CORÉE DU NORD

Cette année encore, le gouvernement a failli à son devoir de défense et de protection du droit à l’alimentation, ce qui a accentué les conséquences de la pénurie alimentaire endémique. De nombreux enfants et habitants des zones urbaines souffraient de malnutrition chronique, en particulier dans les provinces du Nord. Les droits fondamentaux, notamment le droit à la liberté d’expression, le droit à la liberté d’association et le droit de circuler librement, n’étaient toujours pas respectés. Les observateurs indépendants n’étaient que très rarement autorisés à se rendre dans le pays. Des informations ont fait état de nombreux cas de détention politique, de torture et de mauvais traitements ; des exécutions ont également été signalées.

République populaire démocratique de Corée
CAPITALE : Pyongyang
SUPERFICIE : 120 538 km²
POPULATION : 22,8 millions
CHEF DE L’ÉTAT : Kim Jong-il
CHEF DU GOUVERNEMENT : Pak Pong-ju
PEINE DE MORT : maintenue
COUR PÉNALE INTERNATIONALE : Statut de Rome non signé
CONVENTION SUR LES FEMMES : ratifiée
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR LES FEMMES : non signé

Contexte
Les relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud se sont tendues au cours de l’année. Au mois de juillet, des navires de la marine sud-coréenne ont tiré sur un bateau nord-coréen qui avait franchi la frontière maritime de la mer Jaune. Malgré cet épisode, la Corée du Sud s’est engagée, en octobre, à soutenir une opération d’urgence menée en Corée du Nord par le Programme alimentaire mondial (PAM) afin de venir en aide à 6,5 millions de personnes vulnérables, des femmes et des enfants pour la plupart. La Corée du Sud a en outre promis de fournir à son voisin 1,2 million de tonnes de riz sous la forme de prêts à des conditions de faveur.
En juin s’est tenue à Pékin (Chine) la troisième session des pourparlers (qui réunissent la Chine, les deux Corées, les États-Unis, le Japon et la Russie) visant à persuader la Corée du Nord de mettre fin à son programme nucléaire. Peu de véritables avancées ont été enregistrées. La Corée du Nord a refusé de participer à la quatrième session, prévue au mois de septembre. Elle a prévenu, en octobre, qu’elle aurait recours à la « force de dissuasion » si les États-Unis amenaient le dossier nucléaire devant le Conseil de sécurité des Nations unies.
En octobre, le président des États-Unis a promulgué la Loi de 2004 relative aux droits humains en Corée du Nord. Ce texte prévoit une aide humanitaire et offre aux Nord-Coréens la possibilité de bénéficier de l’asile aux États-Unis.

Surveillance internationale de la situation des droits humains
En avril, la Commission des droits de l’homme des Nations unies a adopté une résolution dans laquelle elle se déclare profondément préoccupée par la persistance d’informations faisant état de graves et systématiques violations des droits humains. Un rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans la République populaire démocratique de Corée a été nommé au mois de juillet.
Au mois de juin, le Comité des droits de l’enfant (CDE) des Nations unies a exprimé sa préoccupation quant aux restrictions des droits civils et politiques imposées aux Nord-Coréens, et notamment aux enfants. Il a déploré également que l’âge minimum requis pour s’enrôler dans l’armée soit de seize ans et que les enfants apprennent à monter et à démonter des armes dans le cadre scolaire. Le CDE a émis des doutes sur l’indépendance et l’impartialité des instances chargées de juger les mineurs.

Interdictions d’accès au territoire
Les informations étaient toujours sévèrement contrôlées, tout comme l’accès au territoire. En avril, une délégation composée de trois membres du CDE a pour la première fois été autorisée à pénétrer sur le sol nord-coréen. Dans le même temps, et en dépit de demandes répétées, le gouvernement a continué de refuser cette autorisation au rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans la République populaire démocratique de Corée, au rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation des Nations unies, mais aussi à Amnesty International et à d’autres observateurs indépendants de la situation des droits humains.
Au mois d’octobre, le PAM a indiqué que son personnel opérant en Corée du Nord n’était pas autorisé, « pour des raisons de sécurité », à venir contrôler librement les distributions d’aide. Du fait de cette obstruction systématique du gouvernement et de son refus d’autoriser les visites d’observateurs, il était difficile d’évaluer précisément les besoins de la population en matière d’assistance alimentaire.

Liberté d’expression
La liberté d’expression et d’association était toujours sévèrement restreinte. Les médias étaient contrôlés par un parti politique unique, auquel les journalistes étaient contraints de s’affilier. D’après certaines informations, depuis les années 90, au moins 40 journalistes ont été soumis à une « rééducation » parce qu’ils avaient commis des erreurs comme, par exemple, celle d’avoir mal orthographié le nom d’un haut fonctionnaire. Les postes de radio et les téléviseurs étaient réglés de façon à ne capter que les programmes nationaux ; les personnes qui écoutaient des stations de radio étrangères étaient passibles de sanctions.

Droit de vivre à l’abri de la faim et de la malnutrition
Des millions de Nord-Coréens continuaient de souffrir de famine et de malnutrition chronique. L’aide alimentaire ne parvenait pas toujours à ceux qui en avaient le plus besoin, du fait des restrictions constantes imposées à la liberté de mouvement et d’information, mais aussi du manque de transparence et de surveillance indépendante.
Selon les informations recueillies, les rations alimentaires distribuées par les services publics, qui constituaient la base de l’alimentation pour plus de 70 p. cent de la population, devaient diminuer et passer de 319 grammes par jour et par personne en 2003 - ce qui était déjà insuffisant - à 300 grammes en 2004. En ville, les familles consacraient, semble-t-il, jusqu’à 85 p. cent de leurs revenus à l’achat de denrées alimentaires. Ces ménages dépendaient fortement des marchés privés, où l’inflation est élevée et où les aliments de base se vendent 10 à 15 fois plus cher que sur le marché d’État.
Une grande partie de la population souffrait de graves carences alimentaires liées à un trop faible apport en protéines, lipides et micronutriments. Le CDE s’est déclaré préoccupé par l’augmentation du taux de mortalité chez les nourrissons et les enfants, par la forte prévalence de la malnutrition et du retard de développement infantiles et par la progression alarmante de la mortalité maternelle. Il a, par ailleurs, vivement déploré l’absence d’accès à une eau potable propre et la médiocrité du réseau d’assainissement.
Cette pénurie alimentaire extrême a contraint des milliers de personnes à passer « illégalement » la frontière pour gagner les provinces du nord-est de la Chine. Les personnes renvoyées risquaient, à leur retour en Corée du Nord, d’être arrêtées, de subir des interrogatoires, voire d’être emprisonnées dans des conditions déplorables.

Torture et mauvais traitements
Des Nord-Coréens renvoyés de Chine ont été interpellés à leur retour et placés dans des centres de détention ou des postes de police dépendant de la Sécurité nationale ou de la Sécurité populaire. Ils ont été soumis à des interrogatoires.
Au mois d’août 2003, trois ressortissants nord-coréens - Chang Gyung-chul, son frère Chang Gyung-soo et leur cousin Chang Mi-hwa - ont été arrêtés à Shanghai, en Chine, par les forces de sécurité chinoises. Ils ont été conduits à Sinuiju, en Corée du Nord, pour y subir un interrogatoire, avant d’être transférés dans un centre de détention de la Sécurité nationale, dans la province du Nord-Hamgyong. En septembre 2004, Chang Gyung-chul et Chang Gyung-soo ont tous deux été condamnés à dix ans d’emprisonnement, de toute évidence parce qu’ils avaient quitté la Corée du Nord sans autorisation. La sévérité inhabituelle de la peine s’expliquerait par le fait que leur mère, Shin Jong-ai, qui possède aujourd’hui la nationalité sud-coréenne, a été emprisonnée dans le passé pour des motifs similaires.
Selon les informations reçues, les passages à tabac étaient fréquents au cours des interrogatoires. Les prisonniers surpris en train de communiquer recevraient des coups de bâton ou de barre de fer. Ils seraient ensuite aspergés d’eau froide sur tout le corps, et ce même en plein hiver. Certains détenus auraient été soumis au « supplice de l’eau », qui consiste à attacher une personne et à la forcer à avaler de grandes quantités d’eau.
Les conditions de vie dans les prisons et les centres de détention - fortement surpeuplés - se sont encore détériorées, notamment en raison de la pénurie alimentaire. Celle-ci aurait, de plus, entraîné des morts pour cause de malnutrition dans les camps de rééducation par le travail et dans les « centres de contrôle et de gestion ». Les prisonniers accusés de transgresser le règlement voyaient leur ration alimentaire encore diminuée.
En juin, le CDE s’est déclaré préoccupé par les informations faisant état de violences à l’égard de mineurs dans certains établissements, notamment dans les centres de détention et les structures sociales.

Exécutions
Des exécutions en public ont été signalées cette année encore, quoique en moins grand nombre que dans le passé. Les condamnés ont été pendus ou fusillés. Dans une résolution sur la Corée du Nord, la Commission des droits de l’homme des Nations unies s’est élevée contre les exécutions publiques et l’application de la peine capitale pour des motifs politiques. Les informations disponibles semblaient indiquer que des exécutions extrajudiciaires ou secrètes avaient lieu dans les centres de détention.

Femmes placées en détention
Selon les informations recueillies, les femmes placées en détention étaient soumises à des conditions carcérales dégradantes. Les Nord-Coréennes arrêtées après avoir été renvoyées de force de Chine auraient, par exemple, été obligées de se déshabiller complètement et de se prêter à des fouilles à corps poussées. Des femmes ont affirmé avoir été humiliées par des surveillants du sexe masculin alors qu’elles se trouvaient en détention provisoire, et avoir subi des attouchements. Toutes les détenues, même celles enceintes ou âgées, devaient travailler, depuis l’aube jusque tard dans la nuit, dans les champs ou dans les usines des prisons. Les établissements carcéraux ne disposaient pas des infrastructures de base nécessaires à la prise en charge des femmes privées de liberté.

Demandeurs d’asile nord-coréens en Asie
Des centaines de Nord-Coréens ont tenté de pénétrer dans des missions diplomatiques ou des écoles étrangères à Pékin. Plus de 100 sont parvenus à se réfugier dans une représentation diplomatique, où ils attendaient d’être autorisés à quitter la Chine. En octobre, le gouvernement chinois a affirmé que les missions en question se montraient trop tolérantes. En juillet, au moins 468 Nord-Coréens ont rejoint la Corée du Sud en passant par le Viêt-Nam. Il s’agissait du plus grand groupe de demandeurs d’asile Nord-Coréens arrivé dans ce pays depuis la division de la péninsule. Plus de 5 000 Nord-Coréens ont gagné la Corée du Sud et obtenu la nationalité sud-coréenne.
Au mois d’octobre, les autorités mongoles ont appréhendé deux Nord-Coréens qui cherchaient à rejoindre les États-Unis. Ils tentaient, dans un premier temps, de gagner la Corée du Sud, d’où ils espéraient pouvoir se réclamer de la Loi relative aux droits humains en Corée du Nord, adoptée par les États-Unis en 2004.
Le CDE s’est dit préoccupé par les informations signalant la présence d’enfants des rues d’origine nord-coréenne dans les villes chinoises frontalières. De plus, il regrettait vivement que les enfants (et leurs familles) renvoyés en Corée du Nord ou y rentrant de leur propre gré soient considérés non comme des victimes, mais comme les auteurs d’une infraction.

Autres documents d’Amnesty International
. Corée du Nord. La faim tue les droits : les droits humains et la crise alimentaire dans la République populaire démocratique de Corée (ASA 24/003/2004).

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