquête indépendante n’a été lancée, malgré les demandes répétées de groupes issus de la société civile.

Violences contre les ahmadis
À partir du mois d’octobre, des groupes islamistes ont multiplié les déclarations haineuses à l’égard des membres de la communauté ahmadiyya. Ils ont manifesté devant les lieux de culte ahmadis à Dhaka et dans d’autres régions du pays en demandant au gouvernement de déclarer cette communauté non musulmane. Les autorités ont affecté des membres des forces de sécurité à la protection des ahmadis, mais n’ont pris aucune mesure contre les personnes qui tenaient des propos haineux.
_Le 31 octobre, Shah Alam, imam de la mosquée ahmadie du village de Raghanathpur Bank, dans le district de Jessore, a été battu à mort en présence de ses proches. Environ 90 hommes menés par un dirigeant islamiste local l’ont attaqué car il refusait de renier ses convictions ahmadies. Aucune inculpation n’a été prononcée pour ce meurtre, alors que l’identité des agresseurs était connue.

Impunité
Les fonctionnaires et les militaires impliqués dans les violations des droits humains commises entre le 17 octobre 2002 et le 9 janvier 2003 dans le cadre de la campagne de lutte contre la criminalité appelée opération Cœur pur ont été exemptés de poursuites. Durant cette période, au moins 40 hommes détenus par l’armée sont morts, en raison, semble-t-il, des tortures qui leur auraient été infligées.

Visites d’Amnesty International
Des délégués d’Amnesty International se sont rendus au Bangladesh en novembre et en décembre pour y effectuer des recherches.

Autres documents d’Amnesty International

Bangladesh : Urgent need for legal and other reforms to protect human rights (ASA 13/012/2003).
Bangladesh. Le harcèlement des directeurs de publication doit cesser (ASA 13/015/2003).

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse