Corée du Nord

RÉPUBLIQUE POPULAIRE DÉMOCRATIQUE DE CORÉE
CAPITALE : Pyongyang
SUPERFICIE : 120 538 km_
POPULATION : 22,7 millions
CHEF DE L’ÉTAT : Kim Jong-il
CHEF DU GOUVERNEMENT : Hong Song-nam, remplacé par Pak Pong-ju le 3 septembre
PEINE DE MORT : maintenue
CONVENTION SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES : ratifiée
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES : non signé

Le pays était toujours en proie à une pénurie alimentaire endémique. Plus de 40 p. cent des enfants souffraient de malnutrition chronique. Le potentiel nucléaire de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) demeurait une préoccupation majeure au niveau international. Le gouvernement nord-coréen a continué de bafouer les droits fondamentaux de la population, refusant notamment toute liberté de circulation et d’expression. Des centaines de personnes ont fui vers la Chine et celles qui ont été renvoyées de force ont, dans bien des cas, été arrêtées, soumises à des interrogatoires prolongés et incarcérées dans des conditions très médiocres. Aucun observateur indépendant des droits humains n’a été autorisé à se rendre dans le pays.

Contexte
Pour la première fois depuis sa création, la Commission des droits de l’homme des Nations unies a adopté, en avril, une résolution sur la Corée du Nord. Elle s’est notamment déclarée « profondément préoccupée par les violations systématiques, massives et graves des droits de l’homme » dans ce pays. En novembre, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies a soulevé un certain nombre d’interrogations concernant les mesures prises pour faire face à la pénurie alimentaire, pour mettre en place des mécanismes de discrimination positive en faveur des femmes, pour garantir les droits syndicaux (notamment le droit de grève) et pour mettre un terme à la pratique du travail forcé.
Le potentiel nucléaire de la Corée du Nord a continué de peser lourdement sur ses relations avec les pays voisins et avec les États-Unis, même si une certaine volonté de parvenir à une solution diplomatique semble s’être manifestée vers la fin de l’année. En janvier, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a adopté une résolution dans laquelle elle exigeait que la Corée du Nord autorise le retour des inspecteurs des Nations unies, expulsés en décembre 2002, et abandonne son programme secret d’armement nucléaire. Des essais de missiles ont été effectués en février, mars et octobre. En février, l’AIEA, estimant que la Corée du Nord ne respectait pas le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), a saisi le Conseil de sécurité des Nations unies. Ce dernier s’est déclaré préoccupé, en avril, par le programme nucléaire nord-coréen, sans toutefois aller jusqu’à condamner le pays pour s’être retiré de l’AIEA. La Korean Peninsula Energy Development Organization (KEDO, Organisation pour le développement énergétique de la péninsule coréenne), consortium contrôlé par des intérêts américains et chargé de la construction de centrales nucléaires en Corée du Nord, a annoncé en novembre qu’elle suspendait ses activités pour une durée d’un an ; elle a indiqué que le pays n’avait pas respecté les conditions nécessaires à la poursuite du projet.
Au mois d’avril, des pourparlers entre les États-Unis et la Corée du Nord ont eu lieu à Pékin (Chine). Ils ont pris fin vingt-quatre heures plus tôt que prévu, lorsque la délégation nord-coréenne a reconnu que son pays possédait des armes atomiques. La Corée du Nord a participé en août, également à Pékin, à des discussions réunissant six pays et portant sur son programme nucléaire. Aucune décision concrète n’aurait été prise à cette occasion, mais les délégués ont décidé d’un commun accord de se revoir. Au mois de novembre, la Corée du Nord a annoncé qu’elle était prête à abandonner son programme nucléaire, à condition que les États-Unis renoncent à leur « politique hostile ». Le gouvernement a accepté d’examiner la proposition du président George W. Bush, aux termes de laquelle les États-Unis s’engageaient par écrit à garantir la sécurité de la Corée du Nord.
La Chine a continué d’apporter une assistance au pays, empêtré dans une crise économique généralisée. Elle lui aurait fourni un million de tonnes de fuel et 150 000 à 200 000 tonnes de nourriture. Elle aurait interrompu les livraisons de fuel pendant quelques jours au début de l’année 2003, après le retrait de la Corée du Nord de l’AIEA et ses essais de missiles. La Corée du Sud a également fourni d’importantes quantités de denrées alimentaires. Cette année encore, des familles séparées par la partition entre le Nord et le Sud ont pu se retrouver.
Les relations avec le Japon sont restées tendues. Les observateurs ont attribué cette situation notamment aux enlèvements de Japonais par des agents du gouvernement nord-coréen, dans les années 70 et 80, ainsi qu’aux informations selon lesquelles la Corée du Nord aurait réalisé son programme nucléaire en grande partie grâce à des produits importés du Japon. Les pourparlers sur la normalisation, qui avaient été envisagés en 2002, n’ont pas eu lieu, et les autorités nord-coréennes ont demandé que le Japon ne participe pas aux discussions du groupe des six organisées à Pékin.

Faim et malnutrition
Selon un rapport de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM) paru en octobre 2003, bien que les récoltes aient été meilleures, la Corée du Nord devrait connaître une nouvelle pénurie alimentaire substantielle en 2004. Dans ce rapport, les deux organisations des Nations unies estimaient qu’une combinaison de plusieurs facteurs, à savoir une production nationale insuffisante, un régime alimentaire pauvre et inadéquat pour la plus grande partie de la population, des disparités croissantes quant à l’accès à la nourriture et la baisse du pouvoir d’achat de nombreux ménages, signifiait que quelque 6,5 millions de Nord-Coréens vulnérables (sur une population totale de 23 millions) dépendraient pour leur survie de l’aide alimentaire internationale. La situation demeurait extrêmement précaire pour les jeunes enfants, les femmes enceintes, les mères allaitant leur enfant et les personnes âgées.
Le processus d’ajustement économique initié en juillet 2002 s’est traduit par une nouvelle détérioration du pouvoir d’achat, déjà trop faible, de nombreux ménages dans les zones urbaines. Les rations alimentaires distribuées par les services publics, qui constituaient la base de l’alimentation de plus de 60 p. cent de la population urbaine, devaient encore diminuer, passant de 319 grammes par jour et par personne en 2003, ce qui était déjà insuffisant, à 300 grammes en 2004. Au cours de l’année 2003, les ouvriers et les personnes âgées consacraient, semble-t-il, plus de la moitié de leurs revenus uniquement à l’achat de ces rations alimentaires.
Le 19 novembre, un certain nombre d’agences spécialisées de l’ONU et d’organisations non gouvernementales ont lancé un nouvel appel en faveur d’un renforcement de l’aide à la Corée du Nord, en proie, selon elles, à une situation de crise durable en raison de la faible mobilisation de la communauté internationale. Ce groupe d’une quinzaine d’organisations estimait à plus de 185 millions d’euros les besoins en nourriture, en eau, en services de santé et en éducation. Les organismes d’aide ont expliqué qu’ils avaient sollicité une aide globale de plus de 187 millions d’euros en 2003, mais qu’ils avaient reçu des engagements couvrant seulement 57 p. cent de cette somme. Certains pays auraient en effet interrompu toute aide à la Corée du Nord, leurs relations avec ce pays s’étant détériorées du fait de son programme d’armement nucléaire.
Le PAM a annoncé en octobre qu’il allait devoir interrompre la distribution de rations alimentaires à 680 000 personnes, à partir de novembre, faute de moyens financiers suffisants. Les autorités nord-coréennes continuaient d’interdire aux organisations humanitaires l’accès à près de 15 p. cent du territoire national. Les pouvoirs publics s’opposant à tout contrôle de la destination finale de l’aide alimentaire, il était impossible d’enquêter sur les rumeurs selon lesquelles cette aide était détournée et aboutissait sur le marché noir ou dans les réserves de l’armée.

Fermeture des frontières
Il était toujours aussi difficile de se rendre en Corée du Nord. Le refus des pouvoirs publics d’autoriser la venue d’observateurs indépendants des droits humains (de représentants d’Amnesty International, notamment) ou d’autres experts indépendants, y compris des rapporteurs spéciaux et des spécialistes thématiques des Nations unies, compliquait sérieusement tout travail d’évaluation de la situation en la matière.
Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a notamment déploré le manque d’impartialité et d’indépendance de la justice, le non-respect des droits des femmes et l’absence de toute législation nationale visant à combattre la discrimination et la violence domestique. Il s’est également inquiété de la répression qui frappait, à leur retour, les personnes qui avaient tenté de fuir à l’étranger, et des conséquences particulièrement graves de la famine pour certaines catégories de la société. Le Comité a formulé un certain nombre de recommandations à l’intention du gouvernement nord-coréen, lui demandant notamment de réviser la législation nationale afin de donner pleinement effet au principe de non-discrimination à l’égard des femmes et d’adopter des mesures spécifiques visant à promouvoir les droits de celles-ci. Il recommandait en outre la suppression des peines infligées aux personnes parties à l’étranger et un réexamen de la législation afin de garantir les droits syndicaux, y compris le droit de former un syndicat indépendant et le droit de grève. Il demandait enfin que le gouvernement nord-coréen assure aux groupes les plus vulnérables l’accès, dans des conditions d’égalité, à l’aide alimentaire internationale et leur accorde une priorité dans le cadre des programmes alimentaires.

Liberté d’expression et droit de circuler librement
Aucune opposition politique n’était tolérée. Toute personne exprimant une opinion contraire à la ligne du Parti des travailleurs coréens (PTC), au pouvoir, s’exposait apparemment à de sévères sanctions. Bien souvent, la répression frappait également les membres de la famille. La presse nord-coréenne faisait toujours l’objet d’une censure draconienne et l’accès aux ondes internationales était étroitement contrôlé. Bien que garantie par la Constitution, la liberté de religion était très limitée dans la pratique. Selon certaines informations, les activités religieuses, aussi bien publiques que privées, étaient sévèrement réprimées. Certains pratiquants auraient été incarcérés, torturés, voire exécutés. De nombreux chrétiens étaient, semble-t-il, internés dans des camps de travail, où ils subissaient des actes de torture et des privations en raison de leurs croyances religieuses. Les déplacements à l’intérieur du pays auraient été soumis à de sévères restrictions. Tout Nord-Coréen quittant le territoire national sans autorisation s’exposait à des sanctions, même si son départ avait été motivé par la nécessité de se procurer de la nourriture.

Demandeurs d’asile renvoyés de Chine

Cette année encore, des centaines de Nord-Coréens ont passé la frontière pour gagner la Chine voisine. Au mois d’octobre, le consulat de la Corée du Sud à Pékin aurait été occupé par quelque 300 Nord-Coréens en quête d’asile. Nombre d’entre eux ont été autorisés à quitter la Chine pour la Corée du Sud, en passant par un pays tiers.
Des milliers de Nord-Coréens auraient été interpellés en Chine et renvoyés de force dans leur pays. Selon certaines sources, beaucoup ont été placés en détention prolongée à leur retour, soumis à des interrogatoires et torturés. Certains auraient été envoyés en prison ou dans des camps de travail, où les conditions de détention étaient cruelles, inhumaines ou dégradantes.

Exécutions
De nouvelles exécutions en public ont été signalées. Les condamnés à mort étaient pendus ou fusillés par un peloton d’exécution. Dans une résolution sur la Corée du Nord adoptée en avril, la Commission des droits de l’homme des Nations unies déplorait les exécutions publiques et l’application de la peine capitale pour des motifs politiques. Les informations disponibles semblaient indiquer une certaine diminution du nombre des exécutions publiques. On pouvait cependant craindre que des exécutions extrajudiciaires ou secrètes n’aient eu lieu dans des centres de détention.

Violence contre les femmes
Selon certaines informations, les femmes détenues étaient soumises à des traitements dégradants. Les Nord-Coréennes arrêtées après avoir été renvoyées de force de Chine auraient, par exemple, été obligées de se déshabiller complètement et de se prêter à des fouilles à corps poussées. Des femmes ont affirmé avoir été humiliées par des surveillants du sexe masculin alors qu’elles se trouvaient en détention provisoire, et avoir subi des attouchements. Des femmes qui tentaient de dénoncer ces agissements auraient été battues. Toutes les détenues, y compris les femmes enceintes ou âgées, étaient contraintes de travailler du petit matin jusqu’à tard le soir, dans les champs ou dans des usines pénitentiaires. Les besoins les plus essentiels des femmes n’étaient pas pris en compte dans les prisons. Selon certaines informations, qui n’ont pas été confirmées, des femmes enceintes renvoyées de force auraient été obligées de se faire avorter à leur retour de Chine.

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse