Angola

République d’Angola
CAPITALE : Luanda
SUPERFICIE : 1 246 700 km²
POPULATION : 14,1 millions
CHEF DE L’ÉTAT : José Eduardo dos Santos
CHEF DU GOUVERNEMENT : Fernando da Piedade Dias dos Santos
PEINE DE MORT : abolie
COUR PÉNALE INTERNATIONALE : Statut de Rome signé
CONVENTION SUR LES FEMMES : ratifiée
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR LES FEMMES : non signé

Des personnes qui s’étaient réfugiées dans des pays voisins ont continué de rentrer en Angola. Dans les zones rurales dévastées par la guerre, le fonctionnement des services, notamment judiciaires et sociaux, restait déficient. Des violences à caractère politique ont été signalées et des manifestations pacifiques ont été interdites. Dans l’enclave de Cabinda et dans les zones diamantifères, des soldats et des policiers ont continué de bafouer les droits humains. De nombreux cas d’atteintes graves à ces droits perpétrées par la police ont également été signalés dans d’autres régions. Au moins 500 familles ont été expulsées de chez elles.

Contexte

Le gouvernement d’unité nationale, qui comprenait des représentants de l’União Nacional para a Independência Total de Angola (UNITA, Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola), l’ancienne opposition armée, a continué à faire baisser l’inflation et a annoncé son intention de lutter contre la pauvreté. Plus d’un million de personnes demeuraient tributaires de l’aide alimentaire.
La coopération de l’État angolais avec les Nations unies pour l’élaboration d’un programme national d’action relatif aux droits humains a débuté au mois de janvier ; ce travail conjoint se poursuivait à la fin de l’année. La presse indépendante était en plein développement à Luanda, mais dans le reste du pays la radio d’État conservait le quasi-monopole de l’information. Hina Jilani, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, s’est rendue en Angola en août. Elle a déclaré que les droits humains étaient mieux respectés, mais a vivement engagé les pouvoirs publics à reconstruire l’appareil judiciaire et à faire preuve de plus d’ouverture vis-à-vis de la société civile.

Retour des réfugiés

Plus de 90 000 réfugiés qui se trouvaient dans des pays voisins ont été rapatriés dans le cadre d’un programme ou sont rentrés de leur propre initiative. Les carences des structures mises en place par le gouvernement dans les zones d’accueil, l’absence d’écoles et de dispensaires et l’insuffisance des moyens financiers pour l’achat de nourriture, de semences et d’outils ont rendu leur réinstallation difficile. En raison des déficiences du système de délivrance des papiers d’identité, de nombreux réfugiés rentrés au pays ne pouvaient bénéficier des services sociaux et risquaient particulièrement de se voir extorquer de l’argent ou de subir des mauvais traitements lors de contrôles d’identité effectués par des policiers ou des soldats.

Violences politiques

L’UNITA a fait savoir que certains des membres du Movimento Popular de Libertação de Angola (MPLA, Mouvement populaire de libération de l’Angola), au pouvoir, avaient attaqué des militants et des bureaux du parti en divers lieux.
Au mois de juillet, après la tentative de l’UNITA d’ouvrir des bureaux à Cazombo, dans la province de Moxico, une foule en colère a incendié et pillé environ 80 maisons qui appartenaient à des partisans de l’UNITA et à d’autres personnes ne parlant pas la langue pratiquée dans la région. Une dizaine de personnes ont également été blessées au cours de ces violences, qui auraient été encouragées par les autorités municipales. D’après les informations reçues, des policiers sans armes ont été envoyés sur place, mais n’ont rien fait pour mettre fin aux violences.

Cabinda

Le gouvernement a déclaré que les combats avaient cessé à Cabinda, l’enclave angolaise située entre le Congo et la République démocratique du Congo (RDC). Toutefois, des informations indiquaient qu’une force de répression estimée à 30 000 soldats gouvernementaux était maintenue dans cette zone, arrêtant et attaquant les partisans présumés du Frente de Libertação do Enclave de Cabinda (FLEC, Front de libération de l’enclave de Cabinda), se livrant aux pillages de biens et de cultures et forçant les villageois à fuir vers d’autres régions.
Des militants des droits humains ont signalé que des soldats basés à Nkuto, dans la municipalité de Buco Zau, ont arrêté de nombreuses personnes soupçonnées de soutenir le FLEC. En janvier, plus de 60 femmes auraient été placées en détention pendant une courte période après avoir été accusées d’apporter de la nourriture aux membres du FLEC. Certaines ont été frappées. Appréhendé au mois de mai en compagnie d’autres personnes, Mateus Bulo, un homme âgé de soixante-six ans, a fait l’objet d’un simulacre d’exécution. Lui et sa fille ont ensuite été roués de coups de bâton avant d’être autorisés à retourner travailler dans les champs.
Les membres de Mpalabanda, une organisation de la société civile, ont réuni des milliers de signatures sur une pétition en faveur de la paix qui a été remise aux autorités de la ville de Cabinda en juillet. Au mois d’août, les deux factions armées du FLEC, le FLEC Renovada (FLEC-Rénové) et le FLEC-Forças Armadas de Cabinda (FLEC-FAC, Forces armées de Cabinda), ont annoncé qu’elles avaient fusionné sous l’appellation FLEC et étaient prêtes à entamer des pourparlers de paix avec le gouvernement.

Police

Dans le cadre d’un plan de modernisation et de développement portant sur la période 2003-2007, des programmes de formation ont été mis sur pied et des efforts ont été entrepris pour améliorer les relations entre la population et la police. Néanmoins, de nombreux cas de violation des droits humains imputables à des policiers ont été signalés. Bien que de hauts responsables aient admis la réalité des violences, il semble que, dans bien des cas, aucune mesure disciplinaire n’ait été prise ni aucune action judiciaire entamée.
Manuel do Rosario, Laurindo de Oliveira et Antonio Francisco auraient « disparu », en avril, après avoir été arrêtés à Luanda en possession d’une voiture volée. Alors qu’ils étaient à leur recherche, leurs proches ont vu ce véhicule garé devant un poste de police. En mai, les corps des trois hommes ont été retrouvés dans un cimetière clandestin de Cazenga, dans la banlieue de Luanda. Après les avoir exhumés, la police a ouvert une enquête, dont les résultats n’étaient pas connus à la fin 2004.
La police aurait fait un usage excessif de la force pour réprimer des manifestations, violentes ou non.
D’après des sources officielles, au moins trois personnes ont trouvé la mort, en février, lors d’une violente manifestation concernant la desserte en électricité de Cafunfo, une ville du nord de l’Angola où se trouvent des mines de diamants. De source non officielle, la police aurait tiré dans la foule au hasard, faisant plus de 10 morts, dont deux adolescentes et un garçon de douze ans, David Alexandre Carlos, et une vingtaine de blessés. Dix-sept manifestants ont été arrêtés et accusés de désobéissance envers l’autorité publique, un délit passible de sept mois d’emprisonnement. Leurs demandes de remise en liberté sous caution ont été rejetées. Ouvert en juillet, leur procès a ensuite été suspendu ; il n’était toujours pas terminé à la fin de l’année. L’un des prévenus, un adolescent de quinze ans, a été incarcéré avec des détenus adultes durant plusieurs mois avant d’être transféré dans une cellule séparée. Les informations faisant état d’un recours excessif à la force de la part de la police ne semblaient avoir donné lieu à aucune enquête.
Les responsables de la police se sont déclarés préoccupés par certaines atteintes aux droits humains, notamment après la mort par asphyxie de cinq personnes détenues dans une cellule surpeuplée d’un poste de police à Capenda-Camulemba, dans le nord du pays, en décembre. Des policiers ont abattu deux personnes qui participaient à un rassemblement organisé devant un poste de police. Une enquête a été ouverte.
Au mois d’octobre, la police paramilitaire a dispersé une manifestation pacifique organisée par le Partido do Apoio Democrático e Progresso de Angola (PADEPA, Parti pour le soutien et le progrès de la démocratie en Angola) pour réclamer que les recettes tirées de l’exploitation du pétrole soient rendues publiques. En novembre, la police a dispersé un autre rassemblement pacifique et interpellé des dizaines de manifestants, qui ont été rapidement relâchés. Sept d’entre eux ont été placés en détention au poste de police, où ils auraient été passés à tabac parce qu’ils refusaient de signer des « aveux ». Accusés de rébellion envers l’autorité publique, ils ont été jugés et acquittés.
En décembre 2003 et janvier 2004, des policiers paramilitaires et des soldats auraient bafoué les droits fondamentaux de centaines de personnes pendant la première phase d’une opération destinée à expulser des étrangers arrivés dans des zones diamantifères angolaises après la fin de la guerre. Des victimes auraient été maintenues en détention dans des conditions très éprouvantes pendant trois mois consécutifs. Nombre d’entre elles se sont plaintes d’avoir subi des vols, des passages à tabac et des investigations corporelles internes conduites de manière humiliante et sans aucune précaution d’hygiène. Certaines femmes auraient été violées. En février, le ministre de l’Intérieur a reconnu que des exactions avaient été commises lors de cette opération. D’après la police, plus de 300 000 étrangers avaient été expulsés en septembre 2004.
La police a affirmé que l’Organização da Defesa Civil (ODC, Organisation de défense civile), créée pendant la guerre, avait été dissoute. Pourtant, des informations précises indiquaient que des cellules de l’ODC étaient encore opérationnelles, qu’elles bénéficiaient parfois de l’aide de la police et que des exactions étaient imputées à certains de leurs membres.

Possibilité de se procurer des armes

Dans un pays marqué par un chômage endémique et où il était facile de se procurer des armes, le niveau de criminalité demeurait élevé. Le nombre de civils détenant une arme à feu illégalement était estimé à un million. En juillet, une commission nationale a été instituée pour prévenir le trafic d’armes légères et de petit calibre. Des organisations non gouvernementales (ONG) et des Églises ont encouragé les détenteurs de ces armes à les remettre à la police qui, en collaboration avec l’armée, en a saisi des milliers.

Droits économiques, sociaux et culturels

Les autorités de la province de Luanda projetaient de fermer les marchés insalubres qui s’étaient organisés spontanément près du centre de la capitale pour en installer de nouveaux ailleurs, principalement dans la grande banlieue, menaçant ainsi la survie économique de nombreuses personnes. Les commerçants ont protesté après la fermeture du marché d’Estalagem, en mars, une mesure qui aurait été adoptée sans consultation préalable et sans qu’un autre emplacement ait été trouvé. Face à la violence de certains manifestants, la police aurait eu une réaction excessive et aurait tué trois personnes.
Une loi sur le développement urbain et une loi foncière ont été adoptées par l’Assemblée nationale, respectivement en mars et en août. Durant l’élaboration des projets de loi, des ONG avaient présenté des recommandations détaillées ; elles se sont dites préoccupées par le fait que la nouvelle législation ne garantissait pas un droit d’occupation suffisant aux populations défavorisées installées en zone urbaine dans des logements précaires ou dans des zones collectives traditionnelles.
Au moins 500 familles vivant dans des zones concernées par l’aménagement urbain à Luanda ont été expulsées de chez elles sans avoir été consultées de manière appropriée ni convenablement indemnisées. Des centaines d’autres étaient sous la menace d’une expulsion. Beaucoup de familles chassées de chez elles ont été relogées loin de leur lieu d’habitation initial, dans des quartiers sans équipements, écoles ou dispensaires. Certaines familles ont dû partager un logement avec d’autres ou ont perdu leur jardin potager. Les dernières des quelque 4 000 familles qui vivaient sous des tentes depuis leur expulsion de Boavista, un quartier de Luanda, en 2001, ont été réinstallées dans des maisons neuves à Viana.
Au mois de septembre, plus de 1 100 personnes ont été expulsées de 340 maisons à Cambamba et Banga Ué, au sud de Luanda, sans aucune consultation préalable. Une entreprise de travaux publics et des hommes du génie militaire ont démoli leurs habitations, sous la surveillance d’une cinquantaine de policiers lourdement armés. La plupart des expulsés sont restés dans leur quartier, où ils ne disposaient d’aucun abri.
En septembre, la pénurie de terrains et la sécheresse ont déclenché un conflit entre deux groupes de bergers nomades dans le sud-est de l’Angola. Quatre personnes auraient trouvé la mort dans ces circonstances. De vastes portions de terrain destinées à devenir des exploitations pour l’agriculture commerciale avaient été clôturées, ce qui avait accentué la pression sur les terres et les ressources en eau restantes.

Femmes et enfants

Le rapport sur les droits des femmes remis par le gouvernement, en juin, au Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes reconnaissait que la protection juridique des victimes de violences familiales n’était pas suffisante et que les policiers qui les entendaient n’étaient guère sensibilisés à ce problème.
Au mois de septembre, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a examiné le rapport initial de l’Angola sur les droits des enfants. Tout en saluant les progrès accomplis dans certains domaines, il a engagé les autorités à prendre des mesures, notamment à améliorer la protection juridique des enfants et à mettre en place une institution nationale indépendante chargée des droits humains.

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